Abonnez-vous
Publié le

1500 COUPS DE POUCEAux Aldudes, trois villages font bloc pour faire vivre la montagne

Du 9 au 11 octobre, Banca, les Aldudes et Urepel ouvrent leurs portes pour trois jours de fête, de patrimoine et de gastronomie.
Banca, Urepel et les Aldudes, trois villages au creux de la valléeAssociation AIBA DR
Mais derrière les concours agricoles, les chants, la pelote et les jambons, la vallée pose une question autrement plus sérieuse : comment continuer à vivre, travailler et transmettre dans une petite montagne de 1.000 habitants ?
Un marché aux produits locaux vous invite à déguster et acheter le fruit du travail des éleveurs
Associaiton AIBA DR

Il y aura du jambon, des brebis, des fromages, des talos, de la pelote, des chants, des danses et des chiens de berger. Mais, derrière ce décor festif, les Portes ouvertes de la vallée des Aldudes racontent une histoire beaucoup concrète, à savoir celle d’un territoire qui cherche les moyens de rester vivant.

Du vendredi 9 au dimanche 11 octobre, Banca, les Aldudes et Urepel accueilleront la 17e édition de cette manifestation organisée tous les deux ans par AIBA, Aldudeko Ibarra Beti Aintzina, « la vallée des Aldudes toujours de l’avant ». Quelque 250 bénévoles sont annoncés pour faire vivre ce rendez-vous dans une vallée comptant environ 1 000 habitants.

Le thème choisi cette année résume à lui seul l’état d’esprit : « Bakarrik fiteago, elgarrekin urrunago ! », soit « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ». Une formule qui vaut autant pour la fête que pour l’avenir du territoire.

Car les Portes ouvertes ne datent pas d’hier. Elles sont nées de l’ancienne ACVA, l’association des commerçants de la vallée, avec notamment l’implication de l'incontournable Pierre Oteiza. Au fil du temps, la foire gastronomique, agricole et artisanale est devenue un rendez-vous de réflexion sur l’avenir local. En 2012, le thème « La vallée en 2030 » avait déjà poussé habitants et acteurs du territoire à regarder bien au-delà des festivités.

Plus qu’un décor, une économie

Vous pourrez rencontrer trois durant, ceux qui font vivre la vallée
Association AIBA DR

C’est en effet là que se trouve le véritable sujet. Car si les Portes ouvertes attirent le public autour des productions locales, elles permettent aussi de mesurer ce qui fait encore tourner cette petite vallée de montagne.

AIBA recense plus de 384 emplois, un chiffre particulièrement significatif si l'on s'en réfère à la population. En 2018, le taux de chômage était annoncé à 3 % et une centaine de personnes venaient de l’extérieur travailler dans la vallée.

Sans grande surprise, l’agriculture reste le socle de cet équilibre. Brebis en transhumance, bovins Blonde d’Aquitaine et Pirenaika, porc basque Kintoa, fromages, piscicultures et transformation composent une économie qui ne s’arrête pas à la production agricole. Deux fromageries, un séchoir à jambon, une coopérative de transformation et cinq piscicultures témoignent de cette capacité à créer de la valeur sur place.

À cela s’ajoute tout un tissu artisanal, des maçons aux charpentiers, des menuisiers aux ébénistes, sans oublier les exploitants forestiers. Le tourisme complète l’ensemble avec bars, restaurants, hôtels, gîtes et chambres d’hôtes.

Autrement dit, derrière le patrimoine, il y a des emplois, derrière les savoir-faire, des entreprises et derrière les paysages, une population qui doit pouvoir y vivre.

« Collectif, ce n’est pas toujours plus rapide »

Frantxoa Oteiza, la relève
Maison Oteiza DR

Pierre Oteiza, enfant du pays, connaît bien cette histoire. Interrogé sur la nécessité de travailler collectivement pour maintenir une production locale, il résume une réalité parfois moins spectaculaire que les grandes annonces, mais toutefois essentielle à la survie d’un territoire : « De toute façon, c'est sûr que c'est collectif. Collectif, ce n'est pas toujours plus rapide. Mais c'est beau, c'est bon. Dans notre métier, on a plusieurs métiers, aussi bien l'éleveur qui élève, le charcutier, il transforme, il affine, il commercialise. »

La formule colle particulièrement bien à cette vallée où production, transformation et commercialisation restent étroitement liées. Le séchoir collectif à jambon en est l’une des illustrations, comme le travail mené autour du porc basque Kintoa.

Les Portes ouvertes permettront d’ailleurs de voir concrètement cette chaîne. Aux Aldudes, le concours général agricole mettra à l’honneur brebis Manex, chevaux, vaches Pirenaika et Blonde d’Aquitaine et porcs basques Kintoa. Le marché fermier fera découvrir les productions locales tandis que la Maison Oteiza proposera visites du savoir-faire, dégustations et ateliers de coupe du jambon à l’os.

Faire vivre les villages, pas seulement les visiter

Association AIBA DR

Le week-end permettra aussi de découvrir le tiers-lieu Olha à Banca (lire notre article : https://presselib.com/article/tiers-lieu-olha-moteur-ruralite-futur), la filière Kintoa, la pisciculture La Truite de Banka ou encore le sentier de la Mine. Un mélange qui raconte finalement assez bien la vallée : une ancienne activité minière, des productions agricoles profondément enracinées et de nouvelles formes de valorisation du territoire.

À Urepel, les associations locales prendront le relais avec un espace familial, de la danse basque et un Kantaldi. À Banca, la Kintoa Kurri emmènera les sportifs sur 20 kilomètres et environ 1 300 mètres de dénivelé positif. Aux Aldudes, chiens de berger, pelote, artisanat et patrimoine prolongeront les festivités.

Ce programme très dense illustrant une vitrine folklorique, donne à voir la réalité d'une montagne qui travaille et qui cherche à transmettre. La question de la relève est d’ailleurs déjà posée par la vallée, qui se heurte comme beaucoup de territoires ruraux au renouvellement des générations.

Produire, habiter, transmettre

Plusieurs associations seront présentes, il y a aura aussi de la danse et du sport, ici la pelote
Association AIBA DR

C’est d'ailleurs peut-être là que le slogan de 2026 prend tout son sens. « Ensemble, on va plus loin » ne concerne pas uniquement les 250 bénévoles qui feront fonctionner la fête. Il résume une manière de concevoir l’avenir à l’échelle de trois communes.

Car pour qu’une montagne reste habitée, il ne suffit pas d’y maintenir quelques exploitations. Il faut aussi des artisans, des commerces, des restaurants, des hébergements et des services. La vallée dispose notamment d’une micro-crèche, d’un cabinet infirmier et du centre La Rosée, qui emploie une soixantaine de salariés et constitue son principal employeur.

Elle cherche également à renforcer son attractivité avec le projet transfrontalier Kintoan Barna, qui réunit treize partenaires de part et d’autre de la frontière. L’objectif est notamment de lutter contre l’érosion démographique des fonds de vallée en développant leur attractivité économique. Un nouveau lotissement aux Aldudes participe également à cette réflexion sur l’habitat.

Alors effectivement, sans nul doute, les Portes ouvertes seront une fête. Mais elles seront aussi un état des lieux grandeur nature. En ouvrant leurs portes, les trois communes montrent ce qu’elles ont encore à offrir, ce qu’elles produisent et ce qu’elles veulent transmettre.

À l’heure où de nombreux territoires de montagne cherchent à ne pas devenir de simples décors touristiques, la vallée des Aldudes pose une question qui dépasse largement ses trois villages : peut-on encore vivre en montagne ? Ici, la réponse ne tien pas à un discours mais plutôt par les éleveurs, les artisans, les associations, les entrepreneurs et les habitants qui, ensemble, continuent d’y faire leur vie.

COUP DE POUCE

Un petit week-end aux Aldudes, ça vous tente ? Les Portes ouvertes de la vallée invitent à pousser jusqu’à Banca, aux Aldudes et à Urepel pour rencontrer un territoire qui fait vivre son patrimoine plutôt que de simplement l’exposer. Marchés de producteurs, concours agricole, dégustations, visites de savoir-faire, pelote, chants, danses et randonnée rythmeront ces trois journées.

Chez Pierre Oteiza, les visiteurs pourront notamment découvrir le parcours du porc, de l’élevage au séchoir, avant de déguster les jambons. À Banca, le tiers-lieu Olha, la pisciculture La Truite de Banka ou le sentier de la Mine dévoileront d’autres facettes de la vallée. Au-delà des animations, l’intérêt est surtout de rencontrer ceux qui y travaillent toute l’année : éleveurs, producteurs, artisans, associations et habitants. Une judicieuse idée pour découvrir, loin du littoral, une montagne vivante, productive et profondément attachée à son identité.

Sébastien Soumagnas

Association AIBA DR

Commentaires


Réagissez à cet article

Vous devez être connecté(e) pour poster un commentaire

À lire aussi