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Quand le Pays basque court pour l'euskara

Organisée par AEK, la Korrika déferlera pendant onze jours et dix nuits, du 19 au 29 mars : une 24e édition placée sous le signe de la mobilisation populaire.
La Korrika sillonne le Pays basque pendant onze jours et dix nuits, afin de relier Iparralde et Hegoalde
Korrika AEK DR
Une course-relais festive et militante de plus de 2.000 kilomètres pour affirmer haut et fort que l’euskara se vit, se parle et se transmet.

Généralement, les marathons chronomètrent les secondes. La Korrika, elle, compte les battements de cœur. Tous les deux ans, cette course-relais sillonne le Pays basque pendant onze jours et dix nuits, sans interruption, afin de relier Iparralde et Hegoalde, le Pays basque Nord et Sud pour les non bascophones. Organisée par AEK, la coordination des cours de basque pour adultes, elle poursuit un double objectif : mobiliser la population en faveur de l’euskara et récolter les fonds nécessaires au fonctionnement des centres d’apprentissage, les Euskaltegi et Gau Eskola.


Depuis la première édition, en 1980, qui relia Oñati à Bilbo, la Korrika a pris une ampleur considérable. Vingt-quatre éditions en quarante-cinq ans ont fait de cette manifestation l’un des rendez-vous populaires les plus puissants en faveur de la langue basque. Des centaines de milliers de personnes y participent désormais, preuve que l’euskara ne reste pas dans les livres : il court dans les rues, traverse les villages et s’affiche fièrement sur les dossards.

Un message pour rassembler

La Korrika se déroule aussi la nuit, sur onze jours sans interruption
Korrika AEK DR

Le principe est simple. Un témoin, le « lekuko », est porté par un relayeur sur un kilomètre avant d’être transmis de main en main. À l’intérieur, un message rédigé en basque par une personnalité reste secret jusqu’à l’arrivée. 

La Korrika n’est pas une compétition sportive. On n’y court pas contre un chrono mais pour une cause. Chaque kilomètre peut être financé par un particulier, une association ou une entreprise afin de soutenir l’événement et, surtout, l’enseignement du basque aux adultes. Derrière la fête, les chants et les bandas, il y a une réalité : les fonds récoltés permettent à AEK de poursuivre son travail de normalisation de la langue. 

La 24e Korrika s’élancera donc le 19 mars 2026 depuis Tardets-Sorholus, en Haute-Soule, pour rejoindre Bilbao le 29 mars après plus de 2 000 kilomètres. Sous le slogan « Euskara gara » (nous sommes la langue basque), cette édition entend rappeler que la langue n’est pas un patrimoine figé mais une réalité vivante, incarnée par celles et ceux qui la parlent.

Le départ promet d’ores et déjà une ambiance à la hauteur de l’événement. Dès le matin, la Korrika ttipi donnera le ton avec les enfants. À la mi-journée, repas animé et animations culturelles prépareront la foule à l’élan collectif. À 15h30, le coup d’envoi sera donné depuis la place de Tardets, avant que la course ne file vers Mauléon, Saint-Jean-Pied-de-Port et les communes suivantes du circuit, poursuivant sa route jusque tard dans la nuit.


Après une incursion au Pas basque Sud, la Korrika repassera le 24 mars au nord, entre Zugarramurdi et Sare, puis Cambo en fin d’après-midi et Bayonne aux alentours de 22h44. À l’aube du 25 mars, elle quittera Hendaye pour rejoindre à nouveau le sud. Un va-et-vient symbolique qui dessine une géographie sans frontières pour la langue.

Une mobilisation qui fait école

La course travers le Pays basque Nord et Sud, en ville et à la campagne
Korrika AEK DR

Si la Korrika impressionne par son endurance, elle séduit surtout par son énergie collective. Des milliers de bénévoles s’investissent des mois durant dans les quartiers, villes et villages pour préparer son passage. Fêtes, spectacles, rendez-vous culturels jalonnent le parcours, transformant la course en vaste célébration populaire.

AEK, à l’initiative de l’événement, œuvre depuis quarante-cinq ans pour que chaque habitant du Pays basque puisse connaître et utiliser l’euskara. La Korrika constitue l’un des piliers de cette mission. Les Korrika Laguntzaile, contributeurs solidaires, jouent un rôle essentiel dans son financement. En devenant soutien, chacun participe concrètement au maintien et au développement des centres d’apprentissage.

Les entreprises et commerces peuvent également s’engager, en sponsorisant la course ou en finançant des kilomètres. Les particuliers, eux, peuvent courir, relayer l’information, assister aux animations de la Korrika Kulturala ou contribuer financièrement. L’idée reste la même, à savoir de faire bloc autour de la langue.

Courir pour que vive la langue

La Korrika, outre le fait d'être un événement sportif ou culturel, est une déclaration d’amour collective à l’euskara. En traversant les sept provinces historiques, elle relie les générations, les territoires et les accents. Le « lekuko » devient symbole de transmission : ce que l’on reçoit, on le passe à son tour.

À l’heure où les langues minoritaires doivent sans cesse affirmer leur place, la Korrika répond par le mouvement. Elle avance, kilomètre après kilomètre, comme pour dire que l’euskara existe et continuera d'exister. Il court, il chante, il rassemble. Alors, n'oubliez pas, du 19 au 29 mars 2026, le Pays basque aura le souffle long et la foulée fière. Aupa Korrika !

Sébastien Soumagnas

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