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Décryptage - ETA rend les armes

Le 07 Avr. 2017

Ce 8 avril doit être révélée la localisation de ses arsenaux, principalement sur le territoire français. En échange d’un très hypothétique regroupement de ses 337 prisonniers au Pays basque

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Cette journée va constituer une date-clef dans la vie – et la mort – d’ETA. Dans un communiqué au Monde et à la BBC, l’organisation terroriste avait annoncé qu’elle allait révéler, ce 8 avril, les lieux où sont dissimulés ses arsenaux, sans rien exiger en échange. Le certificat officiel de sa disparition effective, avant l’annonce de sa dissolution, toujours pas programmée.


On se doute que du côté d’ETA, ou de ce qu’il en reste, on a fait un calcul : devant notre bonne volonté évidente, l’Espagne se devra à une certaine réciprocité, en regroupant les 337 étarres prisonniers (259 en Espagne, 75 en France et 3 ailleurs) dans des centres de détention situés au Pays basque ou dans ses environs. Trois juges du Tribunal constitutionnel y sont d’ailleurs favorables. Mais Mariano Rajoy, le chef du gouvernement, y est toujours opposé, partant du principe qu’on ne négocie pas avec les terroristes, hier comme demain.


Il est vrai qu’on ne connaîtra sans doute jamais l’identité des auteurs de 320 assassinats, que la Police et la Garde civile n’ont pu résoudre. Quoique certaines armes qui vont être sorties des cachettes pourraient « parler », présentant des traces de doigt ou d’ADN. Mais on en doute. De plus, vingt ans après avoir été commis, ces crimes sont prescrits par la loi.

Le « groupe de Luhuso » mené par « Txetx » Etcheverry et constitué de Basques de bonne volonté annonce être déjà en possession de la liste des « zulos », les planques (toutes en territoire français) qui selon les experts devraient contenir 128 armes de poing et 2 tonnes de matériel explosif. Il veut aussi et surtout la révéler en présence de « centaines de personnes de la société civile », et sous la supervision de contrôleurs internationaux de la Commission de Vérification. Ce qui ne plaît guère aux gouvernements de Paris et de Madrid, qui redoutent un show médiatique indécent.


Signe que l’histoire que l’on raconte appartient au passé, et n’intéresse plus tellement nos voisins, lors de cette annonce, les deux grands quotidiens espagnols, El Mundo et El País, n’ont pas consacré une ligne à l’événement. ETA a vraiment perdu la guerre.

Comme l’a fait remarquer Jean Chalvidant dans L’Express, il a fallu 859 victimes pour en arriver là…

2 commentaires au sujet de cet article

  1. Au cours d’un débat hier soir à la tv etb2 – Bilbao les représentants de tous les partis sis en euskadi, pp, psoe, hb, aralar, pnv onr exprimé le soulagement d’un retour à la société civile qui retrouve les armes de la démocratie après avoir subi dans chacun d’eux la violence de la terreur et de la mort.

    Une génération des années d’indépendantisme s’en va, une génération neuve de défenseurs de la culture et de la citoyenneté apparaît.

    Elle avait pris corps autour de ces mouvements pacifistes, elkarri, gesto por la paz, bakea bai, et bien d’autres situés à la lisière des partis politiques qui oeuvrèrent pendant plusieurs décennies pour retrouver un visage humaniste et pluriel à la vie socio politique en Euskadi.

    Des rassemblements publics eurent lieu en chaque ville provinciale des quatre provinces du nord du pays, on se mit à croire à la perspective d’un retour à la paix quasi improbable mais souhaitée par la société civile.
    Un rassemblement sous la férule de tous les évêques des diocèses basques et de Navarre eut lieu aux portes de Vitoria il y a déjà quelques vingt ans pour promouvoir la paix jusque dans les rangs de l’église. On vit tout cela avec étonnement, scepticisme et prudence !
    Mais le chemin des artisans de paix traçait le sillon..de Bayonne ce jour du 8 avril 2017..

    Les victimes étaient partout, dans tous les rangs des familles.

    La paix devenait nécessaire pour instaurer la citoyenneté et la convivialité sociétale.

    Paz y convivencia deviendra un programme dense, soutenu par le gouvernement basque à Vitoria avec J Fernandez à la manœuvre, sous l’impulsion du président Urkullu ..

    Un nombre incalculable d’artisans de la paix de toutes provenances, politiques, chefs d’entreprise, religieux et prêtres, associations pacifistes, ont travaillé dans l’ombre à instaurer les bases d’un état de paix après avoir vécu l’état de guerre passée.

    Le programme paz y convivencia nourrit l’éducation à la paix à tous les niveaux de la vie publique et privée.

    Un changement de monde et d’époque voit le jour.

    Qu’en sera-t-il demain ?

    Nul ne le sait mais demain sera un autre jour pour les partis politiques, les associations, les églises, les communes de l’Euskadi.

    Le document commun signé au parlement de Vitoria par ces derniers, sus les syndicats puissants dans la communauté autonome présagent d’un changement d’horizon pour beaucoup, car le retour à la paix est aussi signe de prospérité économique dans une région pénalisée jusqu’à il y peu par les menaces sur le monde du travail.

    Nul doute que les institutions qui observent le changement prendront acte de ce qui semble devenir le miracle de Bayonne, première ville d’Espagne que tous le savent par l’histoire de cette cité, demeure en phase immédiate avec tout ce qui se passe dans l’autre versant des pyrénées.

  2. Est-il possible que dans le décompte sordide des victimes vous ajoutiez les 4000 cas recensés par Amnesty International de torture de citoyens d’Euskadi et de Navarre, et dont la responsabilité incombe à la Guardia Civil qui, autant que je le sache, dépend de l’Etat espagnol, et ce depuis la fin de la dictature franquiste ? Vous pouvez également ajouter les assassinats de militants de l’ETA fomentés sur le sol français par des paramilitaires armés et financés par l’État espagnol sans que cela ne traumatise outre mesure l’État français alors qu’il y a une situation flagrante de sa souveraineté sur son propre sol.
    Vos propos, et ce de votre “consultant” montrent bien que la paix est beaucoup plus difficile à construire que faire la guerre.
    Ah, au fait, je lis régulièrement Le Monde, la Croix et le Figaro. Comme ces journaux ne parlent pratiquement jamais de Pau et du Béarn, j’en déduis donc que tout ce qu’y s’y passe est insignifiant!

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