Produire, transformer, accompagner, structurer, depuis près de 90 ans, la coopérative Lur Berri s’inscrit dans le paysage agricole du Pays basque comme un acteur clé de la production. Une présence discrète mais déterminante, qui irrigue tout un écosystème. Derrière les chiffres, 5.100 agriculteurs coopérateurs, 450 salariés et plus de 500 millions d’euros de chiffre d’affaires, se dessine une mécanique collective au service d’un objectif simple : maintenir de la vie sur le territoire.
« Aujourd’hui, produire la vie, c’est créer de la richesse, proposer des contrats rémunérateurs aux agriculteurs, et faire travailler toutes les entreprises autour de nous », résume Éric Narbais Jaureguy, président de la coopérative. Une définition qui dépasse largement la seule production agricole pour embrasser l’ensemble de la chaîne économique locale.
Un modèle né du terrain
À l’origine, Lur Berri s’est construite autour de deux piliers : le maïs semence et le bovin viande. Une base solide, progressivement enrichie au fil des décennies. « Aujourd’hui, on a des organisations de producteurs en bovin, ovin, porcin, palmipèdes, volaille. On produit aussi des semences, des légumes, on collecte des céréales », détaille le président. À cette diversité s’ajoute un réseau de distribution avec une quinzaine de magasins.
Mais la singularité de Lur Berri ne réside pas uniquement dans la diversité de ses activités. Elle tient avant tout à son fonctionnement collectif. « La coopérative négocie des contrats pour le compte des agriculteurs, afin de proposer les conditions les plus rémunératrices possibles », explique Éric Narbais. Un rôle d’intermédiaire structurant, qui permet aux exploitations de se concentrer sur leur cœur de métier tout en bénéficiant d’un cadre économique plus stable.
Le modèle coopératif repose sur un équilibre précis. « Il y a deux piliers : la gouvernance, assurée par des agriculteurs, et la dirigeance, qui met en œuvre les décisions », précise-t-il. Un conseil d’administration composé de 21 agriculteurs, complété par des représentants de terrain, définit les orientations stratégiques.
« Ce sont des décisions prises collectivement pour le compte des agriculteurs », insiste le président. Une organisation qui garantit une forme d’alignement entre les besoins du terrain et les choix de développement. « La coopérative appartient à ses associés coopérateurs », rappelle-t-il, comme pour souligner l’ancrage profondément démocratique du modèle.
Revenir à l’essentiel : produire
Face aux mutations du secteur, Lur Berri a opéré un virage stratégique. « Depuis 2022, le choix a été de se recentrer sur les outils de production », indique Éric Narbais. Une décision assumée, qui vise à renforcer la base agricole plutôt qu’à multiplier les investissements.
Concrètement, cela se traduit par des investissements dans les silos de séchage, les usines d’aliments ou encore la production d’engrais. « On veut des outils performants au service des agriculteurs », explique-t-il. L’objectif affiché est d'améliorer la compétitivité tout en sécurisant les exploitations.
Dans le même temps, la coopérative cherche à développer certaines filières, notamment l’engraissement de jeunes bovins. « On veut garder la richesse sur le territoire », affirme le président. Une volonté qui répond à une réalité bien connue, à savoir qu'une partie importante de la production est aujourd’hui exportée pour être valorisée ailleurs.
Dans un contexte où les charges augmentent et où les investissements deviennent de plus en plus lourds, le modèle coopératif apparaît comme une réponse structurante. « Une usine d’aliments ou une fabrique d’engrais, un agriculteur seul ne peut pas se la faire », souligne Éric Narbais.
La mutualisation permet ainsi d’accéder à des outils semi-industriels que les exploitations ne pourraient pas financer individuellement. « L’idée, c’est de se regrouper pour mettre en place des moyens au service des agriculteurs », résume-t-il. Une logique de partage qui constitue le socle historique du mouvement coopératif.
Entre local et global, un équilibre à trouver
Si Lur Berri revendique un ancrage territorial fort, elle s’inscrit aussi dans des chaînes de valeur plus larges. « On travaille avec des partenaires nationaux, voire européens », rappelle le président, citant notamment Bigard, le groupe LDC ou encore Corteva.
Loin d’y voir une contradiction, il y voit un levier. « Ces partenaires nous permettent de trouver des débouchés pour nos productions », explique-t-il. Mieux encore, certains investissent localement. L’exemple de l’abattoir d’Anglet, en cours de modernisation, illustre cette dynamique.
« Ce n’est pas antagoniste », insiste Éric Narbais. « On peut être une coopérative locale et travailler avec des acteurs d’envergure, tout en maintenant de la valeur sur le territoire. » Un équilibre subtil, mais essentiel pour assurer la pérennité du modèle.
Comme l’ensemble du monde agricole, Lur Berri fait face à des défis majeurs. La baisse du nombre de fermes, les aléas climatiques et la volatilité des marchés pèsent sur les perspectives. « Le principal frein, c’est le manque de visibilité sur la rémunération », observe le président.
Pour y répondre, la coopérative mise sur des contrats à moyen et long terme. « On essaie de donner de la visibilité aux agriculteurs », explique-t-il. Une condition indispensable pour encourager les installations et les transmissions.
L’accompagnement constitue l’autre pilier. « L’agriculteur n’est pas seul », insiste Éric Narbais. Appui technique, économique, échanges entre pairs, autant de dispositifs destinés à sécuriser les parcours.
Transmettre l’envie de produire
Au-delà des outils, la question des vocations reste centrale. « C’est l’avenir de nos territoires », souligne le président. Pour susciter l’engagement, la coopérative mise sur le témoignage et l’exemple. « On fait intervenir des agriculteurs qui ont franchi le pas », explique-t-il. Une manière de rendre concret un projet de vie souvent perçu comme risqué. « Il faut mettre en avant les contrats qui permettent d’avoir de la visibilité », ajoute-t-il, convaincu que la sécurité économique est un levier déterminant.
Dans cette dynamique, la coopérative entend jouer pleinement son rôle. Non pas seulement comme outil économique, mais comme acteur de territoire. Car derrière chaque exploitation, ce sont des emplois, des paysages et des savoir-faire qui se maintiennent.
À travers son histoire et ses choix récents, Lur Berri incarne une certaine idée de la production. Une production qui ne se limite pas à générer des volumes, mais qui structure des liens, fait circuler la valeur et ancre l’activité dans un territoire. « Produire la vie, c’est faire en sorte que la valeur soit créée ici et qu’elle profite à tous », résume Éric Narbais. Une vision qui trouve un écho particulier dans un Pays basque en quête d’équilibre entre attractivité et préservation de ses forces vives.
Dans un contexte de mutation profonde, la coopérative rappelle une évidence, à savoir que sans production, il n’y a pas de vie. Et sans collectif, il devient difficile de produire durablement.
Sébastien Soumagnas
Les données financières disponibles
Date de création : 1936.
Chiffre d'affaires (CA) 2025 : 507 millions d'euros.
Effectifs : 450 salariés
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