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Le Groupe Euralis cultive sa résilience et trace un nouveau sillon

Entre rigueur budgétaire, innovations technologiques et projet de fusion avec le Landais Maïsadour le groupe coopératif béarnais se transforme pour garantir l'avenir de ses adhérents.
Christophe Congues, président du Groupe Euralis, et Thomas Chambolle, directeur général d'Euralis.Euralis
Avec un chiffre d’affaires en progression et une stratégie résolument tournée vers l'avenir, Euralis réaffirme ses ambitions de leader dans une période qui marquera son histoire.

Dans un paysage agricole mondial bousculé par l'instabilité géopolitique et les aléas climatiques , le groupe Euralis prouve que la rigueur est le meilleur engrais de la croissance.

Avec un chiffre d’affaires solide de 1,6 milliard d’euros pour l’exercice 2024-2025 , la coopérative béarnaise ne se contente pas de résister : elle gagne en agilité.

Porté par une rentabilité en hausse et une stratégie de désendettement assumée, le paquebot trace désormais un sillon ambitieux, entre innovations technologiques décarbonées et un projet de fusion historique avec Maïsadour.

Un virage stratégique qui vise, au-delà des bilans comptables, à garantir l’avenir et la fierté des exploitations de son territoire. Pourtant, la partie était loin d'être gagnée.

Entre des cours de céréales en berne, des aléas climatiques majeurs et l'instabilité géopolitique, le contexte n'a fait aucun cadeau. Mais la coopérative a tenu bon, amorçant même un désendettement salutaire pour financer ses projets futurs.

Elle a certes dû prendre des décisions difficiles, incluant des fermetures de sites (à Caussade et Sarlat) et des réorganisations pour assainir sa dette. Mais avec une trajectoire financière consolidée et des projets d'envergure, Euralis semble avoir trouvé le bon réglage pour traverser les tempêtes de demain.

Pour Thomas Chambolle, le nouveau directeur général, ces résultats sont le fruit d'une discipline de fer. « L’amélioration de notre performance économique et l’amorce du désendettement sont le résultat de plans d’actions conduits avec énergie, discipline et efficacité par nos équipes. Baisse des stocks, réduction des frais fixes, ajustement des plans de production : ces efforts portent leurs fruits. Dans le même temps, nous avons continué à investir dans la recherche, nos outils industriels et la décarbonation. Notre objectif est clair : inscrire Euralis dans une trajectoire durable et renforcer sa capacité à soutenir les exploitations agricoles dans les années à venir. »

Euralis

L'offensive à l'international

À travers sa marque Lidea, le pôle semences fait également preuve d'une vitalité surprenante. Malgré la fermeture partielle des marchés russes et ukrainiens, Lidea gagne des parts de marché en Europe, porté par une génétique de pointe qui booste les volumes de colza de 22 %.

Cette force de frappe repose sur un investissement massif de 39 millions d’euros en Recherche et Développement et un travail sur la génétique, qui a permis la création de 41 nouvelles variétés entre 2024 et 2025.

Euralis amplifie également sa force de frappe en dehors de l’Europe, avec l’ouverture d’une filière commerciale au Kazakhstan (essentiellement autour du tournesol) et une autre en Côte d’Ivoire.

Côté gastronomie, après les années sombres de l’influenza aviaire, le Pôle Canards retrouve des couleurs. La marque emblématique Rougié, qui a fêté ses 150 ans, repart à la conquête du grand export tout en se diversifiant avec une nouvelle gamme de produits de la mer avec plus de 14 références.

« Un important travail d’innovation et de refonte des gammes proposées par Maison Montfort, avec le lancement de nouveaux produits, comme les aiguillettes de canard précuites ou encore les blocs de foie gras gastronomiques », précise Thomas Chambolle.

Le Pôle Traiteur n'est pas en reste. Dans le circuit des Grandes et Moyennes Surfaces (GMS), les ventes ont renoué avec la croissance (+ 5,2%), portée par une politique commerciale plus agressive et une saison printemps-été record (+21%), tandis que le réseau des Bouchers-Charcutiers-Traiteurs a vu ses volumes en léger retrait dans un marché toujours difficile.

L'innovation et l'énergie verte comme moteurs de croissance

Si la météo capricieuse a pesé sur les productions végétales (maïs doux et semences), le Pôle Agricole a su diversifier ses revenus. Le salut est venu des filières animales, portées par une hausse des volumes en volailles (+6 %) et canards (+5 %), ainsi qu'un partenariat bovin efficace avec Lur Berri.

Mais la véritable étincelle vient du ciel : Eurasolis (lire notre article), la filiale dédiée au photovoltaïque, est devenue un véritable pilier de revenus complémentaires pour les agriculteurs, avec 36 nouvelles installations ont été mises en service en 2025.

Pour Thomas Chambolle, la performance doit rimer avec durabilité. À Lescar, l'usine du futur prend forme sur le site industriel du Groupe. Euralis y déploie un arsenal vert, combinant la chaleur de la terre, la puissance du soleil et la valorisation de la biomasse, avec un objectif radical : bannir les énergies fossiles du séchage du maïs.

C'est ce modèle, entre rigueur économique et engagement territorial, qu'Euralis entend pérenniser. Une stratégie qui, au-delà des bilans comptables, vise avant tout à redonner de la valeur et de la fierté aux exploitants agricoles du territoire.

De nouveaux défis

Pour l’exercice 2025-2026, Euralis entend confirmer la dynamique engagée : poursuite du désendettement, consolidation des bases financières et retour progressif à une capacité d’investissement au service des filières et des territoires.

Une ambition qui ne sera pas facilitée par l’exercice en cours (qui a débuté en septembre 2025), puisque le Groupe Euralis doit faire face à « l’une des pires collectes de ces 30 dernières années, en raison des aléas climatiques et à des prix de marché historiquement bas, qui mettent en difficultés un certain nombre de nos adhérents. Mais Euralis garde le cap et se mobilise pour accompagner les exploitants agricoles et développer des filières compétitives et créatrices de valeur. Aujourd’hui, 1.400 agriculteurs sont engagés sur nos offres de conseil », souligne Christophe Congues, président d’Euralis.

Depuis le 1er février, la coopérative agricole du Sud-Ouest a cédé l’activité Stalaven Proxi, dédiée à la distribution auprès des commerces alimentaires de proximité, en particulier les bouchers-charcutiers-traiteurs au groupe Pomona, leader de la distribution livrée de produits alimentaires aux professionnels des métiers de bouche.

« Stalaven avait la particularité de fonctionner avec deux fonds de commerce : un dédié à la grande distribution, l’autre à destination des bouchers-charcutiers-traiteurs. Depuis plusieurs années, cette dernière activité opère dans un secteur en déclin, avec la fermeture de nombreux commerce. L’objectif de cette cession était de s’appuyer sur un des leaders du secteur pour retrouver de la croissance », précise le directeur général d’Euralis.

Enfin, le futur d'Euralis s'écrira désormais à deux. En préparant un rapprochement historique avec Maïsadour, la coopérative béarnaise entend changer d'échelle.

Ce projet, actuellement sous la loupe de l'Autorité de la concurrence, ambitionne de créer un "champion du Sud-Ouest" capable de porter la voix des agriculteurs sur la scène mondiale.

« À travers cette fusion, nous souhaitons construire l’outil de travail des générations futurs, qui sera le prolongement des exploitations de demain (rentables, résilientes et durables). Ce qui nous tient à cœur, c’est de mener un projet coopératif en phase avec les défis actuels et futurs », insiste Christophe Congues.

Le dossier est entre les mains de l’Autorité de la concurrence, l’équipe dirigeante de la coopérative agricole espère conclure ce projet d’ici la fin du deuxième semestre 2026.

Noémie Besnard

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