Le gemmage dans les Landes est de retour. Pendant des décennies, cette activité emblématique a semblé appartenir à un autre temps, celui des gemmeurs et des forêts habitées. Pourtant, depuis quelques années, le sujet refait surface, mais cette fois, il pourrait bien s’ancrer durablement dans le paysage.
« Le retour du gemmage du pin maritime est un long serpent de mer », reconnaît Cyril Fournet, président de l’association Gemme la Forêt d’Aquitaine. Mais il nuance immédiatement : « depuis 2016 nous travaillons en recherche et développement pour la mise au point d’une nouvelle technique innovante et efficace pouvant permettre un réamorçage de cette filière disparue ».
Fondée en 2014, l’association, aujourd’hui reconnue d’intérêt général et agréée Xylofutur, rassemble élus, sylviculteurs, industriels et passionnés de la forêt. Tous partagent une même conviction, à savoir que la résine n’est pas qu’un souvenir, mais une ressource d’avenir.
Quand la résine redevient stratégique
Dans un monde où les ressources fossiles se raréfient, la résine naturelle retrouve un intérêt inattendu. « La résine naturelle est une matière naturelle renouvelable », insiste Cyril Fournet. Et ses applications sont multiples : « après une première distillation, on obtient deux produits de base, la térébenthine et la colophane avec lesquelles on peut à nouveau obtenir une multitude de produits, comparables aux produits pétroliers ».
Un paradoxe persiste pourtant : la France, autrefois leader mondial, dépend aujourd’hui presque entièrement des importations. « La France est totalement dépendante des importations et une relocalisation permettrait de sécuriser notre approvisionnement », rappelle-t-il.
Dans ce contexte, relancer la filière locale apparaît comme une évidence économique autant qu’écologique. « Il est de bon sens de prélever la matière disponible sur place, plutôt que de lui faire faire des milliers de kilomètres polluants », affirme Cyril Fournet.
Une innovation qui change la donne
Si le gemmage a disparu dans les années 1980, c’est en grande partie pour des raisons économiques et sociales. Aujourd’hui, son retour repose sur une transformation profonde des techniques.
« Nous faisons clairement apparaître une réduction drastique du travail corrélée à l’augmentation significative de production de résine », explique Cyril Fournet. Au cœur de cette révolution : une méthode combinant forage et récolte en vase clos, baptisée GELAF.
« Tout a débuté en 2016 avec mes premiers essais Borehole », raconte-t-il. « Forant des milliers d’arbres, j’ai pu vérifier qu’il était intéressant d’investiguer cette nouvelle voie. » Peu à peu, les expérimentations ont permis d’aboutir à un système optimisé : « nous utilisons un pot vase clos réutilisable … reliant l’arbre au contenant ».
Les résultats sont prometteurs. « Seul l’efficacité de la technique pourra donner une chance à la relance du gemmage », insiste-t-il. Et les avancées récentes semblent aller dans ce sens.
Un modèle à réinventer, entre pins et circuits courts
Au-delà de la technique, c’est toute une filière qu’il faut reconstruire. Et cela ne se fera pas en copiant les modèles existants. « Nous étudions … un modèle coopératif structurant une récolte de résine ouverte à tous », explique Cyril Fournet, qui voit dans cette organisation une solution adaptée au territoire.
L’objectif n’est plus de recréer massivement des emplois comme autrefois, mais de proposer une activité complémentaire. « Nous pensons recréer une activité complémentaire saisonnière ouverte aux professionnels de la filière », précise-t-il.
Cette approche s’inscrit dans une logique de circuits courts. « Les besoins locaux … existent puisque la France importe la totalité de ses besoins », rappelle-t-il. Relocaliser la production permettrait donc de sécuriser les approvisionnements tout en valorisant le territoire.
Mais le projet dépasse largement la seule dimension économique. Pour Cyril Fournet, le retour du gemmage est aussi un levier environnemental et social. « Le retour du gemmage répond à plusieurs impératifs », explique-t-il. « Le premier est d’ordre environnemental et économique … Le deuxième répond à la santé sanitaire de nos forêts avec une nouvelle présence de l’homme en forêt. »
Cette présence humaine pourrait jouer un rôle clé face aux menaces croissantes, notamment les incendies. « Il ne pourra y avoir de gemmage possible si les forêts ne sont pas accessibles », souligne-t-il, évoquant un cercle vertueux entre exploitation raisonnée et entretien des massifs.
Une filière encore en devenir
Malgré les avancées, le chemin reste long. « Le principal frein aujourd’hui est la reconstruction de la filière, totalement disparue », reconnaît Cyril Fournet. La question économique reste centrale, notamment autour de la valorisation de la colophane.
L’association travaille désormais à une étape décisive : « définir un prix de revient de la résine récoltée ». Objectif affiché : poser les bases d’une future structure coopérative et amorcer une production locale, même modeste.
Car au fond, c’est bien une renaissance progressive qui se dessine, à l’image des pins landais eux-mêmes : lente, enracinée, mais tenace. « Nous sommes optimistes et déterminés », affirme Cyril Fournet.
Dans les Landes, la résine ne coule peut-être pas encore à flots, mais elle recommence doucement à tracer son sillon.
COUP DE POUCE
Et si la résine des pins landais retrouvait toute sa place dans le paysage économique et environnemental ? Depuis 2014, l’association Gemme la Forêt d’Aquitaine œuvre à relancer le gemmage en s’appuyant sur l’innovation et les circuits courts. « Nous travaillons en recherche et développement pour la mise au point d’une nouvelle technique innovante et efficace », explique son président, Cyril Fournet.
L'association Gemme la Forêt d'Aquitaine mérite vraiment un coup de pouce de notre part. Comment ? N'hésitez pas à partager cet article sur vos réseaux sociaux afin de mettre en avant le gemmage. En tant que ressource renouvelable, la résine offre en outre des alternatives aux produits issus du pétrole. .
Au-delà de l’enjeu économique, l’association défend aussi une vision durable de la forêt : « il est de bon sens de prélever la matière disponible sur place ». Entre tradition revisitée et innovation technique, le gemmage pourrait bien, à nouveau, faire couler beaucoup d’encre… et de résine.
Sébastien Soumagnas
Vous pouvez contacter l'association Gemme la Forêt d'Aquitaine à l'adresse mail suivante.






Réagissez à cet article
Vous devez être connecté(e) pour poster un commentaire