Depuis plus de vingt ans, Hossegor a fini par tisser des liens durables entre une station landaise tournée vers l’océan et une culture caribéenne dont le son, la danse et la convivialité ont trouvé ici un terrain d'entente. La 23e édition de Latinossegor, du 4 au 6 septembre 2026, le rappellera avec deux noms particulièrement évocateurs, à savoir Haila, vendredi soir, puis Raúl Paz, dimanche. Mais derrière ces têtes d’affiche se raconte une histoire plus profonde, celle d’une culture cubaine progressivement enracinée sur la côte sud des Landes.
Le son cubain comme fil rouge
L'histoire remonte à 2004, lorsque le festival est créé sous le nom de « Bodeguitas en la Playa ». Au fil des éditions, devenu Latinossegor, le rendez-vous grandit sans perdre son principe fondateur : faire vivre les musiques et les danses latines dans un cadre populaire, ouvert et surtout gratuit. Aujourd’hui, plus de 30 000 visiteurs sont annoncés sur les trois jours, parmi lesquels des danseurs et passionnés venus de toute l’Europe.
Cette fidélité explique aussi pourquoi les noms cubains occupent une place particulière dans l’histoire du festival. Raúl Paz, Elito Revé, Ibrahim Ferrer Jr, Mayito Rivera ou Orishas ont déjà fait résonner leurs univers à Hossegor. La ville a ainsi vu défiler plusieurs générations d’artistes, contribuant à faire du festival bien plus qu’une banale programmation estivale.
En 2026, le fil est particulièrement visible. Vendredi 4 septembre, Haila y su Orquesta montera sur la scène de la place des Landais à 21 h 30. Surnommée « la diva cubaine », la chanteuse a notamment fait ses armes avec Bamboleo et Azúcar Negra avant de poursuivre une carrière solo. Sa présence rappelle l'attachement de Latinossegor aux racines de la musique cubaine.
Deux jours plus tard, Raúl Paz prendra le relais pour le grand final, à 21 h 30. Avec son projet autour de Guajiro Chic, l'auteur-compositeur-interprète cubain apportera une autre lecture de cette culture musicale, entre héritage et création contemporaine. Entre les deux, Matraka Live fera dialoguer salsa cubaine, rythmes afro-colombiens, sonorités antillaises et groove latin.
Le festival ne réduit donc pas Cuba à une couleur musicale. Il en montre les différentes facettes, du son traditionnel aux métissages actuels. Une manière de faire voyager les oreilles avant même que les corps se mettent eux aussi au diapason.
À Hossegor, la musique se danse
Car l'autre secret de cette implantation tient aux pas de danse. À Latinossegor, écouter ne suffit pas ! En effet, il faut parfois aussi se laisser entraîner. Des initiations gratuites à la salsa sont proposées aux débutants les vendredi et samedi à 18 heures, puis le dimanche à 17 h 30. Avec Yane y Keke El Peluche, chacun peut ainsi entrer dans la danse, même sans connaître le moindre pas.
La mécanique est simple : on regarde, on essaie, on recommence et, très vite, la place devient piste de danse. Les DJ sets du matin au kiosque du centre-ville et ceux de l’après-midi au Jo&Joe prolongent cette ambiance. Le samedi, Cubanama prendra notamment les commandes de 14 h à 17 h, tandis que Fabricio animera le dimanche. Cette transmission participe à l'enracinement du festival. Les « salseros » aguerris y retrouvent leurs repères, mais les néophytes peuvent aussi franchir le pas.
L’édition 2026 pousse encore plus loin cette logique avec les « Latin Off », quatre rendez-vous organisés avant le festival proprement dit. Le plus révélateur est sans doute la projection, le 3 septembre au Jo&Joe, de Havana Libre. Le cinéma vient ainsi compléter la musique et offrir une autre fenêtre sur Cuba.
Cette programmation élargie montre que Latinossegor entend faire vivre un univers culturel plutôt que juxtaposer des concerts estampillés « latino ». Les DJ, les initiations, les artistes, le cinéma et les rencontres forment un seul et même fil. Même l’affiche officielle, signée par l’artiste Claude Davancens, exprime cette volonté de construire un imaginaire autour du rendez-vous.
Une fête cubaine… avec un accent landais
Et c’est peut-être là toute la singularité de Latinossegor. La culture célébrée vient de loin, mais la fête, elle, est profondément locale. Les casetas et bodeguitas s’installent place des Landais, les commerces et restaurants participent à l’animation et le dimanche midi, la musique accompagne un repas animé par la banda Les Copains d’Accord et la batucada Malungos.
Même la gastronomie fait le pont entre les deux mondes. La caseta « Aux Landais Gourmands » propose ainsi des menus 100 % landais au cœur de ce week-end latino. Cuba donne le tempo, mais Hossegor garde sa propre partition.
L'inclusion fait également partie de cette volonté de partager. Un atelier de danse inclusive avec l’association Hand to Hand est prévu le samedi, tandis qu’un espace est aménagé face à la scène pour les personnes à mobilité réduite.
Après 23 éditions, la question n'est donc peut-être plus de savoir pourquoi Cuba vient à Hossegor, mais comment Hossegor a fini par adopter une part de Cuba. Par les artistes, d’abord, mais aussi par les danseurs, les associations, les initiations, les habitants et tous ceux qui, année après année, ont répondu présent.
Sébastien Soumagnas




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