Au cœur du quartier Berlioz à Pau, là où la vie de quartier bat son plein, on ne peut pas rater l’enseigne des Artisans de la Montagne. Cet atelier est un hommage vibrant aux sommets pyrénéens. Derrière cette devanture, l’accueil y est franc, à l’image de son gérant.
Stéphane Tintenier, 49 ans, s’active au milieu de vieilles machines avec la précision d’un expert et le sourire de celui qui a trouvé sa juste place.
Ce père de famille met avant tout l'accent sur la sincérité. Pour ce passionné de grands espaces, devenir cordonnier n'était pas une ligne droite, mais plutôt une ascension parsemée de sentiers détournés.
Le parcours de Stéphane ressemble à une traversée des Pyrénées : varié, exigeant et résolument tourné vers l'extérieur. Avant de revêtir le tablier d’artisan, cet homme aux multiples vies a exploré des horizons aussi divers que la police, l'aménagement paysager, la vente d’équipements sportifs, la vente de végétaux ou encore l'éducation spécialisée.
Passionné par les sports de montagne, cet ancien habitant du quartier a naturellement poussé les portes de la cordonnerie, tout d’abord en tant que client.
« Un ami est devenu associé de Pascal Authieret. Cinq ans plus tard, j’ai repris son rôle lorsque ce dernier a pris sa retraite, après m’être formé durant mes repos et mes week-ends pour maîtriser les gestes du métier. »
L’aventure commence véritablement en 2020, lorsqu’il démissionne pour se lancer à temps plein dans cette aventure, devenant le gardien d’un savoir-faire qui tend à disparaître, alors que trois cordonneries ont fermé à Pau en deux ans.
Des objets insolites à réparer
Dans son atelier, Stéphane cultive une polyvalence rare. Spécialiste du matériel de montagne, il voit passer entre ses mains expertes des objets plus insolites les uns que les autres.
Il reçoit même des colis de la France entière, de Calais à Toulon, mais aussi aux Pays-Bas, aux USA, à La Réunion.
Il y a, en effet, peu d’endroits où peuvent se côtoyer des chaussures de ski, des chaussons d’escalade, des chaussures de danse, une combinaison de plongée et du matériel d’entraînement de pompiers.
« Ce que j’aime dans ce métier, c’est qu’on ne sait jamais ce que nos clients vont nous demander de réparer. Ça demande un sacré sens de la débrouille. J’ai déjà recousu des housses de pale d’hélicoptère, puis les chaussures du pilote, des chaussures de motocross, une sangle d’un accordéon médiéval, un radiateur en fonte... C’est improbable ! ».
L’artisan palois a récemment atteint un sommet d'excentricité technologique. « Je viens d’installer un scratch sur une pièce qui est utilisée dans la fusée Ariane 6, c’est hallucinant quand on y pense ! », s'étonne-t-il encore.
Un lien social précieux tissé au quotidien
Au-delà des gestes techniques, c'est l'aspect humain qui constitue le véritable moteur de ce passionné. Son atelier est un « lieu de vie » où l'on vient autant pour une réparation urgente que pour l'échange.
L'anecdote de ce pèlerin en détresse illustre parfaitement cette atmosphère : « Je suis sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, ma chaussure est cassée », lui lance un client. Ce dernier a finalement passé toute la matinée dans l’atelier, en attendant que sa chaussure soit réparée, bercé par le rythme des machines et des discussions.
Fidèle à l'esprit d'entraide des anciens gérants, il a su préserver cette atmosphère de solidarité : « Les clients viennent souvent pour prendre un café et discuter un peu pendant que je travaille au milieu de vieilles machines ». Cette proximité est telle qu'il lui arrive de croiser ses clients directement sur les sentiers lors de ses propres escapades.
Stéphane incarne une vision du travail où l'épanouissement personnel et le service rendu priment sur la simple logique commerciale. « Ici, la relation client est primordiale. Mon objectif, c’est que mes clients soient contents et de garder l’esprit des anciens commerçants, c’est-à-dire l’entraide, l’humain, et rendre service », résume-t-il avec conviction.
Alors que la société de consommation pousse souvent au remplacement systématique, Stéphane prouve chaque jour qu'il faut être débrouillard pour durer.
Noémie Besnard
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N.B

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