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Errobiko Festibala : 30 ans au diapason du monde

Depuis 1996, au cœur de la vallée de la Nive, l'évènement compose une symphonie humaine où musiques, danses et langues s’entrelacent. Rendez-vous du 20 au 26 juillet.
Errobiko Festibala est une œuvre collective en constante évolution
Une édition anniversaire qui résonne comme une invitation à penser, chanter et danser ensemble dans un monde en quête d’équilibre.

À Itxassou, le temps semble suspendre son tempo lorsque revient Errobiko Festibala. Depuis trente ans, ce rendez-vous estival transforme le village en une scène ouverte où les cultures entrent en dialogue, où les langues chantent et où les corps dansent au rythme d’un monde pluriel. Plus qu’un festival, c’est un rassemblement collectif qui relie les montagnes basques aux rivages lointains.

« Il arrive parfois qu’un festival cesse d’être un festival, pour devenir une île hospitalière au milieu du vacarme du monde. Un navire. Une table. Un pays », confie Julen Achiary, directeur artistique. Dans ses mots, la musique déborde du cadre scénique pour devenir une manière d’habiter le monde.

Depuis 1996, l’événement porté par l’association Ezkandrai s’est construit comme une partition ouverte, mêlant chants, danses, arts visuels et poésie. Ici, les traditions ne se figent pas : elles se réinventent au contact des autres, dans un mouvement continu, presque improvisé.

Quand les cultures improvisent ensemble

Le festival se déroule dans une atmosphère où la convivialité devient un art à part entière
Jean Claude Jouaret DR

Errobiko Festibala n’est pas une simple succession de spectacles, mais une œuvre collective en constante évolution. « À la manière des rivières, aucune culture n’existe seule », rappelle Julen Achiary. « Nous avons appris à voguer, à recueillir les affluents, à accueillir les voix. »

Cette image de la rivière, l’Errobi, qui traverse le territoire avant de rejoindre l’océan, incarne l’esprit du festival. Une circulation des idées, des sons et des gestes, où chaque artiste apporte sa note à une composition plus vaste.

Dans cette logique, le festival devient un laboratoire de création. Les rencontres donnent naissance à des projets inédits, les stages transmettent des savoirs, et les palabres ouvrent des espaces de réflexion. « Les arts ne transforment peut-être pas le monde à eux seuls, mais ils transforment notre manière de l’habiter », poursuit-il. « Nous résistons par le chant, par la rencontre. »

Le choix d’Itxassou n’a rien d’anodin. Entre montagnes et océan, le village devient un point d’équilibre, presque chorégraphique, entre les éléments. « À la croisée de la mer, de la terre et du ciel, Itsasu est un lieu au centre du Tout-Monde », souligne Julen Achiary. Le maire, Mizel Hiribarren, partage cette vision poétique et engagée : « Depuis trois décennies, le festival a chanté nos étés, nos paysages, nos rêves. » Il évoque un territoire qui accueille, qui écoute et qui vibre au rythme des artistes venus d’ici et d’ailleurs.

Dans un monde qu’il décrit comme « tourmenté par les conflits », il voit dans Errobiko Festibala une forme de résistance douce. « Nous avons faim de solidarité et de liberté », affirme-t-il, appelant à suivre « une voie où les voix d’ici et d’ailleurs créent et inventent ensemble ».

Trente ans : une mémoire en mouvement

La danse est un langage universel
Jean-Claude Jouaret DR

Cette édition anniversaire se vit comme une traversée. « 30 ans ne sont pas un accomplissement, ils sont une étape », insiste Julen Achiary. Une escale dans un voyage artistique qui continue de se réinventer.

Le festival regarde à la fois en arrière et vers l’avenir. Il convoque ses mémoires fondatrices, rend hommage à celles et ceux qui ont façonné son identité, tout en ouvrant de nouvelles perspectives. « Nous reviendrons vers celles et ceux qui ont créé cette aventure alors qu’elle n’était qu’un murmure », explique-t-il.

Mais cette mémoire n’est jamais figée. Elle se transmet, se transforme, se danse. En euskara, « gogoratu » signifie se souvenir, mais aussi « rendre présent ». Une manière de dire que chaque édition fait renaître les héritages.

Pour célébrer cet anniversaire, Errobiko Festibala met les petits plats dans les grands avec un banquet inspiré des traditions de partage. Une « fête de la table » où les chants polyphoniques accompagneront les mets, dans une atmosphère où la convivialité devient un art à part entière.
« Nous allons larguer les amarres avec un banquet, un “supra”, et nous chanterons », annonce Julen Achiary. « Des tables dressées en forme de soleil, telles une embarcation lancée dans la nuit. »

La musique, ici, circule entre les corps, se prolonge dans les danses, s’inscrit dans les gestes. Une expérience totale, presque sensorielle.

Créer, c’est résister

Un festival où les différences s’accordent plutôt qu’elles ne s’opposent
Fred Boursier DR

Au-delà de la fête, Errobiko Festibala porte un message. Celui d’une culture ouverte, en mouvement, qui refuse les replis identitaires. « Un lieu où les langues persécutées ne sont pas des vestiges mais des sources vivantes », insiste Julen Achiary.

Le maire d’Itxassou abonde dans ce sens, citant une chanson basque pour rappeler les inquiétudes contemporaines : « Ez dut nahi… holako zibilizaziorik » (Je ne veux pas… d'une civilisation comme celle-là.) Une manière de dire que la culture doit rester un espace de liberté face aux dérives du monde moderne. Dans ce contexte, le festival apparaît comme une réponse, une alternative. Un espace où la diversité devient une richesse, où les différences s’accordent plutôt qu’elles ne s’opposent.

Alors que les dernières notes résonneront sous le ciel d’Itxassou, une question demeurera : que sera Errobiko Festibala dans trente ans ? Julen Achiary n’apporte pas de réponse définitive, préférant laisser place à l’imaginaire. « Peut-être apercevrons-nous ce dont nous rêvons depuis trente ans. Une constellation fragile de voix reliées entre elles. »


Sébastien Soumagnas

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