À Bayonne, dans un paysage économique où les activités de production cherchent à se réinventer, certains parcours racontent une autre manière de faire. Et celui de Sarah Guizelin en fait indéniablement partie. À la tête de Secrets Naturels de Sarah, anciennement Naturalki, elle développe depuis 2020 une activité artisanale centrée sur le bien-être au naturel, mais aussi sur la transmission et l’accompagnement.
À l’origine pourtant, rien ne la destinait à ce chemin. Issue du secteur du service à la personne, elle opère un virage décisif, motivé par une expérience personnelle. « Depuis mon enfance je souffre à cause de tous ces cosmétiques conventionnels fabriqués avec de l’huile minérale, du silicone, des tensio actifs agressifs, et un tas d’autres produits chimiques », confie-t-elle. Une prise de conscience qui devient finalement le moteur de son projet. « Lorsque j’ai quitté mon poste, je souhaitais travailler dans la bienveillance et proposer une alternative à tous ces produits chimiques que nous consommons chaque jour sans le savoir. » C'est chose faite avec « la création de cosmétiques 100% naturels et bio. »
Dès le départ, son objectif s’inscrit dans une logique de production. Produire localement, mais autrement. Produire moins, mais mieux. Produire en comprenant ce que l’on fait.
Du faire soi-même à une activité complète
L’aventure débute avec Les Ateliers de Sarah, autour du DIY (Do It Yourself – Faites le vous-même). Une approche qui séduit rapidement. Mais au-delà de l’aspect pratique, c’est une philosophie qui se met en place. « Proposer des ateliers DIY, c’est apporter une transparence sur les produits que nous consommons. C’est informer sur les dangers des ingrédients, apprendre à lire une étiquette et fabriquer soi-même. »
Dans ces moments de transmission, la production devient accessible. Elle sort des laboratoires industriels pour revenir dans les mains de chacun. « C’est un moment de partage, ludique et de fierté pour tous les participants », souligne-t-elle, évoquant un public large, « de l’enfant dès 3 ans à la personne fragile ».
Face à l’engouement, l’activité évolue naturellement. Aux ateliers s’ajoutent la formulation et la fabrication de cosmétiques naturels, puis de produits ménagers. Un laboratoire prend forme, des gammes se structurent, une boutique ouvre. L’entreprise change de dimension.
Ce développement progressif conduit à une évolution identitaire. « Lorsque j’ai créé ma société, je proposais exclusivement des ateliers DIY. Ensuite j’ai créé la gamme de cosmétiques, le labo, la boutique… Le nom ne reflétait plus tout ce que je propose. » Une transformation qui donne naissance à Secrets Naturels de Sarah, reflet d’une activité désormais globale.
Produire, c’est aussi repenser nos usages
Au cœur de cette démarche, une conviction forte : produire aujourd’hui implique de revoir nos habitudes. « Il faut repenser sa manière de consommer et de fabriquer, tant sur le plan de la cosmétique que de l’alimentaire », insiste Sarah Guizelin.
Dans un secteur marqué par la surabondance, elle défend une approche minimaliste. « Nous ne sommes pas obligés d’utiliser un nombre incalculable de produits. Nous pouvons avoir des routines avec très peu d’ingrédients. »
L’enjeu est double : réduire l’impact environnemental et retrouver du sens. « Il faut limiter la surconsommation, les emballages inutiles, l’eau que l’on retrouve dans les cosmétiques conventionnels à hauteur de 70 à 90 %. »
Ce retour à l’essentiel passe par des produits plus concentrés, plus bruts. « En utilisant des ingrédients purs, on en utilise moins », explique-t-elle, citant des gestes simples, comme l’usage d’huiles naturelles en sortie de douche. Produire devient alors un acte pédagogique autant qu’économique. Une manière de rééquilibrer la relation entre fabrication et consommation.
Une production ancrée dans le territoire
Si l’activité s’inscrit dans une logique globale, elle reste profondément locale. Fabrication artisanale, boutique à Bayonne, réseau de revendeurs : l’ancrage territorial est assumé. Et avec lui, une contribution au dynamisme économique. « Chaque année je prends des alternants. Cela leur permet de se former et j’aime beaucoup accompagner et transmettre. » Une première étape vers le recrutement, même si la question reste sensible. « Embaucher, c’est un peu stressant. Il faut trouver quelqu’un qui partage mes valeurs. »
Dans un contexte où les emplois de production se raréfient, ces initiatives prennent une dimension particulière. Elles participent à maintenir une diversité d’activités, souvent à taille humaine, mais essentielles.
Le développement de la marque s’inscrit aussi dans cette dynamique. Refonte de l’identité visuelle, nouveau site internet, élargissement de la distribution : autant de leviers pour consolider une production locale.
La démarche de Sarah Guizelin trouve un écho particulier dans une région où l’artisanat occupe une place importante. « Le fait de mettre en lumière les créateurs locaux fait partie intégrante de notre région », souligne-t-elle. « Nous avons de super talents et il faut les découvrir. » Au-delà du cas individuel, c’est une vision plus large qui se dessine. Celle d’un territoire où produire ne se limite pas à fabriquer, mais participe à créer du lien, à transmettre et à faire vivre une économie de proximité.
Reste la question des vocations. Comment encourager d’autres parcours similaires ? Pour Sarah Guizelin, plusieurs leviers existent. D’abord l’information. « Il faut être transparent afin que les personnes puissent faire de bons choix. » Ensuite l’accompagnement. « La réglementation en cosmétique est très complexe et cela décourage. Il faut aider les petites entreprises, informer sur les solutions qui existent. »
Enfin, redonner du sens. « Consommer naturel revient moins cher, respecte notre santé et notre environnement. »
Une production à taille humaine, tournée vers l’avenir
À travers Secrets Naturels de Sarah, c’est une certaine idée de la production qui se dessine. Une production à échelle humaine, ancrée localement, mais connectée aux enjeux contemporains. Ni industrielle, ni marginale, elle occupe un espace intermédiaire, où l’artisanat, la pédagogie et l’engagement se rejoignent.
Dans un contexte de transformation profonde des modèles économiques, ces initiatives interrogent. Et surtout, elles montrent que produire autrement n’est pas une utopie, mais une réalité déjà à l’œuvre. Dans le cas de Sarah Guizelin à Bayonne, elle prend la forme de cosmétiques, d’ateliers, de conseils.
Mais au-delà des produits, c’est bien une dynamique qui se construit. Une dynamique où produire, au sens le plus concret, revient également à produire du lien, de la connaissance… et, au final, tout simplement, de la vie.
Sébastien Soumagnas
ICI, on produit la vie
Chaque mercredi, au minimum, vous retrouverez cette rubrique : un rendez-vous inédit pour défendre les métiers de production. Des témoignages, des reportages, des interviews, des dossiers permettront de porter cette CAUSE majeure, pour la faire avancer.
Pour découvrir, les articles déjà publiés dans cette rubrique, cliquez ici
Au sommaire d'Ici, on produit la vie
Un rendez-vous hebdomadaire inédit pour défendre les métiers de production
Artzainak à Mauléon : les bergers d’une production indépendante
La Ferme Elizaldia : au cœur de Gamarthe, l’agro-pépite se bâtit de génération en génération
Créer une nouvelle dynamique autour de la fierté « industrielle »
Boulangerie du Moulin à Mauléon
Lynxter façonne l'avenir en 3D
L’IzarFamily invente une dimension humaine pour les télécoms et le numérique
Erro, quand la maroquinerie fait vivre un atelier, un village, un pays
Alki : des racines et des ailes
Itsalga, quand la mer nourrit la terre
Tannerie Carriat : le cuir solide et la créativité éclatante
SEI, le numérique made in Pays basque
Resak : le design naît du recyclé
Arsène, l’espadrille retrouve ses pas à Mauléon
Du garage à la pasta factory : la success story d’Irina
La maison Pascal Massonde cultive le goût de ses terres
Egiazki, la jeunesse basque qui entreprend ici
Antoine Maury et Zanzibar, à contre-courant des délocalisations
Port de Bayonne : quand l’industrie navigue vers le futur
BiPiA, quand l’artisanat nourrit l’économie basque
Comment le CETIA fait entrer le textile en économie circulaire
BioclimaKit, quand le compost fait repousser l'idée de produire localement
Kollect Tech transforme les toilettes en filière d’avenir
Le Béret Français : du fil au produit fini, du geste à l’avenir
Synelis et Olivier Neys au cœur des réseaux essentiels
Montrer, transmettre, fabriquer et... donner du sens
Epta fabrique à Hendaye des vitrines réfrigérées pour le monde entier
Quand l’océan inspire un projet industriel porteur de sens
Sokoa, l’industrie basque qui mise sur l’humain et le territoire
Uzitek, quand la mécanique de précision fait tourner les fabrications locales
Ainciart Bergara, gardiens d’un savoir-faire unique et vivant
Maison Laffargue : le cuir dans la peau, la transmission dans les mains
Bastidarra : quand produire local devient un acte engagé
Goicoechea : de la terre au territoire, une fabrique de vie
La laine reprend du poil de la bête avec Traille
Le piment d’Espelette, une filière qui cultive bien plus que du goût
Les clefs de l'éco
Chiffre d’affaires ou bénéfice ?
La dette ou les dettes
L’investissement c’est quoi ? Et à quoi ça sert ?
Le besoin de financement d’une entreprise
Et si on parlait des patrons ?
Un défi majeur à relever ensemble…
Plus nombreux qu’on ne le pense, ceux qui produisent au Pays Basque montrent la voie. On pense souvent à quelques fleurons industriels, à des grands groupes, mais une multitude de femmes et d’hommes font partie de l’aventure production, avec des structures de toutes tailles. Les petits ruisseaux font les grandes rivières.
Tous méritent d’être encouragés.
A travers cette rubrique « ICI, on produit la vie », PresseLib’ veut animer une communauté, en favorisant des solidarités, en encourageant la partage d’expériences, en incitant aux transmissions, en faisant bouger les lignes, en faisant émerger des solutions nouvelles… Bref, en créant une dynamique inédite.
Participez !
Ce nouveau rendez-vous est celui d’une communauté, engagée pour défendre et valoriser les emplois de production.
Rejoignez le mouvement !
Vous êtes un acteur de la production locale ? Faîtes-vous connaître en envoyant un message à redaction@presselib.com






Réagissez à cet article
Vous devez être connecté(e) pour poster un commentaire