Abonnez-vous
Publié le

ICI, ON PRODUIT LA VIEBastidarra, un choix de société

Fils d’éleveur, Hubert Candelé a créé Bastidarra en 2010 avec une conviction : plutôt que de subir les difficultés du monde agricole, il fallait essayer d’agir. À Bardos, sa laiterie fait aujourd’hui vivre des dizaines de familles et défend une certaine idée de l’économie productive au Pays basque.
Hubert Candelé, fondateur de Bastidarra et président associé d'Ona CosmehtikBastidarra DR
Pendant cette période estivale, PresseLib’ Pays Basque vous propose un nouveau zoom sur la cinquantaine de témoignages déjà publiés dans la rubrique hebdomadaire « ICI, on produit la vie ». Un fil conducteur demeure : sensibiliser le plus grand nombre à la nécessité, pour notre territoire, de pérenniser et renforcer les emplois de production.
Bastidarra DR

En créant Bastidarra, Hubert Candelé ne cherchait pas seulement à lancer une entreprise. Fils d’éleveur, il avait été confronté très tôt aux difficultés du monde agricole. « Je ne voulais pas laisser les choses se faire sans moi, ni rester les bras croisés. » Une volonté d’agir qui l’a conduit à créer, en 2010, une laiterie capable de transformer localement le lait produit par les éleveurs.

Quinze ans plus tard, Bastidarra compte 45 salariés et travaille avec une dizaine de fermes partenaires. Une activité qui illustre, très concrètement, l’effet d’entraînement que peut avoir une entreprise de production. « Notre premier rôle, c’est de faire vivre 45 familles, ainsi qu’une quinzaine de familles d’éleveurs. »

Une économie qui crée des liens

La laiterie achète par ailleurs son lait environ 15 % plus cher qu’une entreprise plus conventionnelle
Bastidarra DR

Pour Hubert Candelé, la force du modèle réside d’abord dans la proximité. Pas uniquement parce que les fermes sont proches de la laiterie, mais parce que l’entreprise appartient au même territoire que ceux avec lesquels elle travaille.

« Je ne suis pas extérieur à cet écosystème, j’en fais partie. » Ses enfants ont fréquenté les mêmes écoles que ceux de certains éleveurs partenaires. Une proximité humaine qui nourrit une autre manière de travailler. « Nous ne faisons pas qu’acheter du lait : nous accompagnons aussi nos partenaires, nous les rassurons, nous pouvons faciliter certains financements. »

Cette organisation a également un impact économique mesurable. Une étude réalisée par un cabinet indépendant estime que « trois emplois créés chez Bastidarra soutiennent un emploi agricole ». La laiterie achète par ailleurs son lait environ 15 % plus cher qu’une entreprise plus conventionnelle, apportant ainsi une valeur supplémentaire directement aux producteurs.

Pour son dirigeant, ces données permettent de mettre des chiffres sur une réalité souvent invisible : une entreprise productive ne fait jamais vivre uniquement ses propres salariés. Elle entraîne avec elle tout un écosystème.

C’est justement cette réalité qu’Hubert Candelé souhaite voir davantage reconnue. « Aujourd’hui, c’est important de ne pas réduire le Pays basque à ses vagues ou au piment d’Espelette. »


L’économie du territoire est aussi agricole, industrielle et agroalimentaire. Et cette diversité est une condition de son équilibre. « Le fait que des médias s’intéressent à ces réalités, c’est essentiel. Cela permet de montrer que le Pays basque, ce n’est pas seulement du tourisme, mais aussi une économie productive. »

Mais défendre la production locale ne signifie pas ignorer les contraintes économiques. Pour Bastidarra, l’innovation est indispensable pour continuer à exister face à la concurrence. Et d'adopter une stratégie qui repose, selon lui, sur trois piliers : une vision à moyen terme, l’innovation et une performance globale qui intègre aussi les dimensions sociales, sociétales et environnementales.

Donner envie et permettre de rester

L'entreprise s'est récemment lancée dans les produits cosmétiques
Bastidarra DR

Reste la question de ceux qui feront tourner les entreprises demain. Comme beaucoup d’acteurs de la production, Bastidarra rencontre des difficultés de recrutement. Et le dirigeant estime que l’industrie et l’agroalimentaire souffrent encore d’une image dépassée.

« Ces secteurs pâtissent d’une image parfois vieillissante, alors qu’ils sont en réalité très modernes. » Production, technologie alimentaire, performance industrielle, marketing : les métiers ont évolué, mais cette transformation reste encore trop méconnue.

Pour attirer les salariés, encore faut-il toutefois qu’ils puissent se loger. Avec neuf autres entreprises, Bastidarra a participé à la création d’un collectif autour de cette problématique. « Le logement est un sujet crucial, car il concerne directement nos salariés, mais aussi nos producteurs de lait. »

À plus long terme, Hubert Candelé pointe un autre verrou : le foncier. « Créer une entreprise de production demande des investissements très importants. » Et lorsque les terrains disponibles se raréfient, les projets de développement deviennent d’autant plus difficiles.

À travers Bastidarra, Hubert Candelé défend finalement une conception très concrète de la production. Celle d’une activité qui transforme une matière première locale, mais aussi qui transforme cette matière en emplois, en revenus, en compétences et en perspectives.

Son parcours résume cette conviction : « Si on a de la passion, peut-être qu’on peut inspirer d’autres personnes. »

ICI, on produit la vie

Chaque mercredi, cette rubrique propose un rendez-vous inédit pour défendre les métiers de production. Des témoignages, des reportages, des interviews, des dossiers permettront de porter cette CAUSE majeure, pour la faire avancer.

Pour découvrir, les articles déjà publiés dans cette rubrique, cliquez ici

Commentaires


Réagissez à cet article

Vous devez être connecté(e) pour poster un commentaire

À lire aussi