Un bijou peut avoir plusieurs vies. Une bague oubliée dans un tiroir, un collier abîmé ou une alliance héritée peuvent retrouver leur place, transformés en une nouvelle création. À Biarritz, chez Origine Ateliers, cette démarche fait partie du quotidien. « Nous avons eu plein de cas de figure où des gens ont pleuré. On sent qu'il y a une émotion vraiment particulière », raconte Stéphanie Porsain, qui a fondé la maison avec Florent Trémolosa.
Derrière ces objets précieux, il y a un métier, des gestes minutieux et une histoire de transmission. En 1995, les deux artisans rejoignent un atelier de joaillerie sur la Côte basque, qui travaille alors pour les grandes maisons de la place Vendôme. Neuf ans plus tard, ils reprennent l’entreprise et créent leur propre structure. Ils continuent d’abord à travailler pour Paris, tout en développant une activité destinée aux particuliers.
Mais les deux modèles finissent par devenir difficiles à concilier. « Donc, on a choisi de se consacrer à réaliser des pièces en sur mesure pour les particuliers, d'abord les clients locaux, et ensuite, par le bouche à oreille principalement, nous avons eu de la clientèle ailleurs et à l'étranger également. »
Des gestes qui ne s’apprennent plus toujours
En 2013, Origine Ateliers s’installe dans son atelier-boutique actuel, à Biarritz. Le lieu a connu plusieurs vies : avant d’accueillir les joailliers, il abritait un réparateur et vendeur de cycles, vélos et mobylettes, qui y a travaillé pendant 47 ans.
Aujourd’hui, une baie vitrée permet aux visiteurs de découvrir l’atelier en activité. Les outils anciens y côtoient des équipements plus récents. Certaines machines ont plus d’un siècle, mais restent utilisées au quotidien. « C'est vrai que notre réflexe, c'est plutôt de partir sur un travail manuel. Si c'est déjà réalisé de cette manière, oui, on fait dialoguer les deux mais on a plus tendance à privilégier l'ancienne école. »
Cette fidélité au geste prend tout son sens avec l’emmaillement, une spécialité historique de l’atelier. Elle consiste à réaliser les articulations des colliers et des bracelets, pour qu’ils bougent avec fluidité tout en conservant leur esthétique. « Au tout début, nous avions même une spécialité, qu'aujourd'hui on n'apprend plus du tout dans les écoles, qui est l'enmaillement. Et l'enmaillement, c'est la réalisation et la mise au point de tout ce qui est articulation pour les colliers et les bracelets. »
À l’heure où les chaînes sont largement mécanisées, Origine Ateliers continue de les fabriquer à la main. « Nous, on réalise encore les chaînes à la main », souligne Stéphanie Porsain. Un savoir-faire exigeant, qui demande de maîtriser à la fois la technique, le mouvement et l’harmonie du bijou.
Près de 6 000 pièces presque toutes différentes
Le sur-mesure constitue aujourd’hui le cœur de l’activité. Certains clients arrivent avec une idée précise, d’autres avec une pierre ou simplement l’envie de porter un bijou qui leur ressemble. Le travail commence alors par un échange, avant de passer au dessin, à la maquette puis à la fabrication.
« Dans le cadre d'un rendez-vous, avec le temps nécessaire, on vient vraiment cibler, analyser, affiner leurs goûts pour leur proposer quelque chose. On essaie toujours de faire en sorte que ce ne soit pas forcément vu chez les autres joailliers. On essaie d'apporter notre patte tout en respectant leurs exigences, leurs critères, leurs goûts, qui sont à chaque fois différents. »
Cette diversité se mesure au nombre de créations réalisées depuis la naissance de la maison. « Depuis le moment où Origine Ateliers est née, nous approchons bientôt 6000 pièces, presque toutes différentes les unes des autres. Donc évidemment, le panel est assez large. »
L’inventivité conduit aussi les deux artisans vers des projets singuliers. Ils ont notamment collaboré avec la famille Ainciart Bergara pour revisiter le makila, en associant la joaillerie à ce savoir-faire traditionnel basque. « Nous avons eu la chance de faire une série d'une dizaine de makilas en mélangeant la joaillerie et leur savoir-faire. »
Autre réalisation exceptionnelle : l’épée d’académicienne de l’écrivaine Dominique Bona. Là encore, la création est passée par le dialogue car elle n'était pas emballée par une arme. « Nous avions fait deux archers haut de gamme, à quatre mains, pour l'un des frères Capuçon. Dominique Bona a adoré l'objet et elle s'est dit que ce serait finalement intéressant qu'on étudie un projet. »
Les joailliers sont donc partis dans cette direction et lui ont présenté les différentes étapes. « On l'a fait comme quand on étudie un bijou en sur mesure, de la même manière. On a fait d'abord des copies, et on a parlé avec elle. Au fur et à mesure, on lui a montré les étapes. »
Transformer plutôt que laisser dormir
Chez Origine Ateliers, la transformation des bijoux existait bien avant que le recyclage devienne un sujet largement médiatisé. Les clients peuvent apporter leur or, leur argent ou leurs pierres, qui seront réutilisés en totalité ou en partie pour concevoir une nouvelle pièce. « Alors, avant qu'on parle de recyclage, que cela soit vraiment un sujet très important, nous, on appelle ça de la transformation. Et en fait, oui, c'est du recyclage. On l'a toujours fait. »
Au-delà de la réutilisation de matières précieuses, cette démarche permet de préserver une histoire tout en donnant au bijou un nouvel usage. Mais accepter de transformer un objet auquel on est attaché peut demander du temps.
« Les personnes doivent d'abord avoir le déclic d'accepter qu'on les touche. Mais c'est vrai que nous considérons qu'il y a déjà un travail de leur part à faire, il y en a qui sont hésitants, donc on leur dit qu'il faut que ce déclic ait lieu, afin qu'ils ne le regrettent pas ensuite. »
Le résultat peut être particulièrement fort, lorsque le bijou ne correspond plus aux goûts de son propriétaire originel, mais que sa matière reste chargée de souvenirs. « Et ensuite, c'est vrai qu'à partir du moment où on tourne une page, on utilise les matières existantes. Et ça permet d'avoir vraiment un bijou pour la personne, avec la matière qu'elle avait. Donc c'est vraiment très fort. »
Faire vivre la production locale
Aujourd’hui, l’équipe compte quatre personnes, auxquelles s’ajoute un partenaire horloger. Dans cette petite structure, la production repose sur des compétences complémentaires : création, fabrication, sertissage, finition, gestion des matières et relation avec les clients.
L’histoire d’Origine Ateliers rappelle que les emplois de production ne se résument pas aux volumes fabriqués. Ils reposent aussi sur des savoir-faire parfois rares, dont la pérennité dépend de leur transmission et de leur reconnaissance. L’emmaillement, qui n’est plus toujours enseigné dans les écoles, en est une illustration.
À Biarritz, Stéphanie Porsain et Florent Trémolosa défendent une approche où le temps consacré à chaque pièce fait partie intégrante du métier. La création sur mesure, la transformation et les collaborations avec d’autres artisans leur permettent de faire évoluer la joaillerie sans renoncer à ses gestes fondamentaux.
Dans leur atelier, produire localement signifie ainsi maintenir des compétences, faire vivre une petite équipe et continuer à inventer. Mais aussi rappeler qu’un objet peut avoir une valeur qui dépasse son matériau : celle du travail qui lui donne forme et des histoires qu’il permet de transmettre.
Sébastien Soumagnas
Origine Ateliers
16 Avenue Jaulerry, 64200 Biarritz
Tél. : 05 59 52 02 27
Origine Ateliers en quelques chiffres
1995 : Stéphanie Porsain et Florent Trémolosa rejoignent l’atelier sur la Côte basque.
2004 : ils reprennent l’entreprise et créent Origine Ateliers.
2013 : ouverture de l’atelier-boutique à Biarritz.
Une équipe de quatre personnes sur le site, avec un partenaire horloger.
Près de 6 000 pièces réalisées, presque toutes différentes selon Stéphanie Porsain.
Des spécialités : création sur mesure, emmaillement manuel, sertissage, transformation de bijoux et dépôt-vente de montres.
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