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Quand les vallées basques mettent la frontière entre parenthèses

Le 17 octobre prochain, six territoires français et navarrais se retrouveront à Eugi pour la première Journée transfrontalière.
Une journée pour célébrer la coopération entre les citoyens français et espagnols du Pays de QuintKintoan Barna DR
Derrière le trail, les jeux ruraux, les bertsolaris, le mus et le repas cidrerie, ce rendez-vous marque une nouvelle étape dans une coopération engagée depuis plusieurs années autour du territoire commun de Kintoan Barna.
Le villaage d'Eugi, au coeur du Kintoa, possède une longue histoire liée à cet espace commun
DR

Sous des airs de programme festif, il faudra peut-être mesurer ce qui se joue, le samedi 17 octobre prochain à Eugi. Car si la première Journée transfrontalière, Mugaz Gaindiko Eguna, promet une belle journée de sport, de culture et de traditions, elle raconte surtout une histoire beaucoup plus ancienne : celle de montagnes où les hommes, les troupeaux et les pratiques ont longtemps cohabité avant que les frontières administratives ne viennent morceler le territoire.

Baigorri, Baztan, Esteribar, Erro, Luzaide/Valcarlos et Auritz/Burguete seront donc réunis pour cette première édition. Six territoires séparés aujourd’hui par une frontière d’État certes, mais réunis par la géographie, l’histoire et surtout une culture largement commune.

Le territoire de Kintoan Barna, que l'on pourrait traduire par « au sein du Pays Quint », en est la parfaite illustration. Les droits de pâturage, l’exploitation de la forêt et les déplacements des troupeaux y ont organisé depuis des siècles la vie des deux versants. La frontière définitive n’a été matérialisée qu’au XIXe siècle, avec le traité de limites de 1856. Autrement dit, la frontière est relativement récente à l’échelle de ces montagnes. Les liens, eux, sont beaucoup plus anciens.

Même aujourd’hui, certaines pratiques en gardent les traces. À Urepel, par exemple, des bovins peuvent encore être marqués du sigle « V.E. », pour Valle de Erro, avant de rejoindre les pâturages navarrais de Sorogain. Les troupeaux franchissent ainsi depuis longtemps ce que les administrations appellent une frontière.

Une fête fédératrice

Le Pays de Quint, un territoire français et navarrais, où la frontière n'est qu'un mot
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Le 17 octobre, cette histoire commune prendra une forme particulièrement populaire. À partir de 9 heures, VTT et trail entameront la journée. Puis les dianak, ces aubades musicales traditionnelles, parcourront le village tandis que les bertsolaris feront entendre leur voix. À 11 heures, le bote luze et les jeux ruraux prendront le relais. À 13 heures, les géants de Baigorri et d’Esteribar, accompagnés des gaiteros et de la fanfare d’Esteribar, défileront dans les rues. Puis, à 14 h 30, habitants et visiteurs se retrouveront autour d’un repas cidrerie animé par Menditarrak.

L’après-midi prolongera ce mélange des générations et des pratiques, avec un espace consacré aux enfants et un tournoi de mus. La txaranga Atzar Bale prendra ensuite le relais avant une erromeria à 20 h 30.

Mais en quoi ce programme a quelque chose de très particulier ? Eh bien la langue basque, la pelote, les jeux ruraux, la musique, la gastronomie et la fête ne font pas office de rendez-vous folklorique. En effet, ils constituent le langage commun d’un territoire qui perpétue un lien séculaire. 

Cependant, l’idée n’est pas née hier. Le projet Asociakin, engagé en 2022-2023, réunissait déjà plusieurs associations des deux côtés de la frontière avec l’objectif de renforcer le sentiment d’appartenance à un territoire transfrontalier et de multiplier les rencontres entre habitants. Il prévoyait même l’organisation d’une rencontre entre associations, appelée à devenir une future « Journée transfrontalière de Kintoan Barna ». La journée qui aura donc lieu à Eugi apparaît ainsi plus comme l’aboutissement d’une réflexion mûrement réfléchie.

De la fête à une coopération durable

Inauguration du projet Kintondare
Kintoan Barna DR

Depuis plusieurs années, Kintoan Barna sert de cadre à des projets communs autour du patrimoine, du pastoralisme, de la langue, de l’environnement et du tourisme.

Le projet Kintondare porte cette ambition avec une formule particulièrement parlante : faire de Kintoan Barna « un seul territoire, une seule unité d’action et de participation ». Banca et Eugi peuvent ainsi confronter leurs patrimoines miniers, tandis que les pratiques pastorales, les paysages et les chemins sont envisagés comme les composantes d’un même territoire.

La volonté va désormais plus loin avec le projet GET Kintoan Barna, qui doit permettre la création d’une AECT, une Agrupación Europea de Cooperación Territorial. L’objectif est de disposer d’une structure permanente capable d’améliorer la gouvernance commune et de développer des services au bénéfice des populations des deux côtés de la frontière. Il n'y a qu'un pas pour passer progressivement de la coopération par projets à une organisation appelée à durer.

Cette future structure serait d’ailleurs particulièrement symbolique : son siège est prévu à Urepel, tandis que sa présidence doit alterner entre les deux versants. Eugi n’a donc pas été choisi au hasard. En effet, le village, installé au cœur du Kintoa, possède lui-même une longue histoire liée à cet espace commun et participe activement depuis plusieurs années aux démarches de coopération transfrontalière.

Faire tomber les frontières sans effacer les différences

La Journée transfrontalière montre ainsi que la frontière peut être franchie, contournée, apprivoisée et surtout oubliée lorsque les habitants ont des raisons de se retrouver.

Gageons que lors de cette première édition, on ne parlera pas seulement de coopération européenne ou de dispositifs institutionnels. On jouera au mus, on écoutera les bertsolaris, on partagera un repas, et on partagera des moments inoubliables une journée durant. Après la coopération autour de projets, les six vallées feront territoire commun le 17 octobre prochain à Eugi.

Sébastien Soumagnas

Kintoan Barna DR

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