« J’ai toujours voulu avoir une activité liée à la terre et à l’élevage, mais en n’étant pas issu d’une famille d’agriculteur, je devais partir de zéro. Un jour, en faisant des recherches, je me suis un peu plus intéressé à l’apiculture. Je me suis formé pour en apprendre le plus possible », raconte-t-il.
Depuis dix ans, mu par le désir profond de travailler la terre et de s’immerger dans le vivant, cet homme d’action s’est forgé une place sur mesure dans le paysage apicole régional avec ses Ruchers du Gave, en développant plus d’une centaine de colonies réparties avec soin entre les plaines de Nay, la vallée d’Ousse et les hauteurs du nord de Pau.
« Ça me permet d’être en symbiose avec la nature, de me ressourcer et de me vider la tête. C’est tout aussi exigeant que les élevages ovins ou bovin, mais c’est quand même moins chronophage, donc ça me permet d’avoir un métier en parallèle ».
L’art de la transhumance au fil des saisons
La grande singularité du travail de Julien Clament réside dans la transhumance apicole. Alors qu’auparavant il n’y avait recours qu’exceptionnellement, cette méthode est devenue un axe fort de son activité.
En déplaçant une partie de ses colonies au gré des floraisons et des caprices du climat, il tire parti de toute la mosaïque paysagère locale, tout en restant dans un rayon d'une heure de route. « On fait de la pollinisation de kiwis du Béarn en mai pour aider les arboriculteurs au nord de Pau. Dans le Gers pour avoir du miel de tournesol, dans les Landes ou en montagne pour la bruyère… », détaille-t-il.
Ce travail exige une compréhension intime des milieux naturels : « On doit savoir lire la topographie et définir les essences qu’il y a autour, afin de savoir quel miel on pourrait tirer en plaçant les ruchers dans un endroit donné ».
Sur une douzaine d’emplacements stratégiques, il déplace ainsi ses ruches de nuit. Une manœuvre technique d'envergure : « ça demande une importante logistique, car il faut une grue et un camion. C’est un travail nocturne, pour que les abeilles soient toutes dans la ruche. Je ne déplace pas toutes les ruches, juste quelques-unes ».
Derrière la poésie de la récolte se dissimule une réalité complexe. La pression du frelon asiatique et des parasites inflige d'importantes souffrances aux ruches. « Il n’existe aucun produit spécifique pour se débarrasser du frelon asiatique, donc on essuie chaque année de nombreuses pertes », regrette l'apiculteur. Ces moments sombres entament le moral : « Ce sont des périodes difficiles, quand on voit les colonies se faire décimer par les frelons ou les parasites. C’est difficile à digérer ».
Face à ces épreuves, la transhumance offre également un moyen d'isoler temporairement les essaims des zones sous forte pression. Julien Clament privilégie la haute exigence à la quantité brute, produisant environ deux tonnes par an : « Le but n'est pas de faire de gros volumes, mais de faire de la diversité, de faire des miels intéressants, de bonne qualité ».
Au-delà des déplacements géographiques, l'exercice de l'apiculture s'inscrit dans un ajustement permanent au fil du calendrier. Dès le cœur de l'hiver, en janvier et février, le calme règne sur les ruchers tandis que les colonies tournent au ralenti, resserrées en grappe pour préserver leur chaleur ; c'est alors le moment pour l'apiculteur de contrôler les réserves alimentaires et de préparer le matériel.
Le réveil du printemps, en mars et avril, donne le coup d'envoi des premières visites sanitaires : avec la reprise de la ponte et l'éclosion des fleurs, Julien suit de près l'expansion des essaims et installe les hausses.
La période de mai à mi-juin marque ensuite le plein boom de la saison, un moment d'activité intense où se superposent la transhumance pour la pollinisation des kiwis, la création d'essaims et l'élevage de reines, ainsi que les premières récoltes de miels d'acacia et de printemps.
En été, durant juillet et août, la fin des grandes miellées de tournesol ou de châtaignier laisse place au travail d'extraction, doublé d'une vigilance sanitaire constante avec les traitements déparasitants et la surveillance des attaques de frelons asiatiques.
Enfin, l'automne prépare l'hivernage de septembre à décembre, une étape décisive où l'apiculteur s'assure des provisions dans le corps de ruche et resserre les colonies pour les préserver jusqu'au printemps suivant.
Le goût des Pyrénées
Puisque les abeilles ont un rayon d'action resserré d’environ 1,5 kilomètre autour de leur ruche, chaque pot d'apiculteur capture l'essence même d'un micro-terroir : « c’est du miel ultra local ».
D’un site à l'autre, d'une saison à l'autre, la palette gustative varie d'une finesse remarquable.
La gamme élaborée par Julien Clament reflète cette flore pyrénéenne : miels d’acacia, de châtaignier, de bruyère, de tilleul, de tournesol, ou encore pollens frais.
La saison 2026 s'est d'ailleurs distinguée par un cru mémorable.
C'est une année exceptionnelle « comme il s’en fait tous les 25 ans, tant sur la qualité que sur la quantité », se réjouit Julien Clament.
Cette récolte prolifique récompense une attention de chaque instant pour renouveler son cheptel de 120 à 150 ruches en production, grâce à la création de nouvelles colonies et à l'élevage de reines.
En dépit d'un emploi du temps bien chargé, Julien Clament réserve du temps pour la transmission en animant une fois par an un atelier grand public au CLAB : « J’aime pouvoir transmettre mon savoir et ma passion, mais c’est surtout le temps qui me manque ».
Une belle occasion de faire rayonner auprès du public la noblesse d'un métier guidé par l'amour des abeilles et de la nature béarnaise.
Noémie Besnard
COUPS DE POUCE
Entre finesse florale et caractère pyrénéen, la gamme de Julien Clament offre une belle traversée des micro-terroirs béarnais. Les Ruchers du Gave méritent résolument le détour !
Le meilleur moyen de s'en convaincre reste encore d'aller à la rencontre de l'apiculteur pour y tremper une cuillère. Fidèle à une éthique du circuit ultra-court, l'apiculteur distribue son miel localement à la Bergerie du Tilh, dans les AMAPS locales, chez Les Morandies à Aressy, à l’épicerie Pyrénissime à Pau, au Conservatoire des Légumes Anciens du Béarn (CLAB) et chaque samedi matin sur le marché d’Idron.



N.B

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