Propriété du groupe Bordeaux Nord Aquitaine (GBNA) depuis son rachat au groupe Gaucher, la Polyclinique Pau Pyrénées fait face à un déficit persistant aggravé par la hausse de ses coûts de fonctionnement.
Cette situation a conduit le tribunal de commerce à prononcer son placement en redressement judiciaire au printemps 2026.
La restructuration d'envergure qui en découle s'accompagne d'un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) touchant 122 salariés à travers quatre activités majeures (maternité, urgences, oncologie et soins médicaux de réadaptation) : il prévoit 70 départs volontaires, 50 licenciements économiques et 2 reclassements au sein du groupe GBNA.
Sur le plan sanitaire, cette crise entraîne un recentrage drastique de l'offre de soins et des plateaux techniques. En particulier, les services d'urgences font l'objet de restrictions horaires (ouverture en journée seulement) pour s'ajuster aux contraintes budgétaires et aux difficultés de recrutement médical.
« Nous avons dû recomposer très rapidement l’offre de soin hospitalière sur l’agglomération paloise », retrace Simon Fetet, préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Le représentant de l'État insiste sur les priorités de cette transition : « Les enjeux sont très importants : assurer une offre de soin complète, fonctionnelle et de qualité, garantir la continuité du parcours de soin du patient et œuvrer à ce que les compétences et savoir-faire des professionnels restent localisés sur le territoire ».
Tout en saluant la mobilisation des soignants de l’hôpital de Pau, il assure que les services de l'État continueront d'observer la qualité de la prise en charge pour procéder à des ajustements si besoin.
Collaborer pour inventer de l’offre de soin de demain
Alors que la période d'observation judiciaire se poursuit et que la procédure collective est toujours en cours, l'avenir de l'offre de santé locale s'écrit dès aujourd'hui.
Cette crise met en lumière la fragilité du secteur face aux choix économiques. « La santé est un bien commun qui ne doit pas être l’otage de décisions d’actionnaires qui sont parfois mues par des considérations financières ou immobilières », martèle Jérôme Marbot, maire de Pau et président du Conseil de surveillance de l'Hôpital de Pau.
Mais l’élu préfère voir cette situation complexe comme une opportunité. « Nous travaillons en étroite collaboration avec l’ARS, l’hôpital de Pau et la préfecture afin de renforcer l’offre de soin, de favoriser l’ouverture de nouvelles activités au sein de l’hôpital, sur son universitarisation progressive, pour conforter la souveraineté médicale du Béarn. Dans cette perspective, une demi-journée de réflexion sur l’avenir de l’offre de soin en Béarn, avant Noël », expose Jérôme Marbot.
Le CH de Pau en première ligne pour absorber les flux
Pour faire face à la fermeture de la maternité de Navarre et aux restrictions des urgences, le Centre Hospitalier de Pau a dû adapter ses capacités.
Avant la fermeture officielle de la maternité de la Polyclinique de Navarre le 15 juin 2026 (qui avait comptabilisé 850 accouchements en 2025), le centre hospitalier de Pau accueillait environ 200 accouchements par mois, avec des pics d'activité marqués, notamment en été.
Depuis cette fermeture, le Centre Hospitalier de Pau a vu sa fréquentation augmenter, enregistrant 239 accouchements en juillet, 247 en août, 223 en septembre et un niveau similaire en octobre.
Julien Rossignol, directeur de l'établissement, se veut rassurant malgré une période estivale tendue : « Afin d’absorber l’activité de la maternité de la Polyclinique Pau Pyrénées, nous avons travaillé sur deux volets essentiels : les ressources humaines et le bâtiment ».
L'hôpital a, en effet, renforcé ses effectifs avec une quinzaine de professionnels et prévoit de recruter trois gynécologues supplémentaires pour épauler l'équipe en place, tout en adaptant le bâtiment avec de nouvelles chambres, une salle de bloc obstétrical et une salle de césarienne supplémentaire.
Le service des urgences du centre hospitalier a également dû s'adapter. « Sur le volet des urgences, nous avons également renforcé nos effectifs, avec un médecin urgentiste et trois aides-soignantes. D’autre part, nous échangeons quotidiennement avec les urgentistes de la Polyclinique pour renforcer notre coordination, tout en menant une réflexion au sein de notre hôpital afin de fluidifier l'accueil aux urgences », précise Julien Rossignol, qui ajoute qu'une unité temporaire d'hospitalisation de 14 lits vient d’ouvrir ses portes pour fluidifier les passages dans ce service.
L’activité de la rééducation se partagera quant à elle entre le Centre hospitalier de Pau et le Centre de rééducation fonctionnelle de Salies-de-Béarn.
« Le hasard fait que depuis l’année dernière, nous avions pour projet de déménager nos lits d’addictologie du bâtiment Hauterive au sein du Centre Hospitalier des Pyrénées pour plus de cohérence. Le transfert a été effectué en septembre dernier. Nous avons donc proposé d’ouvrir 15 lits de SMR à partir de novembre. Nous complèterons ainsi notre plateau technique, en passant de 22 à 37 lits », ajoute-t-il.
Pendant que la procédure judiciaire se poursuit et que le groupe GBNA conserve une capacité d'hospitalisation complète en oncologie et en soins palliatifs sur le site de Navarre, le territoire béarnais s'organise activement pour amortir cette transition sanitaire.
Noémie Besnard



N.B

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