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L’information en Béarn du 15/08/2019
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Cahier de vacances – Edmond Rostand et Chantecler

Cet été, PresseLib’ vous propose de relire chaque semaine une œuvre littéraire marquante, classique ou méconnue, en lien avec les pays de l’Adour. Et on n’avait pas encore parlé d’Edmond Rostand…

Avec Chantecler, pièce représentée pour la première fois en février 1910, l’illustre auteur de Cyrano de Bergerac a fait d’une pierre deux coups : non seulement il a livré un magistral poème, véritable condensé d’esprit français, mais il a encore repoussé les limites de l’art théâtral. Non : on ne peut pas faire l’impasse sur la plus basque des œuvres du maître.


Au printemps, le maire de la petite commune de Gajac, en Gironde, proposait d’inscrire le chant du coq, les coassements et le son des cloches d’église au patrimoine national, en réaction au nombre croissant de plaintes de particuliers enregistrées contre « les bruits de la campagne » émis autour d’eux. Sûr que cette demi-boutade bien française aurait fait sourire le grand Rostand, qui a sans doute « pondu » et immortalisé l’une des plus belles brochettes de gallinacés de la littérature hexagonale, s’inscrivant de fait parmi les meilleurs successeurs de La Fontaine.


On connaît l’histoire : le coq Chantecler, qui croit par son chant faire se lever le soleil et nous offre ainsi une jolie métaphore de l’illusion théâtrale, tombe amoureux de la belle faisane venue des bois. Celle-ci lui fera chavirer le cœur au point qu’un beau matin, il en oubliera de chanter. Mais il ne lui sacrifiera pas la pratique de son art. C’est sa belle qui finira au contraire par se sacrifier pour lui. Entre temps, on verra notre héroïque animal à crête venir à bout du mauvais Pile Blanc au cours d’un terrible… combat de coqs, déjouant un plan machiavélique des animaux nocturnes, ceux-là même qui lui en veulent d’allumer les cieux avec ses cocoricos.

 


Chantecler : un chef-d’œuvre de la démesure

Aucun animal ne manque à l’appel autour de Chantecler, du paon un brin pédant au merle cynique et moqueur en passant par la pintade, qui tient salon chaque matin dans le potager, le chien Patou, loyal et fidèle au beau coq, ou encore le chat (qui fait semblant de dormir), les hiboux, les vils crapauds et le rossignol. C’est au final une merveilleuse basse-cour allégorique que Rostand nous dépeint avec une grande finesse, à grand renfort de vers lumineux et spirituels, pleins d’audace, de grandeur et d’humour.

En relisant le formidable texte de cette pièce, la dernière de l’auteur, on se dit que cette fable géante, que cette bucolique idéale fonctionne à merveille par elle-même, simplement couchée sur le papier. Mais c’est oublier que ce monstre de démesure, avec ses 70 personnages et ses 200 costumes, imaginés par Alfredo Edel et confectionnés au prix de 35.000 heures de travail, devait bel et bien être joué sur scène par Lucien Guitry (Chantecler, dont le costume est conservé à Arnaga), Jean Coquelin (Patou) et Félix Galipaux (le merle).


On comprend mieux que Rostand, après moult reports, angoisses et hésitations, ait mis une dizaine d’années à accoucher du successeur de Cyrano de Bergerac (1897) et de L’Aiglon (1900), faisant de Chantecler « l’événement dramatique le plus extraordinaire, le plus passionnément attendu dont l’histoire du théâtre ait connaissance », pour reprendre les termes de Léon Blum, qui ajouta en son temps que « ni le Mariage de Figaro, ni même Hernani ne provoquèrent une telle attente, un tel espoir, une telle fièvre ». Et avec ses acteurs déguisés en oiseaux (ou l’inverse ?) qui ne correspondaient alors à rien de connu, Rostand ne manqua certes pas de surprendre après toute cette attente, au risque d’être mal compris. D’ailleurs, Lucien Guitry lui-même, s’il reconnaissait les immenses qualités de la pièce, goûtait apparemment peu de « se foutre en coq ». Quoiqu’il en soit, l’énormité des moyens qu’exige la mise en scène d’un tel morceau de bravoure explique qu’il ait été assez peu remonté suite à sa première vague de représentations, initiée au théâtre de la Porte-Saint-Martin le 7 février 1910.


La poule était paloise, le coq est bien français !

Ainsi, Rostand avait vu aussi grand pour son Chantecler qu’il avait vu grand pour son paradis d’Arnaga, bâti entre 1903 et 1906 à Cambo-les-Bains. C’est d’ailleurs là qu’il médita l’essentiel de sa pièce, accumulant méticuleusement les ouvrages scientifiques sur les animaux et allant jusqu’à reconstituer à Arnaga l’exotique poulailler fait d’espèces de toutes origines qu’on voit défiler au troisième acte de Chantecler. Aucun doute : derrière la simplicité toute animale et poétique de l’œuvre, l’auteur a travaillé avec un acharnement, un perfectionnisme et une méticulosité qui doivent nous rappeler que l’inspiration n’est rien sans transpiration.

Nous pouvons être fiers comme ce coq-artiste né pour chanter, puisqu’on note qu’Edmond Rostand, sans localiser sa basse-cour autrement que dans quelque val de France, fait de la « mère-poule » du coq une « bonne, vieille et traditionnelle / Poule gasconne, née aux environs de Pau », peut-être bien « celle qu’Henri Quatre a voulu mettre au pot ». Point étonnant, dès lors, que celle-ci, grande pourvoyeuse d’amusants dictons (« Tôt ou tard / Il faut que la grenouille émerge du têtard ») nous ait pondu un virtuose à la tête « en piment, de Bayonne »…


Plus que du nouveau, de l’extraordinaire !

Un virtuose parfois incompris, comme l’auteur lui-même, qui derrière sa galerie de portraits animaliers, défendait sa propre vision de l’art, du théâtre et de la vie, au-delà des modes et des écoles de « cocoriqueurs ». Une vision plus que jamais d’actualité : alors que la création contemporaine semble de plus en plus dévorée par les artifices conceptuels, voire par le politique, on a bien l’impression que Rostand, avec son ultime chef-d’œuvre, voulut nous rappeler que l’art consistait au départ à sublimer la nature en l’imitant. La réception de l’œuvre par la critique, mitigée mais moins fondée sur la force ou la beauté de l’œuvre que sur des arguments techniques, en illustrerait d’ailleurs presque le contenu.


Mais peu importe : la pièce fut un succès populaire et son auteur fut assez récompensé pour son panache. On n’est pas loin de partager le sentiment de Blum, qui admirait « qu’au lieu de s’assurer, avec quelque nouveau Cyrano, la certitude tranquille d’un nouveau triomphe », Rostand « ait intrépidement couru une aventure, un risque, un péril », qu’il ait « non seulement cherché du nouveau, mais tenté de l’extraordinaire, qu’il se soit engagé, livré tout entier dans la plus difficile partie », concluant que Chantecler est « l’œuvre la plus belle que M. Rostand ait encore donnée ».

 


Pour finir, on n’aura aucune peine à se procurer un exemplaire du texte de la pièce, maintes fois rééditée. Et cerise sur la gâteau, la Villa Arnaga organise tout l’été lectures et « balades théâtralisées » (avec la Compagnie Irrinigar) sur le thème de Chantecler. Bref, pour ne pas dire plus, on vous garantit que le bec de ce coq-là n’est pas loin de valoir le « pif » de Cyrano… Cô… Corico !

Plus d’informations sur le site d’Arnaga – cliquez ici

 


Exemplaire du 1er tirage sur papier du Japon – cliquez ici

Autre exemplaire, dédicacé – cliquez ici

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