Niché au 12 rue Montpensier, au cœur de Pau, l'atelier des Parapluies des Pyrénées cultive une rareté française : la fabrication artisanale du traditionnel parapluie de berger. Labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant, cette institution béarnaise s'appuie sur plus d'un siècle d'histoire pour continuer de braver les intempéries.
À vingt-quatre ans, Théo Pando incarne cette relève passionnée. Immergé dès l'enfance dans l'atelier familial, le jeune artisan exécute chaque geste avec une assurance déconcertante. Un coup de main précis et une maîtrise technique directement hérités de son père et de son grand-père
« J’ai toujours voulu faire un métier manuel et je ne suis pas un grand fan des études. Je donnais un coup de main à mon père les week-ends et pendant les vacances. Puis je me suis rendu compte que c’était un métier qui me plaisait. Donc ça s’est fait naturellement. Travailler en famille peut être compliqué, mais nous avons la chance d’avoir des passions communes en-dehors de notre métier, comme le sport. Ça nous permet aussi de partager et d’échanger sur pleins de sujets différents. Je préfère davantage la couture et lui la fabrication des manches, donc nous sommes aussi très complémentaires », s’amuse Théo.
Dans l'atelier palois, la transmission s'opère au quotidien. le jeune artisan retient de précieuses leçons de ses aînés : « Il me rappelle toujours de ne pas confondre vitesse et précipitation, que la fainéantise est un vilain défaut et qu'il faut toujours réaliser un ouvrage comme pour soi-même. La clé, c'est la minutie et l'attention portée aux détails ».
De son côté, Christophe Pando, 58 ans, ne cache pas sa satisfaction de voir son fils s'investir durablement dans l'entreprise. « En tant d'entrepreneur, la reprise de cette entreprise est une question importante. Je m’étais dit qu’en fin de carrière, j’essaierais de trouver quelqu’un pour reprendre les rênes de l’atelier. C’est donc une grande satisfaction de voir la troisième génération s’intéresser à ce métier. Je vais lui apprendre tout ce que je sais et lui laisser progressivement les rênes, mais tant que j’ai la santé et que ce n’est pas une contrainte de venir à l’atelier, je viendrais l'aider », confie-t-il.
Un savoir-faire traditionnel porté par un regard neuf
L'histoire commence en 1896, lorsque la famille Capel ouvre une fabrique destinée à répondre aux besoins vitaux des bergers de la région. À l'époque, ces parapluies robustes conçus pour la montagne constituaient de véritables boucliers face aux éléments.
Les bergers basques et béarnais en transhumance faisaient halte à Pau pour s'équiper ou faire réparer leur précieux compagnon de route, pensé pour durer toute une vie.
Ce parapluie typique, souvent appelé parapluie de berger, est caractérisé par une toile en coton imperméabilisé, une structure traditionnellement faite de neuf baleines (initialement en fanon de baleine, puis en rotin, jonc ou bois), et un manche en bois de hêtre avec une poignée ronde pratique.
Après les turbulences de la Seconde Guerre mondiale, l'artisan Hervé Pando relance l'activité en respectant scrupuleusement les méthodes d'origine, avant de fonder officiellement la marque en 1968. Son fils, Christophe Pando, rejoint l'atelier dès 1986 à l'âge de dix-sept ans.
Aujourd’hui, c’est l’une des seules entreprises en France produisant encore de manière artisanale ce type de parapluie de berger, symbole à la fois de l’histoire pastorale des montagnes et d’un artisanat résistant face à l’industrialisation. Entre 1 000 et 2 000 pièces sortent ainsi de cet atelier chaque année.
La fabrication restée artisanale nécessite encore aujourd’hui trois à quatre heures de travail manuel par parapluie, chaque étape étant méticuleusement réalisée, de la préparation des baleines à la découpe, la couture de la toile et l’assemblage final.
« Avec l'arrivée de Théo, nos activités ont un peu évolué : nous nous sommes progressivement recentrés sur notre activité de fabriquant de parapluie. Aujourd’hui, nous ne vendons que ce que nous concevons de A à Z. Nous avons également misé sur la personnalisation de toutes nos pièces, grâce à un laser. Nous avons aussi de nouvelles couleurs et un peu de modernité », détaille Christophe Pando.
Cette personnalisation à l’extrême leur permet de répondre à des commandes assez originales, qu'il s'agisse de parapluies pour l’exposition de Natacha Sansoz « Bonté d’Ovine, la colporteuse » à Billère, de modèles ornés de constellations, de pièces habillées de tissus tissés sur mesure pour des projets artistiques, ou encore d'un prototype aérodynamique destiné à un cycliste.
Depuis 2024, l’atelier des Parapluies des Pyrénées a également développé un modèle doté d'une monture anti-retournement, fruit d'une décennie de recherche et développement. « Il a les mêmes propriétés que le parapluie de berger, mais il est un peu plus petit. C’est un produit qui plait beaucoup à nos clients », précise Christophe.
L’arrivée de la troisième génération, en plus de la création d’un site internet avec une boutique en ligne, les Parapluies des Pyrénées participent à des salons. Le Made in France à Paris et partagera un stand avec d’autres entreprises Béarnaises et basque au marché de Noël de Bruxelles 2026. « C’était un de mes objectifs dès mon arrivée », confie Théo.
Noémie Besnard
COUPS DE POUCE
Qu'il s'agisse de se procurer un authentique parapluie de berger façonné à la main au cœur de Pau, personnalisable à l'envie, ou d'imaginer des projets sur mesure (commandes artistiques, prototypes ou accessoires aux couleurs d'une marque), l'atelier familial invite les amateurs d'artisanat d'art comme les professionnels à entrer dans la danse. Une manière concrète de pérenniser ce patrimoine vivant labellisé.
Les professionnels souhaitant initier une collaboration peuvent quant à eux contacter l'équipe via le formulaire dédié du site ou directement à l'atelier.



N.B

Réagissez à cet article
Vous devez être connecté(e) pour poster un commentaire