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    Les dits du vendredi5

    Panache… les mots de Christian Laborde
    christian-laborde
    Ce que je préfère en politique, ce sont les insultes, les injures, les outrages, les charges carabinées. Je me régale chaque fois qu’un costaud du gosier, un musclé de la luette monte à la tribune, s’empare du micro et, sans barguigner, balance  la purée. Une purée 100% patate.

    Je me régale ou, soyons précis, je me régalais. Car notre époque merveilleuse érige le consensus en vertu. Car notre époque tiède déclare persona non grata les éructeurs magnifiques, les cracheurs de feu syllabique, les allumeurs de mèche verbale.

    Silence les furieux, dehors les insoumis : place aux hommes politiques  dont le timbre est menu et la docilité sans borne ! A  ceux qui, par exemple, acceptent de rester debout derrière un pupitre deux heures durant afin de répondre correctement, en usant d’un minimum de mots, à des journalistes plus importants qu’eux puisqu’ils sont assis.

    Plus de joute, plus de sagaie, plus de venin ! Et celui ou celle qui, oubliant les règles, tenterait la moindre saillie se verrait immédiatement rappelé à l’ordre d’un cinglant et disqualifiant : « Pas de polémique ! » La polémique, c’est fini.

    Plus de pamphlet, plus de libelle, plus de brûlot, plus d’assaut, d’éreintement, de diatribe, de factum. Plus de Laurent Tailhade, plus de Jean-Edern Hallier, plus de Gaston Deferre se battant en duel : plus que des moyens en tout. Fini les mots qui cognent, fini le panache !

    L’homme politique français d’aujourd’hui ne hurle pas. Pis, il ne parle même plus : il se confie. Voire se  confesse comme vient de le faire, via un livre, notre Président bien aimé. Se confesser est, sans doute, une manière pour lui de renouer avec  les racines chrétiennes de la France. On déplorera dans ce cas qu’il ait  choisi, de confier ses pêchés à de si bizarres curés.

    La charge sabre au clair a donc disparu. C’est tant mieux, assurent les gens sérieux. Car, rappellent-ils, le pamphlet n’a jamais fait avancer le schmilblick. Peut-être, mais il recolore la langue française. Et qu’est-ce que la France sinon la langue française ? Les polémistes ayant été remplacés par des bavards, la langue perd des couleurs,  et nous la perdons de vue. Notre malheur vient de là.

    Christian Laborde

    christianlaborde.com

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