Pendant des siècles, l’histoire des Pyrénées s’est écrite au masculin. On a conté les exploits des pyrénéistes, les stratégies des généraux ou les labeurs des bergers, laissant dans l’ombre la moitié de la population : les femmes.
Qu’elles soient artistes, travailleuses, militantes ou simples gardiennes de la mémoire, elles ont pourtant façonné ce territoire de part et d’autre de la frontière, mais l’histoire a effacé, invisibilisé leurs histoires.
Aujourd’hui, le projet de recherche TRAME (Femmes transpyrénéennes : mémoire et territoire) ambitionne de leur redonner une voix. Une vingtaine de personnes vont travailler sur ce projet transdisciplinaire pour identifier, analyser et valoriser ces trajectoires féminines.
Officiellement débuté en janvier 2026, le projet a connu son lancement institutionnel le 21 avril 2026, marquant le point de départ d'une aventure qui redonne une voix et un visage à celles qui ont fait battre le cœur de la montagne.
L’objectif est ainsi de faire émerger un patrimoine, ou plutôt un matrimoine, transpyrénéen plus inclusif. « Nous nous sommes donné pour mission d’identifier ces trajectoires féminines, de les analyser, de les valoriser et de proposer une relecture plus inclusive du patrimoine féminin pyrénéen. », explique Christelle Colin, maître de conférences en espagnol à l’UPPA et coordinatrice scientifique du projet TRAME.
Souhaitant recontextualiser cette nouvelle initiative, elle poursuit : « Tout commence en réalité en 2013 avec le réseau RIVIC, qui réunissait six universités partenaires et constituait la première collaboration scientifique formelle entre le laboratoire Arc Atlantiques et l’UNISA. C’est là que s’est nouée la relation de confiance entre nos structures. Cette coopération s’est renforcée en 2020, lorsque l’UPPA a intégré l’alliance UNITA. C’est dans le cadre de cette alliance qu’est né le projet Gynocultrural, qui visait à trouver de nouvelles façons de valoriser la culture et la pensée féminine en milieu rural, afin de favoriser la reconnaissance de la créativité et du savoir des femmes. Il s’agit donc de la première brique scientifique du projet TRAME ».
Lancé dans le cadre de la programmation Interreg 2021-2027, ce dernier suit une trajectoire précise. Après une phase initiale de repérage et d’identification des figures marquantes, le programme entre dans sa phase active de création.
Le calendrier prévoit la mise en œuvre de résidences artistiques mêlant écriture et arts plastiques, ainsi que le développement d'outils de médiation innovants.
La frontière comme trait d'union mémoriel
L’enjeu dépasse la simple curiosité historique : il s'agit d'un projet d'avenir. En valorisant les mémoires féminines, TRAME participe à la construction d'une identité pyrénéenne plus inclusive et plus juste.
Porté par le laboratoire ALTER de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA), ce programme européen de coopération transfrontalière (POCTEFA) fait de la frontière non plus une rupture, mais un espace de récits partagés.
Au cœur de la démarche, la notion de territoire joue un rôle central. « TRAME est un projet de recherche qui a pour objectif de révéler, valoriser et relier les mémoires des femmes des Pyrénées, à travers une approche transfrontalière croisant recherche, création et médiation numérique », précise Frédéric Marrias, vice-président en charge de la recherche à l’UPPA.
Bien que le périmètre de recherche reste à affiner, l'équipe de TRAME a déjà tracé ses premiers contours : les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes-Pyrénées, le sud de la Haute-Garonne, l’Ariège, l’Aragon et la Navarre.
En croisant les regards français et espagnols, les chercheurs et créateurs mettent en lumière des circulations migratoires, des solidarités transpyrénéennes et des luttes partagées qui ne s'arrêtaient pas à la ligne de crête. Créant ainsi un récit commun.
Une alliance inédite entre recherche et action culturelle
Le projet ne se contente pas de dépoussiérer des archives universitaires. Sa force réside dans une hybridation singulière entre la rigueur académique et l'agilité de l'innovation sociale.
Autour de l’UPPA et de l’Université de Saragosse gravitent des acteurs de terrain aux expertises complémentaires. L'association P’tite Lumière & Cie déploie son savoir-faire pour révéler les artistes contemporaines d’Occitanie, tandis que l’entreprise aragonaise Adhoc Gestión Cultural mobilise l’art comme un levier de transformation sociale.
TRAME est un laboratoire vivant où les données scientifiques nourrissent des résidences d’artistes, des podcasts et des créations participatives.
L’objectif est clair : rendre ces parcours de femmes « remarquables » accessibles à tous, des jeunes générations aux publics les plus éloignés de la culture, afin que chacun puisse s'approprier ce patrimoine immatériel.
TRAME ne se veut pas seulement un hommage au passé, mais un moteur pour l’innovation sociale d’aujourd’hui, prouvant que la mémoire est un matériau vivant capable de transformer notre présent.
Noémie Besnard
Des outils pédagogiques, culturels et numériques
À terme, le projet ambitionne de laisser une trace durable. La création d'une base de données d'artistes et de ressources mémorielles doit permettre de pérenniser cette dynamique bien après la clôture du programme.
L'année prochaine, Pau accueillera un colloque international, afin de réaliser un premier bilan. entre 2027 et 2028, plusieurs outils seront créés : une plateforme web bilingue, avec une cartographie interactive et une application mobile ; plusieurs supports de médiations, tels que des podcasts, des capsules vidéo, des expositions itinéraires et des ateliers pour les scolaires ; la province de Huesca recevra la Rencontre internationale Femmes contemporaine, dans le but de mettre en valeur les témoignages de femmes contemporaines sur les différents territoires.
Enfin, en 2028, une infrastructure mémorielle, touristique et transfrontalière reliera les sites liés aux figures féminines pyrénéennes.



TRAME

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