Huit ans après la loi portée par Nicolas Hulot, le pétrole français vit à crédit. Dans les Landes, autour de Parentis-en-Born, une soixantaine de puits, selon les estimations industrielles, poursuivent leur activité, discrètement, témoins d’une époque où l’or noir symbolisait puissance et prospérité. Ici, pourtant, la messe est déjà dite : les pompes devront s’arrêter au plus tard en 2040 .
Chaque jour, environ 200 mètres cubes de brut, selon l'exploitant, continuent d’être extraits du sous-sol landais. Une production modeste à l’échelle mondiale bien entendu, mais qui maintient une activité industrielle bien réelle. L’exploitation, assurée notamment par Vermilion Energy, s’inscrit dans une économie locale où le pétrole reste un employeur discret mais cependant structurant. À l’échelle nationale, l’entreprise revendique près de 450 emplois directs, preuve que, même en fin de cycle, la filière conserve du poids.
Parentis face à son après-pétrole
Le tournant remonte à 2017. Avec l’adoption de la loi hydrocarbures (Loi Hulot), la France a choisi de fermer progressivement le robinet. Plus aucun nouveau permis d’exploration n’est délivré et les concessions existantes sont condamnées à s’éteindre à l’horizon 2040. Une orientation assumée par les pouvoirs publics, alors que la production nationale ne représente qu’environ 1 % de la consommation du pays, selon les données du Sénat.
Autrement dit, le pétrole français pèse peu dans la balance énergétique. Mais son abandon revêt une portée symbolique forte, à savoir celle d’un pays qui entend tourner la page des hydrocarbures sur son propre sol. Une manière aussi de donner le ton dans un contexte international encore largement dépendant du brut.
Sur le terrain, la transition ne se décrète pas : elle s’organise. À Parentis-en-Born, les installations pétrolières font partie du paysage depuis des décennies. Elles ont façonné une identité industrielle et contribué à l’économie locale. Leur disparition pose donc une question simple : que restera-t-il après le dernier baril ?
Les collectivités locales avancent prudemment, conscientes de l’enjeu. Car derrière les puits, il y a des emplois, des savoir-faire, et toute une chaîne économique à réinventer. La mutation ne sera pas qu’énergétique, elle sera aussi sociale et territoriale.
Recycler le sous-sol : nouvelles pistes, nouveaux paris
Dans cette fin de cycle, certains voient déjà un nouveau départ. L’industriel Vermilion Energy explore plusieurs pistes pour donner une seconde vie aux infrastructures existantes. Parmi elles, le stockage de CO₂ dans les anciens réservoirs, une technologie présentée comme un levier de décarbonation. Autre voie envisagée, la production d’hydrogène, énergie souvent décrite comme un carburant du futur.
Mais c’est peut-être du côté de la géothermie que les perspectives apparaissent les plus concrètes. Dans les Landes, la chaleur du sous-sol est déjà exploitée pour alimenter des serres agricoles, comme celles de Tom d'Aqui. Une reconversion qui transforme l’énergie fossile en ressource renouvelable, et les anciens gisements en outils de production durable.
Selon des analyses du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) sur la reconversion des anciens sites miniers, ces options sont techniquement envisageables mais nécessitent des investissements lourds et une vision à long terme. Le pétrole ne disparaît pas sans laisser de traces, ni sans poser de nouvelles questions d'ordre économiques.
Un compte à rebours sous surveillance
La fin programmée du pétrole ne se joue pas uniquement dans les Landes. Partout en France, les concessions arrivent progressivement à échéance, sous le regard attentif des autorités et du public. Les procédures de consultation se multiplient, signe que la question énergétique s’invite désormais dans le débat citoyen.
Dans ce contexte, les Landes apparaissent comme un laboratoire à ciel ouvert. Un territoire où l’on continue de pomper, tout en préparant déjà l’après. Entre héritage industriel et transition énergétique, le brut s’écoule encore, mais le temps, lui, presse.
À mesure que 2040 se rapproche, une certitude s’impose, à savoir que dans les Landes, le pétrole n’est plus une promesse d’avenir. C’est une ressource en sursis, qui se dirige inexorablement vers sa fin de vie.
Sébastien Soumagnas






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