À Saint-Vincent-de-Tyrosse, la gare ne se traverse plus comme un obstacle, elle se vit comme un espace. Inauguré le 15 janvier 2026, le pôle d’échanges multimodal redessine les abords ferroviaires et transforme ce secteur stratégique en véritable carrefour des mobilités. Ici, on ne parle plus seulement de quais et d’horaires, mais de cheminements, de connexions et de choix possibles. À pied, à vélo, en bus, en voiture ou en train, les trajets s’imbriquent désormais sans accroc.
« Accéder facilement à la gare à pied ou à vélo, basculer d’un mode de transport à l’autre, c’est désormais possible », résume le maire de Saint-Vincent-de-Tyrosse, Régis Gelez. Une phrase simple, à l’image d’un projet qui vise avant tout la clarté et le confort d’usage.
La gare comme carrefour du quotidien
Un pôle d’échanges multimodal n’est pas une gare bis, mais son prolongement naturel dans l’espace public. Là où SNCF Gares & Connexions agit à l’intérieur des bâtiments, les collectivités prennent le relais à l’extérieur. À Tyrosse, cette espace urbain était attendu. La gare, située à mi-chemin entre Bayonne et Dax, voit passer près de 350 000 voyageurs par an, dont 280 000 usagers réguliers du train. Avec près de quarante trains quotidiens et une montée en puissance annoncée du RER basco-landais, l’enjeu était on ne peut plus clair, il fallait fluidifier les accès et accompagner l’augmentation des flux.
« En faisant évoluer la gare en pôle d’échanges multimodal, MACS, avec la commune de Saint-Vincent-de-Tyrosse, a souhaité affirmer une des entrées principales du territoire, qu’elle soit touristique ou du quotidien », souligne Pierre Froustey, président de la Communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud. Une porte d’entrée qui se devait d’être lisible, accueillante et à la hauteur des usages du monde d'aujourd'hui.
Premier signal fort du projet, le parvis végétalisé a remplacé l’ancien parking minéral. Pensé comme une place à part entière, il donne désormais la priorité aux piétons et aux cyclistes. Les tracés sont clairs, sécurisés, continus, invitant à ralentir plutôt qu’à slalomer. Bancs et assises, installés à l’ombre des arbres, transforment l’attente en pause et la traversée en promenade.
« Le projet a été pensé comme un prolongement du parc des arènes, l’objectif étant qu’il soit agréable à traverser pour inviter les usagers du train et les riverains à parcourir l’espace autrement qu’en voiture », explique Mathilde Foucault, directrice associée de l’agence Land’Act, en charge du projet paysager. Une manière de faire glisser la gare dans le paysage urbain plutôt que de l’y insérer.
Changer de mode sans changer de rythme
Le PEM joue pleinement son rôle d’aiguillage entre les différents moyens de transport. Les correspondances avec le réseau Yégo, entièrement gratuit, ont été simplifiées grâce à quatre quais de bus directement connectés à la gare. Les lignes régulières, scolaires et le transport à la demande trouvent ici un point de convergence évident, tandis qu’une zone dédiée accueille taxis et dépose-minute.
Pour les cyclistes, l’intermodalité prend une nouvelle dimension. Arceaux en libre accès, abri vélo sécurisé et bientôt connecté via smartphone offrent des solutions concrètes pour combiner vélo et train. Un pas de plus vers des trajets hybrides, adaptés aux distances et aux habitudes de chacun.
Si le projet entend réduire "l’autosolisme", il n’ignore pas pour autant la place de la voiture. L’accès a été réorganisé par la rue du Bardot, aménagée selon un profil plus urbain et plus calme, où la priorité est donnée aux bus. Le nouveau parking, doté de places dédiées aux personnes à mobilité réduite, à l’autopartage et aux véhicules électriques, complète l’offre sans envahir l’espace public.
Cette hiérarchisation des flux permet d’apaiser les circulations et de rendre lisible ce qui relevait auparavant du parcours du combattant. À Tyrosse, on ne supprime pas les modes, on les met à leur juste place, naturellement.
Sur les rails du RER basco-landais
Le PEM fait aussi circuler l’air et la fraîcheur. Près de 15 000 végétaux ont été plantés, dont 170 arbres, en préservant ceux qui étaient déjà présents sur le site. « Une attention particulière a été apportée à la préservation des arbres remarquables existants, véritables supports de biodiversité, qui apportent ombre et fraîcheur », insiste Mathilde Foucault.
Les matériaux choisis favorisent l’infiltration naturelle des eaux pluviales et participent à la création de véritables îlots de fraîcheur. Les ombrières photovoltaïques couvrant le parking produisent une énergie réinjectée dans les consommations de la collectivité, renforçant la cohérence environnementale du projet.
Au-delà de l’aménagement immédiat, le pôle d’échanges multimodal s’inscrit dans une trajectoire de long terme. D’ici à 2032, la desserte ferroviaire entre Dax et Hendaye devrait être doublée, avec un train toutes les trente minutes, et une ouverture progressive vers l’Espagne. Une montée en cadence qui fait de la gare de Saint-Vincent-de-Tyrosse un maillon essentiel du futur RER basco-landais.
« Contribuer au développement du recours au train rendait impératif la création d’un espace public fonctionnel, sécurisé et esthétiquement agréable », rappelle Pierre Froustey. Un investissement pensé pour accompagner les évolutions démographiques et les nouvelles méthodes de mobilité.
La passerelle, un point de vigilance
Si le PEM marque une avancée majeure, un dossier reste en correspondance différée : celui de la passerelle de la gare. Jugée aujourd’hui inadaptée, elle fera l’objet d’une seconde phase de réflexion, impliquant l’État et la SNCF. « Un point noir demeure : la passerelle. Nous regrettons de ne pas avoir été entendus sur l’urgence de traiter cette question », confie le président de MACS, tout en soulignant que les échanges se poursuivent sous l’égide du préfet.
Enfin, le pôle d’échanges multimodal agit comme un moteur urbain. En face de la gare, la reconversion de la friche Bellocq annonce une transformation plus large du quartier. Le PEM n’est pas une fin de ligne, mais un point de départ pour un secteur appelé à muter, au rythme des mobilités et des usages.
Sébastien Soumagnas






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