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La science au secours du "vrai" goût de nos terroirs

Face à l'explosion des contrefaçons et aux défis climatiques, le projet Isomiels, porté par l’IPREM à Pau, mobilise la géochimie de pointe pour garantir l’origine exacte de chaque pot de miel.
Pascale Louvat, ingénieure de recherche au CNRS rattachée à l’IPREM, et Jordan Furst, doctorant, ont collecté plus de 300 échantillons auprès d'associations et d'apiculteurs partenaires, pour les analyser dans le cadre du projet Isomiels.N.B
Cet enjeu de traçabilité est devenu une priorité absolue, car le doute sur l’origine réelle des miels s’est généralisé : les consommateurs ont besoin de réassurance, tout comme les acteurs honnêtes de la filière, confrontés aux fraudes et à une concurrence déloyale.

Depuis plus d’une décennie, l’IPREM (Institut des sciences analytiques et de physico-chimie pour l'environnement et les matériaux) s’est imposé comme un expert de la traçabilité agroalimentaire, passant au crible le vin, le jambon de Bayonne ou le Champagne.

Il y a trois ans, les chercheurs palois se sont lancés dans un nouveau défi. Au travers du projet Isomiels, ils entendent améliorer l’identification de la provenance du miel. Cette initiative répond à un fort enjeu de société : lutter contre la contrefaçon et valoriser le travail des apiculteurs français.

Actuellement, la principale méthode pour valider l’authenticité des miels monofloraux repose sur la mélissopalynologie, c’est-à-dire l’analyse microscopique des pollens contenus dans le miel.

Réalisée sous binoculaire, cette technique permet d’identifier les espèces florales butinées et de confirmer l’origine botanique des miels, même si face aux changements climatiques, les assemblages de pollens deviennent variables et cette analyse complexe (sous binoculaire) doit se réadapter continuellement.

Dans ce contexte, le projet Isomiels développe ainsi des méthodes d'analyse chimique des constituants du miel qui sont une véritable « empreinte digitale » de chaque miel ou type de miel.

23 éléments pour une empreinte unique 

N.B

La méthode scientifique déployée dans ce projet est d'une précision chirurgicale : Pascale Louvat, ingénieure de recherche au CNRS rattachée à l’IPREM, et Jordan Furst, doctorant, ont collecté plus de 300 échantillons dans toute la Nouvelle-Aquitaine et même au-delà, auprès d'associations et d'apiculteurs partenaires, pour les analyser.

« L’objectif est de construire une grande base de données, avec des analyses élémentaires des miels. On regarde les concentrations de 23 éléments chimiques différents (potassium, calcium, lithium…) et les compositions isotopiques en strontium et en bore, qui sont validés dans d’autres produits alimentaires comme traceurs de l’origine géographique », précise Pascale Louvat.

Pour ces recherches, le duo collabore avec des laboratoires d’analyse également implantées à Hélioparc à Pau (UT2A et AiA) et à Gan (AB-Labo), ce dernier apportant son expertise en mélissopalynologie pour croiser les approches.

Mais la portée du projet se veut globale : « Nous travaillons à plusieurs échelles : locale, régionale et internationale.

Nous collaborons notamment avec différentes régions pour comparer nos résultats et analyser leurs miels », précise la géochimiste, soulignant que l'échelle mondiale est celle où le besoin de vérifier que l'origine indiquée sur l'étiquette corresponde à la réalité est le plus criant, puisqu'à l'heure actuelle, la seule obligation légale est celle de l'étiquetage du pays d'origine.

Après presque trois années de dur labeur, les chercheurs ne comptent pas s'arrêter en si bon chemin. L’ambition est claire : pérenniser cette base de données et candidater à de nouveaux appels à projets pour faire vivre la démarche. 

Vers des labels de qualité renforcés

N.B

À plus long terme, cette nouvelle méthode de cartographie de l’origine du miel pourrait transformer la filière.

En identifiant des caractéristiques spécifiques, les chercheurs espèrent favoriser la création de nouveaux labels de qualité, encore trop rares aujourd'hui.

L'ADA Nouvelle-Aquitaine pourrait notamment s'appuyer sur ces résultats pour promouvoir l'excellence des produits régionaux.

Un projet d'une telle envergure, nécessitant des technologies de pointe et l'analyse de centaines d'échantillons, ne pourrait exister sans un écosystème de financement solide et diversifié.

Ce "travail de fourmi" bénéficie de soutiens multiples : la Région Nouvelle-Aquitaine, l’Agglomération paloise, l’Europe (via FranceAgriMer) et la Fondation Lune de Miel®.

Créée en 2014 par Famille Michaud Apiculteurs sous l'égide de la Fondation de France, la Fondation Lune de Miel® est née d'un constat d'urgence face au déclin des pollinisateurs.

Avec 145 projets financés et plus d’un million d'euros investis, cette organisation s'est imposée comme un acteur majeur du mécénat en faveur des recherches pour la préservation de l’abeilles et de la biodiversité.

« Ces financements ne sont pas seulement des appuis logistiques ; ils sont le moteur de l'expertise territoriale et garantissent le maintien d'une recherche d'excellence à Pau. Grâce à la Fondation Lune de Miel® et à l'Agglomération de Pau, nous avons pu financer nos analyses ici, à Pau, ce que ne permet pas les règles restrictives de dépenses sur Fonds européens. Cette année encore, et pour la troisième année, la Fondation Lune de Miel® soutient notre recherche sur la traçabilité des miels », assure Pascale Louvat.

Grâce à la synergie entre les chercheurs et leurs financeurs, le miel de nos régions pourra enfin bénéficier d'une protection à la hauteur de sa valeur, garantissant que le contenu du pot correspond rigoureusement à ce que promet l'étiquette.

Noémie Besnard

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