À la tête du compte Instagram « Le Béarnais Curieux », cet auteur et explorateur de racines transforme le passé de notre territoire en un récit dynamique, capable de séduire aussi bien les érudits que les néophytes en quête d'identité.
À travers ses publications, il ne se contente pas de partager de belles photos ; il raconte des anecdotes oubliées, explique l'origine d'une rue ou l'évolution d'une coutume.
L'innovation de Florian Moyen-Péhau réside dans cette capacité à briser les frontières entre les genres. Il utilise les codes du web — la brièveté, le visuel, l'interactivité — pour servir un contenu de fond.
En humanisant l'histoire locale, il redonne de la fierté aux habitants et une curiosité nouvelle aux visiteurs. Il incarne cette nouvelle génération d'ambassadeurs qui prouvent que l'on peut être profondément attaché à ses racines tout en étant résolument tourné vers le monde de demain.
Pour lui, le patrimoine n'est pas une pièce de musée, mais une matière vivante qui doit circuler, se discuter et se partager. Portrait d'un homme qui, entre l'Abrégé du Béarn et son nouvel ouvrage Pau en Ossau, réconcilie les Palois avec leur propre héritage.
D’où vous vient cette passion pour l’histoire ?
Florian Moyen-Péhau : J’ai grandi à Lescar, mais ce n’est que lorsque je suis parti pour mes études supérieures, à Bordeaux et Lyon que j’ai commencé à m’y intéresser et à découvrir un sentiment d’appartenance. Je suis très curieux et je m’intéresse à plein de domaines différents. Mes grands-parents maternels étaient paysans à Navailles-Angos, ils ne parlaient que Béarnais entre eux. Le premier livre d’histoire que j’ai acheté, c’était sur la place du Capitole, à Toulouse. C’était un livre d’occasion écrit par François Bayrou sur Henri IV. Ça a été un déclic et j’ai commencé à faire des recherches sur ma terre natale.
C’est en faisant des recherches sur Internet que l’article de Wikipédia sur le Béarn était vraiment très pauvre. J’ai commencé à l’étoffer petit à petit et plus tard, je l’ai entièrement réécrit. J’ai fait la même chose pour d’autres pages du même site, comme Lescar, Pau, les vaches Béarnaises. Mon but, c’était de mettre sur Internet toutes les informations qui existaient déjà en format papier. La matière était déjà là, mais finalement pas assez accessible. Mon but, c’est vraiment de montrer ce qui rend le Béarn unique, à travers son histoire, son patrimoine, ses coutumes, ses paysages, son architecture. Nous avons quand même la chance de vivre dans un environnement exceptionnel !
Il y a sept ans, vous avez créé le compte Instagram Le Béarnais curieux. Pourquoi ?
F.M-P. : Pour moi, Le Béarnais Curieux est vraiment secondaire : je ne l’ai pas créé pour être connu et mis en lumière, c’est aussi pour ça que je ne suis pas sur les photos que je publie. Ce qui est assez paradoxal, car j’ai aujourd’hui environ 7.700 abonnés et c’est souvent pour parler de mes contenus que les médias m’appellent.
J’avais tellement de photo du Béarn sur mon téléphone, que je prenais pour alimenter Wikipédia ou pour moi simplement. Comme je n’avais pas envie de trop publier ce genre de photo sur mon compte personnel, j’en ai créé un dédié. J’y post des paysages, des murs, des iconographies, des images d’archives, pour en expliquer l’histoire qui se cache derrière.
Comme je le fais de manière désintéressée et indépendante, j’alimente le compte à mon rythme : avant, je publiais toutes les semaines, mais aujourd’hui, c’est vraiment quand j’ai le temps et envie de partager de nouvelles choses.
Selon vous, y a-t-il une figure Béarnaise qui gagnerait à être davantage mise en avant ?
F.M-P. : Pierre Tucoo-Chala est l’un des historiens Béarnais qui a joué un rôle majeur dans la redécouverte de l’histoire du Béarn. Il a effectué un travail titanesque, en parvenant notamment à décoder d’ancien ouvrages d’il y a 600 ans. Il a aussi contribué à créer l’Université de Pau et des Pays de l’Adour. Je pense que le temps lui donnera raison et le fera rentrer un peu plus dans l’esprit du public.
Y a-t-il un lieu en Béarn qui est à la fois méconnu et emblématique ?
F.M-P. : A Oloron, il y a un lieu que j’aime particulièrement. À proximité de la médiathèque, il y a la confluence entre les gaves d’Aspe et d’Ossau. Dans mon premier livre, j’écrivais que le Béarn était le pays des gaves. Dans ce lieu, on peut vraiment s’en rendre compte. On entend beaucoup la force de l’eau, on est dans la plaine à Oloron, mais aussi un peu dans la montagne. Le Béarn, c’est aussi cette relation entre ces deux mondes.
Que représente le Béarn pour vous ?
F.M-P. : Le Pays basque se distingue par sa langue. C’est un élément très fédérateur. En Béarn, c’est plutôt l’attachement à la terre. Ce territoire cultive l’ambivalence : l’absence de grandes métropoles, mais avec des villes attractives, un peu à l’écart, mais au centre des relations entre la France et l’Espagne… C’est un cadre adapté, à taille humaine, mais qui permet d’avoir des ambitions élevées.
Si vous deviez faire découvrir le Béarn à un étranger, quel lieu ou plat choisiriez-vous ?
F.M-P. : En gastronomie, la garbure, sans hésiter. C’est vraiment un plat typique de la région, un élément important de notre patrimoine. Mes grands-parents en mangeaient tous les jours, avec ou sans viande. En lieu, je choisirais le boulevard des Pyrénées. Il y a le château de Pau pas loin, mais on a quand même une belle vue sur les coteaux et les Pyrénées.
Florian Moyen-Péhau sera en séance de dédicace à La Curieuse à Arudy le 21 mai et le 6 juin au Parvis de E.Leclerc. Pau en Ossau est disponible dans les librairies paloises, mais aussi à la librairie La Curieuse à Arudy, à l’Espace culturel E. Leclerc d’Oloron et à la librairie Peyrucq à Nay.
Quelle est la découverte la plus surprenante que vous ayez faites ?
F.M-P. : Lors de mes recherches pour mon premier livre, j’avais lu que la devise du Béarn était en latin et voulait dire, en gros : Je suis ce que je suis grâce à Dieu. Mais j’ai redécouvert dans un livre numérisé du 19e siècle que pendant cinq ou six siècles, la devise du Béarn était Pax e Honor (paix et honneur). Elle était inscrite sur les pièces de monnaie, mais elle était perdue dans les abysses de l’Histoire. Les historiens étaient complètement passés à côté de cette donnée. Pour moi, cette devise résume assez bien tout le projet politique du Béarn, à savoir la souveraineté au service de la paix collective. Comme quoi, ça prouve que l’Histoire n’est pas figée, et que l’on peut encore faire de petites découvertes, notamment grâce à la numérisation.
Vous avez publié l’Abrégé du Béarn en 2023. Qu'est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans un tel projet ?
F.M-P. : L’écriture des livres fait directement suite aux publications sur Wikipedia. Je sentais que j’avais fait un peu le tour des sujets à aborder sur Internet. Sur ce site, on ne peut pas faire de travail inédit, il faut toujours mettre des sources et se baser sur des textes existants. J’avais déjà la matière pour faire quelque chose d’un peu nouveau et pertinent, donc je me suis lancé. J’ai construit l’Abrégé du Béarn comme une petite encyclopédie pour parler de sujets très différents (sociologie, politique, géographie…) et comprendre en quoi le Béarn peut être différent. Il s’organise autour de sept grandes questions : qui, quoi, où, quand, combien, comment et pourquoi.
De quoi parle votre nouvel ouvrage, Pau en Ossau ?
F.M-P. : Pour ce deuxième ouvrage, j’avais envie de mettre en lumière les liens entre les communautés béarnaises de Pau et de l’Ossau. Lorsqu’elles ont décidé de se rallier au 15e siècle, de travailler ensemble, ça leur a permis de s’élever et d’être plus fortes. Par exemple, l’Ossau a récupéré le Pont Long et Pau est devenu la capitale du Béarn. Il y a beaucoup de porosité, dans des domaines variés, comme l’économie, mais aussi le sport, le tourisme, la culture. La station de ski de Gourette a vu le jour grâce à la ville de Pau, pour animer la saison hivernale des touristes. La Section Paloise a eu aussi deux capitaines emblématiques, Paparembordes et Moncla, originaires de la vallée d’Ossau et son emblème est le pic du Midi d’Ossau. J’ai aussi retrouvé les premières affiches touristiques de Pau, où un berger Ossalois est représenté.
C’est aussi une manière pour moi de faire le lien entre hier et demain, de montrer que ce n’est pas en restant dans son pré carré qu’on va pouvoir s’en sortir. Au contraire, c’est en nouant des liens. Pau en Ossau est aussi un peu le préquel de deux livres de Pierres Tucoo-Chala : Pau, ville anglaise et Pau, ville américaine. Avant de devenir une ville-monde, c’était une ville ossaloise et pastorale, dirigée par des familles ossaloises.
Ces liens existent-ils toujours selon vous ?
F.M-P. : Aujourd’hui, les Ossalois naissent tous à Pau, car la maternité d’Oloron a fermé et quand les Palois se marient à la Mairie, ils le font devant une grande peinture qui a pour nom Une noce à Laruns, du peintre lourdais Louis Capdevielle. Donc aujourd’hui, les liens persistent, mais ils sont moins mis en avant et peu connus des habitants.
Florian Moyen-Péhau sera en séance de dédicace à La Curieuse à Arudy le 21 mai et le 6 juin au Parvis de E.Leclerc. Pau en Ossau est disponible dans les librairies paloises, mais aussi à la librairie La Curieuse à Arudy, à l’Espace culturel E. Leclerc d’Oloron et à la librairie Peyrucq à Nay.
Propos recueillis par Noémie Besnard
COUPS DE POUCE
Plongez au cœur de l'identité locale avec les ouvrages de Florian Moyen-Péhau, un auteur passionné qui parvient à transformer le patrimoine parfois figé en un récit vivant et accessible à tous.
Que vous soyez un érudit ou un néophyte en quête de racines, ses livres comme l'Abrégé du Béarn ou le tout nouveau Pau en Ossau vous offrent une immersion unique dans l'histoire, les coutumes et les paysages exceptionnels de notre territoire.
En vous procurant ses ouvrages, vous découvrirez des secrets fascinants, telle que l'ancienne devise médiévale "Pax e Honor", tout en comprenant mieux les liens profonds qui unissent les communautés béarnaises depuis des siècles.
Pour prolonger cette exploration au quotidien, ne manquez pas de suivre le compte Instagram « Le Béarnais Curieux », une véritable fenêtre ouverte sur la richesse de notre patrimoine. À travers des publications riches en anecdotes oubliées, en images d'archives et en photographies de paysages, Florian Moyen-Péhau partage de manière désintéressée ses découvertes pour expliquer l'histoire qui se cache derrière chaque mur ou chaque nom de rue. Laissez-vous surprendre par la dynamique de ce récit qui réconcilie les habitants avec leur propre héritage.



N.B

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