À Samadet, l’objectif, outre le fait de capturer des images est de raconter une société. Avec l’exposition « Manger à l’œil. Les Français à table en deux siècles de photos », le Musée départemental de la Faïence et des Arts de la table propose un véritable travelling dans le temps, où chaque cliché devient une scène de vie. Présentée dans le cadre du Bicentenaire de la photographie, cette exposition marie art visuel et art de vivre.
Ici, la photographie n'est pas une simple illustration du repas : elle en révèle les codes, les évolutions, les fractures parfois. À travers près de deux siècles d’images, de 1823 à aujourd’hui, le visiteur découvre comment la table française, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, s’est transformée au rythme des mutations sociales.
Dans l’objectif, toute une société
Dès les premières salles, le ton est donné. La toute première image connue d’un repas, signée Nicéphore Niépce, ouvre le bal. Puis, au fil du parcours, les clichés se développent, révélant une galerie d’instants où se mêlent anonymes et grands noms de la photographie.
Des pique-niques champêtres aux repas pris dans les tranchées, des banquets familiaux aux dîners diplomatiques, l’exposition multiplie les images. Chacune agit comme un révélateur, mettant en lumière les habitudes, les contraintes et les plaisirs d’une époque. La table devient alors un miroir social, où se lisent les bouleversements économiques, les guerres, l’industrialisation ou encore la naissance de la société de consommation.
Au fil du parcours, les époques se succèdent. Le début du XXe siècle voit émerger le consommateur, tandis que les années de guerre capturent des repas modestes mais essentiels. Puis viennent les Trente Glorieuses, où l’abondance s’installe, suivies par l’ère du tout-pratique et du marketing alimentaire.
Aujourd’hui, le regard s’est déplacé. L’exposition s’achève sur une société où l’image du repas est presque plus importante le repas lui-même. Le smartphone s’invite à table et les réseaux sociaux transforment chaque assiette en sujet photographique.
Une mise en scène immersive
Loin d’un accrochage figé, « Manger à l’œil » joue avec les formats et les supports. Photographies, vidéos, extraits d’émissions cultes ou publicités dialoguent dans un parcours vivant et accessible. Le visiteur circule dans une mise en scène immersive, où la salle à manger devient un espace d’exposition.
Le musée met également en avant ce lien étroit entre ces images et ses propres collections d’arts de la table, créant un jeu de correspondances entre objets et représentations. L’art de dresser une table rencontre ainsi celui de créer une image.
Dans cette grande fresque visuelle, chacun peut aussi apporter sa touche. Le Département des Landes invite le public à participer à une collecte photographique autour du repas. Albums de famille, souvenirs de fêtes ou instants du quotidien : autant de fragments d’histoire qui viendront enrichir ce kaléidoscope collectif.
Car au fond, « Manger à l’œil » n'a pas pour unique but de se focaliser sur le passé. Elle interroge notre présent et laisse imaginer un futur où se retrouver autour d’une table, et peut-être aussi lever les yeux de son écran, reste un geste foncièrement humain.
Quand l’image nourrit la réflexion
L’exposition questionne, de manière implicite, notre rapport à l’alimentation autant qu’à l’image. Elle montre comment la photographie, née d’une transformation chimique, s’est imposée comme un passage de relais pour documenter les pratiques alimentaires. Bref, « Manger à l’œil » est un peu une invitation à faire la mise au point sur ce qui nous rassemble, au-delà des modes et des écrans : le plaisir simple de partager un repas.
Sébastien Soumagnas






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