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Derrière les façades rouges, une filière qui ne manque pas de piquant

Des cordes de piments aux étals des producteurs, Espelette s’apprête à fêter les 24 et 25 octobre prochains, l’un des emblèmes du Pays basque.
Espelette-paysbasque DR
Derrière la fête populaire et les façades écarlates, une filière agricole structurée par l’AOP fait vivre des exploitations et perpétue des savoir-faire. Mais entre aléas climatiques, rendements fragilisés et transmission, l’or rouge doit continuer à se cultiver.

À Espelette, en octobre, le rouge, qui orne habituellement les façades des maisons, s’invite dans les rues, sur les étals et jusque dans les conversations. Les samedi 24 et dimanche 25 octobre, la Fête du Piment retrouvera son rendez-vous annuel, avec un programme mêlant foire gastronomique et artisanale, vente de produits régionaux, bandas, danses basques et cérémonies de la confrérie. Et pour toutes ces animations, l’accès à la manifestation est gratuit.

Née en 1967 à l’initiative du syndicat d’initiative, la fête avait de prime abord vocation à animer ce village rural du Labourd. Depuis 1969, la Confrérie du Piment d’Espelette en assure l’organisation, avec l’appui de bénévoles et d’associations voisines. En près de six décennies, le rendez-vous a largement contribué à faire connaître le produit et à accompagner la structuration de sa filière.

Mais derrière les réjouissances, les piments suspendus et les airs de fête se raconte une aventure agricole. Car si l’épice est aujourd’hui une ambassadrice du Pays basque, sa notoriété ne doit rien au hasard.

Une réussite collective

Espelette-paysbasque DR

Le piment d’Espelette est la seule épice française reconnue en Appellation d’origine protégée (AOP). Après l’obtention de l’AOC en 2000, la reconnaissance européenne est venue en 2002. Une protection qui garantit un lien étroit avec le territoire et encadre les conditions de production. Seules dix communes peuvent revendiquer cette appellation.

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Pour Panpi Olaizola, président du Syndicat du Piment d’Espelette, cette réussite est avant tout celle d’un collectif. « Une AOP, ça ne peut pas exister seul. Il faut une ambition commune, des règles partagées et un cahier des charges strict. Seul, on peut peut-être développer une entreprise. Mais on ne construit pas une appellation. »

La filière compte aujourd’hui 180 producteurs, 293 hectares de surface agricole et près de 4,913 millions de pieds plantés. Pour la campagne 2025-2026, la production de poudre avoisine les 190 tonnes. À ces exploitations s’ajoutent des acteurs de la transformation et du conditionnement, qui contribuent à faire vivre cette économie locale.

Cette dynamique a pourtant connu des heures plus incertaines. Une première tentative de structuration en coopérative, en 1983, s’était soldée par un échec. Une vingtaine de producteurs ont ensuite repris le flambeau et porté, pendant des années, le projet d’une appellation. « C’est la preuve que le collectif, quand il y a de la pugnacité et de la conviction, peut faire émerger quelque chose de durable », souligne Panpi Olaizola.

Du champ à la poudre, un métier exigeant

Fête Piment d'Espelette DR

Derrière la poudre qui relève les plats, il y a des semis, des plantations, une récolte manuelle, du tri, de la maturation et du séchage. La sélection des graines permet notamment de préserver la variété locale Gorria. Les cordes de piments accrochées aux maisons, devenues une image incontournable d’Espelette, témoignent elles aussi de ce savoir-faire.

Le métier exige de la rigueur et une capacité permanente d’adaptation. « Il faut savoir s’adapter à toutes les conditions : climatiques, météorologiques, agronomiques, économiques. Il faut jongler avec tout ça pour s’en sortir », résume le président du Syndicat. « C’est un vrai challenge, et c’est pour ça qu’on est passionné et qu’on est toujours là. »

Ces dernières années, les aléas climatiques et les rendements plus faibles ont compliqué la capacité de la filière à répondre à la demande. Des travaux collectifs sont engagés pour mieux comprendre certaines maladies et expérimenter des solutions d’adaptation, notamment autour de l’irrigation, dans le respect du cahier des charges.

Faire vivre le piment demain

L’enjeu dépasse la seule production d’une épice réputée pour ses arômes fruités et son piquant progressif. Le piment fait vivre des fermes, des activités de transformation, des commerces et participe à l’attractivité touristique du village. Il reste aussi un héritage à transmettre, des gestes agricoles à préserver et une identité à faire vivre.

Pour attirer de nouvelles générations, Panpi Olaizola insiste sur une condition essentielle : « Le nerf de la guerre, c’est la reconnaissance économique du travail. » Il faut, selon lui, que le métier permette de vivre correctement, tout en continuant à défendre une production de qualité.

La Fête du Piment sera l’occasion de célébrer cette réussite, mais aussi de regarder ce qu’il reste à accomplir. Entre défilé des confréries, chants, danses et dégustations, l’or rouge fera battre le cœur d’Espelette. Et derrière les festivités, une conviction demeure : pour que le piment garde toute sa saveur, il faut d’abord que celles et ceux qui le cultivent puissent continuer à en vivre.

Sébastien Soumagnas

Programme provisoire de la Fête du Piment à Espelette

SAMEDI  (programme provisoire)

  • 15H30 - Danses basque avec Ezpela au fronton

  • 17H00 - Concert avec le choeur d’hommes Ezpeletan Kantuz - église Saint-Etienne 
    Animations dans le village par les bandas et musiciens.

  • 20H00 - Diner populaire avec animation servi sous les halles du marché couver avec retransmission Finale rugby Coupe du Monde.


DIMANCHE  (programme provisoire)

  • 10H00 - Messe solennelle avec la chorale d’Espelette et la batterie-fanfare Ezpeletarrak, bénédiction des piments.

  • 11H00 - Défilé des confréries dans les rues.

  • 12H00 - Cérémonie d’intronisation, "remise du prix piment 2023 » par Gaëtan Germain (rugby)

  • 12H30 Apéritif - repas dans tous les bars-restaurants de la ville

  • 13H00  - Repas de Gala pour les confréries

L'après-midi Festival de Bandas. 15H30 Les Makilaris  au fronton.
Toute la journée foire gastronomique, vente de piments et produits régionaux.

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