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Cahier de vacances – Francis Jammes et Monsieur le curé d’Ozeron

Le 01 Août. 2019

Cet été, PresseLib’ vous propose de relire chaque semaine une œuvre littéraire marquante, classique ou méconnue, en lien avec les pays de l’Adour. Ce jeudi, on vous parle d’un roman de Francis Jammes…

Avec ce Monsieur le curé d’Ozeron, initialement paru en 1918 et un peu oublié, le grand poète d’ici nous dépeint avec sa jolie prose la vie d’un village ossalois du temps de nos anciens, à la toute fin du XIXe. Au-delà de cette ambition qui était devenue la sienne de « ramener son lecteur à Dieu », Jammes livrait un roman à la fois grave, beau, simple et drôle qu’on ne perdra pas son temps à lire… si on tombe dessus !


Né à Tournay en 1868 et mort à Hasparren en 1938, Francis Jammes a passé sa vie à arpenter Béarn et Pays basque, territoires qui ont largement inspiré ses poèmes et dont il a été un infatigable observateur des paysages et des mœurs.

Près de 25 ans après sa mort, Maurice Hougardy voyait en la parution de la brillante étude de Robert Mallet sur Jammes le « signe indubitable d’une survie, d’une présence active et d’un accomplissement artistique », parlant déjà de « l’ampleur et la complexité du rayonnement du jammisme ». Un jammisme né d’une boutade et d’un fameux manifeste, mais qui se serait « peu à peu paré d’une signification précise ».


Francis Jammes et son souvenir tenace…

Aujourd’hui, en 2019, tout juste un siècle après la parution de Monsieur le curé d’Ozeron, la mémoire du poète semble toujours très bien entretenue. Il a son association à Orthez (laquelle a lancé une souscription pour la réédition des « Nuits qui me chantent », clôture prévue le 22 septembre), sa page Facebook assez suivie ainsi que tous les petits événements auxquels son nom est encore régulièrement associé.

Cette année, on a aussi pu constater que Francis Jammes était demeuré un sujet d’étude important au sein de la SSLA (Société des Sciences, Lettres et Arts) de Pau et du Béarn. Bref, Jammes n’est pas mort, et en ces temps d’oubli général de nos vieux auteurs, cette présence a quelque chose d’aussi réconfortant que ses romans.


Bien sûr, c’est une présence avant tout régionale, et Jammes est de nos jours assez peu lu dans l’Hexagone. Mais, il le serait davantage à l’étranger, notamment dans les pays germanophones. Un rapide coup d’œil sur la toile montre d’ailleurs qu’il est fort aisé de s’y procurer un « Pfarrherr von Ozeron » comptant sûrement davantage d’éditions récentes que dans la langue de Molière.

Il paraît même qu’on lit encore Jammes au Japon, aux États-Unis, en Chine et en Lettonie !

 


On n’aura donc pas besoin de s’éterniser sur ces recueils qui, tels son De l’Angélus de l’Aube à l’Angélus du soir ou son Deuil des Primevères, ont forgé la renommée du poète. Nul besoin non plus d’énumérer ces grands noms qui surent l’apprécier à sa juste valeur, de Mallarmé à Proust en passant par André Gide, avec lequel Jammes voyagea en Algérie et correspondit longtemps. Inutile d’en rajouter une couche sur les deux Jammes d’avant et d’après sa « conversion » des années 1900. Les études s’en sont chargées.

Le second Jammes, fervent catholique et « patriarche » d’un « troupeau » de 7 enfants, n’a certes eu de cesse d’essayer de ramener son lecteur plus ou moins égaré dans le giron du créateur. Cet autre Jammes qui, dit-on, n’a pas connu en France le succès du premier, est celui des célèbres « Géorgiques chrétiennes », du « Pèlerin de Lourdes » et de ce très beau « Monsieur le curé d’Ozeron ».


Le curé de village sauce béarnaise…

Si l’on vous parle aujourd’hui de ce dernier roman de Jammes et non, par exemple, de son « Mariage » ou de ses « Robinsons » basques, c’est qu’on s’étonne du peu de commentaires qu’il a suscités. Et c’est aussi un peu par hasard : on en a trouvé un exemplaire à Dax, dont la bibliothèque municipale organise assez souvent des ventes d’ouvrages retirés de ses collections. Lors de la dernière en date, au printemps, on pouvait donc « se payer » un curé d’Ozeron pour la modique somme d’un euro.

L’occasion de remarquer que 7 ans après sa parution, il en était déjà… à sa 28ème édition. C’est-à-dire que quelle que fût l’envergure des tirages, on n’avait apparemment pas cessé de lire Francis Jammes…

 


Au-delà, ce petit roman oublié mérite le détour. Après le curé Bonnet de Balzac en Limousin, après l’évêque Myriel d’Hugo à Digne, après l’abbé Mouret de Zola en Provence ou encore après le Prêtre marié de Barbey d’Aurevilly en Normandie, Jammes fournit à nos Pays de l’Adour leur propre figure du curé de village, si chère à notre littérature. Et comme ses illustres prédécesseurs, il sait s’en servir pour décrire la vie d’une petite bourgade et nous brosser une galerie de portraits de ses habitants, de l’avare Marthe au fier Zéphyrin en passant par l’hilarant Poli, tueur de coqs aux amours coupables. On y croise même « M. Francis Jammes » himself, qui « s’en retourne du coin des truites ».

 


Un récit pudique aux vertus apaisantes…

Comme tous les curés, celui d’Ozeron a sa touchante histoire, et Jammes n’a pas besoin de forcer le trait pour nous le faire aimer. Ce curé-là n’a pas fauté, ne nous demande pas pardon et nous sert plutôt de guide : il « respire la bienveillance et la simplicité ». Il est le disciple du « défunt pasteur d’Abrecave », dont il honore la mémoire lors de ses messes ou à l’occasion de petits pèlerinages au cimetière dans lequel il repose.

Le roman s’applique à démontrer que la générosité est comme la graine qu’on plante et qui engendre des multitudes de fruits, à travers l’exemplaire don d’un collier de perles que fait à l’église la jeune et pieuse duchesse Bénigne. C’est ce riche objet qui sert de nœud à l’intrigue.


Le récit est singulièrement apaisant, entrecoupé de descriptions d’une poésie simple et agréable : il rendrait presque les drames de la vie plus supportables. Mais le relatif angélisme de ce chant religieux est largement compensé par sa pudeur, sa profondeur mystique et même sa drôlerie. Et le tout n’est pas sans valeur en tant que témoignage de nos temps passés, surtout quand on sait la proximité entre la vie et les œuvres de Jammes, fréquemment soulignée par ses commentateurs.

Du fait d’assez nombreuses rééditions dans les années 20, le roman reste facile à trouver d’occasion sur des plateformes comme Ebay ou PriceMinister, ou tout simplement chez nos bons bouquinistes.


Mais pour les curieux les plus pressés, il est également lisible en ligne. Plus qu’à emporter votre tablette et votre chaise pliante dans un coin tranquille où chanteront les bruits du récit, par exemple au bord du gave d’Ossau…

Lire en ligne – cliquez ici

Association Francis Jammes – cliquez ici

Photos : Association Francis Jammes 

 

Un commentaire au sujet de cet article

  1. Madame, Monsieur,
    Nous vous remercions pour votre excellent article sur notre grand poète et sur son œuvre centenaire Monsieur le curé d’Ozeron.
    Notre association Francis Jammes possède plusieurs volumes de cette œuvre qui sont en vente en ligne et à la Maison Chrestia.
    Comme vous écrivez très bien sur cette œuvre, nous vous proposons de venir faire une conférence à Orthez si vous le désirez !
    En effet nous avons lancé une souscription pour la réédition de “Les nuits qui me chantent…” avec la collaboration d’une artiste paloise Inge Kresser.
    En espérant avoir le plaisir de faire votre connaissance et de vous rencontrer à la Maison Chrestia ou ailleurs…
    recevez nos sincères salutations,
    Mireille Newman Jammes

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