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La filière glisse prend le large et regarde droit vers l’avenir

Lors de l'EuroSIMA Surf Summit, près de 450 professionnels ont cherché, pendant deux jours, les trajectoires permettant à la filière glisse de garder le cap.
La filière de la glisse doit composer avec un marché en transformation et de nouvelles contraintes
Eurosima DR
Derrière son image de liberté, la filière glisse doit composer avec un marché en mutation, des exigences environnementales croissantes et un rapport au travail qui change.

Pour sa 25e édition, l’EuroSIMA Surf Summit a choisi un thème qui sonnait comme une injonction : « Drop In ». Dans le surf, prendre la vague signifie s’engager, choisir une ligne et accepter de se lancer. Jean Louis Rodrigues, président d’EuroSIMA, l’a d'ailleurs rappelé dès l’ouverture devant près de 450 participants : « Quand on prend la vague, il faut s’engager. On ne peut pas rester indéfiniment au sommet de la vague à attendre de voir ce qui va se passer. Il faut choisir sa trajectoire. »

Pendant deux jours, décideurs, entrepreneurs, distributeurs, partenaires publics et privés ont donc tenté de regarder au-delà de la prochaine série. Car si le surf continue de faire rêver, la filière qui l’accompagne doit, elle, composer avec un marché en transformation, de nouvelles contraintes réglementaires et environnementales, mais aussi une profonde évolution du rapport au travail.

Quand le surf inspire au-delà de ses frontières

SAO, du filet de pêche au textile
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Premier constat : l’esthétique et les valeurs associées au surf continuent de faire des vagues bien au-delà de l’univers de la glisse. La consultante en stratégie de marque Clara Vincent a ainsi décortiqué ce que les marques extérieures au secteur viennent chercher dans cet imaginaire. Nature, liberté, aventure : le surf reste, selon elle, une source d’inspiration singulière, mais qui comporte cependant aussi ses « pièges imaginaires ».

Une réflexion appuyée par Ludovic Pouilly et Bruno Lee à travers la renaissance de Simond, marque historique de l’alpinisme rachetée par Décathlon en 2008. Leur défi : préserver l’authenticité de 150 ans d’histoire tout en réactivant la marque. Leur réponse tient en une devise, un mantra même : « Doing Less, But Better ». Une formule qui vaut aussi comme piste de réflexion pour une industrie de la glisse confrontée à la nécessité d'évoluer sans perdre ce qui constitue son identité.

L’enquête Surf Panorama 2026, menée avec l’UESC, la Fédération française de surf, EuroSIMA et Surf Session, a de son côté permis de dresser le portrait d’un surfeur français dont les habitudes de consommation évoluent. En effet, les échanges avec Guillaume Marage, de Sample n’Co, et Antoine Tinel, de The Lifestyle Company/O’Neill, ont confirmé la transformation d’une clientèle dont les inspirations vont bien au-delà de la seule pratique du surf.

La vague environnementale ne peut plus être esquivée

Jean-Louis Rodrigues, Président d'EuroSIMA
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L’autre grand sujet du sommet était celui du coût de l’inaction. Florent Marcoux l’a résumé par une phrase aussi simple que vertigineuse : « Il n’y a pas de vie sur terre sans océan ». David Amar, fondateur de Nous sommes le futur, a rappelé de son côté que l’inaction pouvait aussi condamner des entreprises, en citant les trajectoires de Kodak et Nokia.

Le cadre réglementaire vient accélérer cette prise de conscience. Stéphane Popescu a évoqué le « name and shame », les amendes ou encore les retraits de produits, appelés selon lui à devenir plus fréquents et plus conséquents. D’où la nécessité, pour les entreprises, de « maîtriser le panorama législatif européen ». Une contrainte qui peut aussi devenir une opportunité.

Pour Erwan Kieffer, de Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique, les flux financiers doivent être orientés vers « des opérations le plus durables possible », tandis qu’Antoine Rivière, de Trace For Good, refuse d’opposer les deux termes : « Durabilité et rentabilité ne s’opposent pas. Une stratégie durable doit créer de la valeur pour toutes les parties prenantes. »

Changer de rythme sans perdre le goût de la glisse

Beaucoup de nouveaux projets ont été présentés lors de ce Surf Summit 2026
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Autre remous abordé pendant ces deux journées : le travail. Mathilde Depaulis, psychologue, a alerté sur la nécessité de rééquilibrer les vies professionnelle et personnelle dans une société qui « a du mal avec le silence et le vide » et où l’on demande parfois davantage « ce que tu fais » que « ce que tu es ».

Un sujet particulièrement sensible dans un univers où la passion peut facilement brouiller les frontières. Frédéri Botton, qui a passé plus de vingt ans chez Rip Curl Europe avant de devenir coach et mentor, reconnaît que « la glisse est un univers passionnant, mais il ne faut pas se laisser déborder par la passion ». Anaïs Georgelin, CEO de SoManyWays, a également souligné que « le management fait de moins en moins rêver », dans un contexte où les carrières deviennent moins linéaires et où le nombre de freelances a fortement progressé.

La parole des sportifs a donné une autre profondeur à ces réflexions. Maud Le Car a livré un témoignage personnel sur le rôle du surf dans son parcours, affirmant qu’« on ne réussit rien sans passion ni sans travail » et allant jusqu’à confier que le surf lui avait « sauvé la vie ». Marco Mignot et Clément Roseyro ont, eux aussi, marqué les esprits, respectivement en ouverture et en clôture du sommet.

Des filets de pêche jusqu'au textile

La capacité de la filière à transformer ses contraintes en innovations était également visible dans le Surfing Lounge, vitrine des nouveaux projets. Matériaux alternatifs, circularité, performance, accessibilité ou nouveaux services : les initiatives présentées témoignaient d’un secteur qui cherche de nouvelles lignes.

Parmi elles, SAO Textile a décroché le premier prix de l’Appel à Projets Innovation EuroSIMA. Créée en 2023 par Marine Olacia, l’entreprise transforme des filets de pêche usagés en textile éco-responsable. À la clé, un chèque de 2 500 euros, mais aussi une exposition auprès des acteurs de la filière ainsi qu'un accompagnement par les membres du conseil d’administration d’EuroSIMA.

Créée en 1999, l’association fédère aujourd’hui 200 adhérents représentant 4 000 salariés et comptabilisant pas moins de 2,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Avec ce Surf Summit, elle confirme ainsi sa vocation, à savoir rassembler une filière, mais aussi lui donner quelques repères pour négocier les prochaines vagues. Car aujourd'hui la question n’est peut-être plus de savoir si la houle va changer, mais quelle ligne chacun choisira lorsqu’elle arrivera.

Sébastien Soumagnas

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