Le rapport présenté par l’IFJD est un véritable réquisitoire contre le système développé au sein de l’institution implantée en Béarn. Il soulève aussi les multiples défaillances qui ont permis à ces violences de se multiplier pendant de nombreuses années. Que ce soit au niveau du manque de contrôles de la congrégation et de l’Organisme de gestion de l’enseignement catholique (Ogec), du diocèse et des évêques qui n’ont pas exercé « une obligation de vigilance », de l’association des parents d’élèves (Apel) trop acquise à la cause de la direction, de l’absence d’intervention de l’État, même quand les faits ont été portés à la connaissance du public et de la Justice. « L’ensemble de ces éléments met en évidence une défaillance générale des mécanismes de contrôle », conclut le rapport.
Cette enquête approfondie confirme, hélas, l’ampleur des violences commises au sein de l’établissement béarnais, entre 1950 et 2000. Elle estime que le nombre total de victimes pourrait s’élever entre 700 et 1.500. Elle parle d’un phénomène dont l’ampleur réelle demeure probablement plus importante que la partie documentée.
Pour rappel, Alain Esquerre et son association ont identifié 197 victimes déclarées et 41 auteurs distincts : 44 rapportent des violences sexuelles, 107 des violences physiques et 46 disent avoir subi les deux à la fois.
L’Institut indépendant a entendu, dans un « cadre sécurisé » et confidentiel, 68 anciens élèves, dont 59 se déclaraient victimes de violences. Plus de la moitié d’entre eux ont déclaré avoir subi à la fois des violences physiques et sexuelles. Ce qui fait dire à l’IFJD qu’il y aurait une « sous-déclaration » des violences sexuelles dans les prises de parole publiques.
Il est fait état de 31 suicides parmi les anciens élèves. Ils devraient faire l’objet d’autres investigations. « Les violences revêtaient des formes psychologiques, physiques et sexuelles qui ne peuvent être analysées séparément », ajoute le rapport qui évoque « un continuum de domination au sein duquel chaque forme de violence contribuait à renforcer les autres ».
« Humiliations, insultes, menaces, culpabilisation, privation de liens affectifs constituaient le socle des violences psychologiques dans un univers où toute expression spontanée pouvait entraîner des sanctions ». L’enquête dévoile l’importance des privations subies par les élèves : sommeil, hygiène, soins, nourriture, liberté de mouvement, contacts familiaux… Elle met aussi en évidence les violences physiques : « gifles, coups de poing, coups de pied, tirages de cheveux ou d’oreille, coups portés à l’aide d’objets ainsi que des passages à tabac ».
« Les violences sexuelles s’inscrivaient dans un environnement de domination. Elles étaient généralement commises à l’abri des regards, dans des moments d’isolement.
Les mécanismes d’emprise déjà créés par les violences psychologiques et physiques facilitaient leur commission et compliquaient leur révélation. »
« Les comportements décrits excédaient déjà largement ce qui pouvait être admis à leur époque », insistent les enquêteurs qui font état d’une emprise sur les élèves. « Les enfants y étudiaient, y dormaient, y mangeaient, y pratiquaient leurs activités sportives et religieuses, y étaient sanctionnés et y entretenaient l’essentiel de leurs relations sociales ». Le rapport pointe l’impossibilité pour les enfants de « se soustraire à l’autorité des adultes ou de solliciter une aide extérieure ».
Il est clair que cette enquête donne encore plus le vertige. Surtout quand il est évoqué une « propagande institutionnelle » permettant de « désamorcer » les dénonciations et de « faire taire les victimes et les familles ». Mais aussi lorsqu’on peut lire qu’il aurait existé « une culture éducative marquée par le virilisme et la valorisation de la dureté », complétée par une organisation du silence afin de « neutraliser » toute tentative de révélation.
Comment est-ce qu’on a pu en arriver là ? Au-delà de Bétharram, ce rapport oblige à se poser de nombreuses questions, avec l’actualité de ces derniers mois concernant de multiples violences faites aux enfants.






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