C’est l’histoire d’un coup de foudre que rien ne laissait présager. Alors conceptrice-rédactrice dans la publicité à Paris, Sara Goupy n’a pas la moindre expérience originelle dans le textile. C'est lors d'un reportage qu'elle découvre l'atelier de Denis Guédon.
Le coup de foudre est immédiat, l'amenant à se former pendant trois ans auprès du maître artisan pour absorber chaque nuance de ce métier d'art.
Elle décrit souvent le béret comme un produit magique, une matière vivante qui bouge et réagit à la météo, et qu'il faut savoir écouter au quotidien. Lorsque le patron décide de prendre sa retraite, Sara n'hésite pas une seconde : laisser s'éteindre ce savoir-faire unique au monde était tout simplement impensable.
En reprenant la Manufacture de bérets d’Oloron-Sainte-Marie, elle n’a pas seulement racheté une entreprise, mais bien un patrimoine technique inestimable. Elle devient alors la gardienne du temple du béret béarnais.
À force d’implication et de nuits blanches, cette passionnée a sauvé ce savoir-faire de l'extinction. Chaque année, l'atelier produit près de 3 000 pièces, séduisant une clientèle locale mais aussi internationale, notamment au Japon et aux États-Unis.
Aujourd’hui installée à Orthez, au sein de la zone des Soarns, la maison entame un nouveau chapitre en devenant officiellement Barnabé, sans jamais déroger à l'excellence de ses gestes séculaires.
Mais pourquoi abandonner le nom historique de Manufacture de bérets ? La réponse tient à une surprise administrative savoureuse. L'année dernière, alors que les dirigeantes entament des démarches pour renouveler la marque, elles découvrent une anomalie improbable : le fondateur avait par erreur déposé le nom sous la catégorie des chaussures.
Impossible dès lors d'exploiter sereinement la marque dans le secteur de la chapellerie fine. Plutôt que de voir cela comme un frein, les deux artisanes décident de rebondir avec l'audace qui les caractérise.
L'art du feutrage intégral
Ici, hors de question de parler de simple découpe de tissu ou d'assemblage industriel. Le secret de Barnabé réside dans la maîtrise intégrale du processus de fabrication traditionnel, un art complexe où la matière est littéralement façonnée à la main de A à Z.
Pour y parvenir, Sara Goupy utilise des machines d'époque — dont certaines datent du XIXe siècle — qu'elle a dû patiemment apprendre à dompter. Le cycle de fabrication débute par le tricotage minutieux d'une laine de mérinos écru de haute qualité, qui prend d'abord la forme d'une grande galette.
Vient ensuite l'étape cruciale du foulonnage, où le textile subit un travail intense de friction et d'humidité sous les lourds marteaux du moulin. C'est ce feutrage qui permet aux fibres de s'entrelacer intimement pour créer un feutre imperméable, dense et d'une douceur incomparable.
Après la teinture dans la masse, les pièces sont étirées sur des formes en bois de tilleul pour acquérir leur taille définitive, avant de passer au bichonnage où les finitions, comme la pose de la coiffe intérieure et du fameux cabillou, sont réalisées avec une précision chirurgicale.
Résultat ? Un catalogue soigné de 11 couleurs vibrantes et cinq tailles permet de proposer un produit haut de gamme, conjuguant fidèlement mémoire ouvrière et finitions haute couture.
Contrairement aux modèles industriels souvent rigidifiés par une garniture en cuir, le béret Barnabé demeure entièrement souple, épousant parfaitement la forme du crâne.
Ce changement d'identité marque le début d'un chapitre ambitieux, car les projets foisonnent sous le couvre-chef de l’entrepreneuse orthézienne.
Tout en préservant jalousement les techniques de tricotage, de feutrage et de teinture, la marque propose des visites guidées pour le public et les scolaires, et souhaite explorer de nouvelles matières à travers des collaborations inédites avec des créateurs de mode.
Noémie Besnard






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