L’histoire de Forge Adour commence en 1978, à Bayonne, dans l’atelier d’un artisan serrurier. À l’époque, Manuel Merin fabrique des pare-feux et des accessoires de cheminée. Près d’un demi-siècle plus tard, l’entreprise est devenue le premier fabricant européen de planchas. Une trajectoire industrielle remarquable, mais qui ne se résume pas à une success story économique. Car ici, produire dépasse largement l’objet.
« Pour nous, produire la vie, c'est concevoir des produits qui créent des moments de partage, rapprochent les générations et donnent envie de se retrouver », explique Lydie Castagnet, responsable de la communication. « Une plancha ou une cuisine extérieure ne sont pas une fin en soi : elles deviennent le point de départ de souvenirs. »
Dans cette vision, l’industrie se met au service du lien. Une philosophie résumée par la raison d’être de la marque : « Rallumer ce qui compte ». Une manière de replacer la production au cœur des usages et des relations humaines, loin d’une vision purement fonctionnelle.
Une entreprise façonnée par les valeurs du territoire
Si Forge Adour s’est développée bien au-delà du Pays basque, son identité reste profondément enracinée ici. « Cette vision est profondément inspirée des valeurs du Pays basque : la générosité, la solidarité, l’ouverture, le goût du travail bien fait », souligne Lydie Castagnet. « Au-delà de l’objet, ce qui compte vraiment, ce sont les liens qu’il permet de créer. »
Ces valeurs irriguent autant la conception des produits que la manière de faire évoluer l’entreprise. Car l’histoire de Forge Adour est aussi celle d’une transformation permanente. Dès les années 1980, elle se diversifie vers le barbecue, puis invente la première plancha française. Un virage décisif.
« Dans un environnement où tout évolue en permanence, la première responsabilité d'une entreprise est de savoir définir un cap et construire une vision de long terme », insiste-t-elle. « Mais une vision ne signifie pas suivre une trajectoire figée. C’est l’équilibre entre direction et adaptation qui permet de durer. »
Cette capacité d’adaptation est au cœur des enjeux de production aujourd’hui. Elle conditionne non seulement la compétitivité, mais aussi le maintien des emplois dans les territoires. « C’est cette alliance entre une vision claire, l’agilité nécessaire pour s’adapter et l’exigence dans l’exécution qui permet de continuer à créer de la valeur », explique Lydie Castagnet. « Et donc de contribuer durablement au maintien des emplois. »
Chez Forge Adour, cette évolution s’est traduite par un élargissement progressif de l’offre : des planchas aux cuisines extérieures complètes, en passant par les accessoires et l’univers global de la cuisson outdoor. Une manière de rester en phase avec les usages, sans renier ses origines.
Produire entre deux territoires
Aujourd’hui, l’entreprise emploie environ 140 salariés et s’appuie sur une organisation transfrontalière. La production est réalisée en grande partie en Espagne, à Villafranca de los Barros, village natal du fondateur. Un choix qui pourrait sembler contradictoire avec l’ancrage local, mais que l’entreprise revendique comme une continuité. « Notre histoire s’est construite entre deux terres », rappelle Lydie Castagnet. « Depuis toujours, Forge Adour crée des liens entre deux cultures, entre tradition artisanale et innovation industrielle. »
Le Pays basque reste pourtant le cœur de l’entreprise : siège social à Bayonne, centre logistique, services commerciaux, qualité et service après-vente. « Nous ne voyons pas d’opposition entre développement industriel et ancrage local. Au contraire, ils sont intimement liés. » Une vision qui interroge les modèles classiques de relocalisation, en montrant qu’une entreprise peut conjuguer compétitivité et attachement territorial autrement.
Avec plus de 200 000 produits expédiés chaque année et une présence dans des milliers de points de vente, Forge Adour est bien plus qu’un acteur industriel isolé. Elle participe à un écosystème économique élargi. « Une entreprise crée bien plus que ses propres emplois », souligne Lydie Castagnet. « Elle fait vivre tout un réseau de partenaires, de fournisseurs, de transporteurs, de distributeurs. »
Cet impact se mesure aussi en termes d’image. À travers ses produits, Forge Adour exporte une certaine idée de l’art de vivre. « Chaque plancha porte un peu de cette identité née au Pays basque et contribue à faire rayonner le territoire bien au-delà de ses frontières. »
Produire autrement pour durer
Le rachat récent par le Groupe SEB marque une nouvelle étape dans cette trajectoire. Une évolution souvent synonyme d’inquiétudes pour les entreprises à forte identité. Mais ici, elle est présentée comme une opportunité. « Rejoindre le Groupe SEB est un formidable accélérateur », affirme Lydie Castagnet. « Nous bénéficions de moyens renforcés pour innover et nous développer à l’international. »
Reste un enjeu majeur : préserver l’identité. « Ces nouvelles perspectives n’ont de sens que si elles s’appuient sur ce qui fait notre identité. Et c’est précisément l’approche portée aujourd’hui. »
Autre évolution majeure : la prise en compte des enjeux environnementaux. Forge Adour a fait de l’éco-conception un axe stratégique. « Produire durablement ne relève plus uniquement d’un engagement environnemental ; c’est une condition de pérennité industrielle », insiste Lydie Castagnet.
Concevoir des produits robustes, réparables, faits pour durer : une approche qui s’inscrit dans le temps. « Nous croyons aux objets qui se transmettent, qui continuent à créer des moments de partage pendant des années. » Une vision qui rejoint, là encore, la notion de production comme création de valeur durable, bien au-delà du simple acte de fabrication.
Redonner envie de production
Dans un contexte où les emplois industriels ont fortement reculé, la question de leur avenir reste centrale. Et pour Forge Adour, la réponse passe d’abord par l’image. « Il faut redonner envie de l’industrie », affirme Lydie Castagnet. « Elle est aujourd’hui innovante, technologique, créative et engagée, loin des clichés. »
L’entreprise plaide également pour un rapprochement entre le monde économique et celui de la formation. « Il faut renforcer les passerelles entre les entreprises, les écoles et les centres de formation. »
Enfin, elle insiste sur la nécessité de soutenir les entreprises qui produisent. « Une industrie forte est une industrie qui conjugue performance économique, responsabilité environnementale et utilité sociale. »
À travers son parcours, Forge Adour illustre une réalité souvent méconnue : produire, ce n’est pas seulement fabriquer des objets. C’est structurer des territoires, créer des emplois, transmettre des savoir-faire et, parfois, générer des moments de vie.
Dans un Pays basque en pleine mutation, entre pression résidentielle et transformations économiques, ces entreprises jouent un rôle clé. Discrètes mais essentielles. Et comme le résume Lydie Castagnet : « Au fond, ce qui compte, ce n’est pas seulement ce que l’on produit, mais ce que cela permet de créer. »
Sébastien Soumagnas
En chiffres
1978 : année de création
autour de 3 millions : chiffre d'affaires avant le rachat par SEB
145 : nombre de salariés
dont 75 en Espagne
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Forge Adour DR
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