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1500 COUPS DE POUCEPastore Lore : de la fête à la cagnotte

À Ascain, les traditions pastorales seront bien au rendez-vous les 10 et 11 octobre avec une réalité beaucoup moins festive.
Les musiques et danses basques animant le village d'AscainAIBA DR
La sécheresse a durement éprouvé les estives de la Rhune, contraignant les éleveurs à acheter du fourrage. La tradition pastorale se retrouve ainsi confrontée à une urgence bien contemporaine.

Chaque année, la même scène se déroule, les pottok descendant de la Rhune vers le village, les producteurs exposant leurs savoir-faire et les musiques et danses basques animant le village d'Ascain. Et pourtant, derrière cette image patrimoniale soigneusement entretenue depuis plus de vingt ans, la réalité agricole s’est brutalement heurtée au calendrier.

Le 29 septembre, Pastore Lore a lancé une cagnotte d’urgence en faveur des éleveurs de pottok. Le constat de l’association tient en quelques mots : « La Rhune est à sec, et nos bêtes ont faim. » La sécheresse qui a marqué l’été a brûlé les estives, laissant pottoks, vaches et brebis avec des ressources en herbe insuffisantes. Pour les éleveurs d’Ascain, Sare et Urrugne accompagnés par l’association, il faut désormais acheter du foin et du fourrage, une charge lourde financièrement.

L’objectif de cette collecte est fixé à 5 000 euros. Pastore Lore annonce vouloir consacrer l’intégralité des sommes récoltées à l’achat de fourrage, avec factures à l’appui. Dans le message accompagnant la cagnotte, l’association donne même une traduction très concrète de la solidarité : 5 euros correspondent à une botte de paille, 20 euros à une journée de nourriture pour un troupeau et 50 euros à une semaine.

La fête change de portée

Les Pottoks descendent de la Rhune vers le village d'Ascain
AIBA DR

Dans ce contexte, la manifestation des 10 et 11 octobre prend une autre dimension. Créée en 2004 à l’initiative de Jean-Louis Laduche, alors maire d’Ascain, Pastore Lore était née d’une volonté simple, à savoir faire entrer les éleveurs et leurs animaux au cœur du village. Le déclic avait été la première transhumance collective de pottok jusqu’au bourg.

Depuis, l’association a élargi son action. Son nom associe le pastore, le berger et le pastoralisme, à lore, la fleur, la nature et l’environnement. Ses missions reposent désormais sur quatre piliers : soutenir matériellement les éleveurs, leur apporter des bénévoles, transmettre aux jeunes et faire connaître le pastoralisme.

La sécheresse met à l'épreuve le premier de ces engagements. Car Pastore Lore ne se résume pas à organiser une fête autour de l’élevage. En effet, l’association contribue toute l’année à son maintien, notamment en prenant en charge certains produits vétérinaires, le puçage, du matériel de soins, du foin ou encore des équipements nécessaires aux installations d’élevage.

La pastoralisme, une tradition ancrée dans le territoire basque
AIBA DR

Même le traditionnel repas des bergers, samedi 10 octobre à 19 h 30 sous la halle, contribuera à l'effort puisqu'une partie des bénéfices sera reversée aux éleveurs sous forme de bons d’achat pour le foin. En d'autres termes, le banquet ne sera pas seulement l’occasion de célébrer les produits et les traditions de la montagne, il participera directement à leur sauvegarde. Une manière assez symbolique de rappeler qu’avant d’arriver dans l’assiette, les produits pastoraux dépendent d’abord de la capacité des éleveurs à nourrir leurs animaux.

La journée du samedi mêlera d’ailleurs cette dimension agricole à celle de l’environnement et de la transmission. Présentation de la biodiversité de la Rhune, lâcher de chouettes avec Hegalaldia, concours de dessin avec les écoles, pelote et repas des bergers composeront une fête où le pastoralisme ne sera jamais très loin de la question du territoire.

Les pottoks, symbole d’une montagne vivante

Cette année, Pastoe Lore fait appel à la solidarité pour perpétuer les traditions
AIBA DR

Le dimanche, la descente des pottok vers le village, prévue à 11 heures, constituera le moment emblématique de Pastore Lore. À leurs côtés, la fête donnera à voir les autres composantes du pastoralisme avec le marché de producteurs fermiers, les artisans et l’exposition d’animaux. Les Bidasoako Joaldunak, la Tanborrada Marinelak, l’école de musique Kornelio et les danses basques d’Ikasleak feront vivre le patrimoine local avant la finale internationale du concours de chiens de berger, à 15 heures.

Cette succession de rendez-vous pourrait sembler relever du folklore si elle ne s’inscrivait pas dans un travail quotidien. D’avril à novembre, les bénévoles de Pastore Lore participent ainsi aux rassemblements de pottok. L’association avait également créé une école de jeunes éleveurs, qui avait réuni une vingtaine d’enfants avant de devoir interrompre son activité faute de site, et cherche aujourd’hui un nouveau lieu pour la relancer.

Préserver les traditions, c’est aussi préparer leur avenir

Une tradition n’est vivante que si elle peut être transmise. Et le pastoralisme ne peut continuer à exister sur la Rhune que si des éleveurs peuvent encore y travailler, si leurs animaux peuvent y trouver leur nourriture et si une nouvelle génération peut prendre le relais.

La cagnotte lancée fin septembre ramène à la réalité cette équation. « Aidez-nous à garder nos montagnes vivantes », demande Pastore Lore. La formule résume à elle seule ce qui se joue derrière la fête.

Cette année, à Ascain, outre la célébration des traditions basques relatives à l'événement, il s’agira aussi de mesurer ce qu’il faut de solidarité, de travail et de transmission pour que ce moment festif ne deviennent pas celles d’un patrimoine figé.

À l’heure où la sécheresse met directement à l’épreuve les ressources de la montagne, Pastore Lore rappelle ainsi une évidence : pour que le patrimoine pastoral continue de fleurir, il faut d’abord que ceux qui le font vivre puissent nourrir leurs troupeaux.

COUP DE POUCE

Cette année la fête a une saveur un peu différente à cause des aléas climatiques. Face à la sécheresse qui a laissé les estives de la Rhune à court d’herbe, Pastore Lore a lancé une cagnotte d’urgence pour permettre aux éleveurs de pottoks, de vaches et de brebis les plus touchés d’acheter du foin et du fourrage.

Les éleveurs d'Ascain méritent vraiment un coup de pouce de notre part. Comment ? N'hésitez pas à vous rendre à l'événement, ou encore à aider financièrement au travers de la cagnotte (lien en fin d'article). Quelques euros peuvent contribuer à nourrir les troupeaux, mais la solidarité peut aussi passer par le partage : diffuser la cagnotte autour de soi, c’est déjà aider cette chaîne pastorale à tenir. Car derrière les pottoks, les transhumances et les traditions que l’on célèbre chaque année, il y a des éleveurs qui travaillent toute l’année pour entretenir la montagne et transmettre un patrimoine vivant. Chacun peut contribuer à ce que la Rhune reste une montagne vivante.

Sébastien Soumagnas

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