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GENS D’ICIGuy Sérès : 30 ans de lutte aux côtés d’agriculteurs paysans en détresse

Le Samu Social Agricole du Gers fête ses 30 ans. Un triste anniversaire mais une belle histoire d’entraide et de solidarité toutefois…
Tracteur de Guy Séres labourant un champ
Le Samu Social Agricole du Gers fête ses 30 ans, et l’événement n’a pas franchement de quoi réjouir. Car, lorsqu’il a débuté en 1992, sous l’appellation de Comité départemental pour le désendettement des agriculteurs, chacun pensait qu’il ne serait plus nécessaire au bout de quatre ou cinq ans.

« Après les pluies excessives de 1988, suivies de deux années de sècheresse, les agriculteurs étaient très, très mal. Il n’y avait plus de trésorerie, il était impossible de rembourser les prêts. Tout le monde “pétait les plombs” » raconte Guy Sérès, fondateur du Samu Social Agricole, qui travaillait alors à la FDSEA

Le cœur de notre mission est d’aider tous les agriculteurs en difficulté.

Il était urgent de réagir pour venir en aide à ces gens en détresse, assaillis de dettes « Nous avons réuni tout ce qui pouvait les représenter, quelle que soit la couleur ou la fortune, pour créer ce comité, qui deviendra Samu Social Agricole en 2000. Notre combat a toujours été professionnel, pas politique. Le cœur de notre mission est d’aider tous les agriculteurs en difficulté ».

Les choses ne se sont jamais améliorées.

C’est en 1994 que les médias vont s’intéresser d’un peu plus près à cette association singulière, alors que 200 personnes envahissent le siège de la caisse départementale d’une banque locale, durant quatre jours et quatre nuits. « Certains avaient 300.000 francs de retard, voire plus. Nous avons réussi à négocier, et trouver un protocole d’accord pour les désendetter et sauver leur exploitation. Je recueillais des fonds auprès d’agriculteurs, pour solder leur situation auprès des mandataires judiciaires, de façon à ce qu’ils soient éligibles aux prêts, et puissent ainsi rembourser les avances de trésorerie. Petit à petit, nous avons grandi, en espérant que les choses s’amélioreraient rapidement. Mais elles ne se sont jamais améliorées ».

Effectivement, entre 2010 et 2020, une douzaine d’exploitations nécessiteront une aide financière, à hauteur de 454.000 €. En 2021, le Samu Social Agricole enregistrera 1 309 consultations. Le bilan des deux dernières années est médiocre pour les gaveurs et éleveurs de canards, dont certains ont investi dans des bâtiments de près de 400 000 euros, vidés de tout palmipède pour cause de grippe aviaire.


« Nous apportons une aide juridique, financière, nous faisons en sorte de trouver un accord avec les contentieux, et nous les protégeons s’il y a menace de procédure collective. Quant à ceux qui sont déjà en redressement ou liquidation judiciaire, nous faisons tout pour qu’ils ne ferment pas leur exploitation » poursuit Guy Sérès, qui fut aussi conseiller juridique et fiscal d’organisations agricoles, avant de revenir dans le Gers à l’âge de 33 ans, pour reprendre l’exploitation de son père.


Alors que se tient à Pavie ce 17 juin l’assemblée générale du Samu Social Agricole, l’irréductible défenseur des paysans garde un mental d’acier, doublé d’une volonté sans égal. « Je suis pragmatique, j’y arrive à la force du poignet. C’est un travail où l’on s’interdit l’échec. Il faut être têtu, mais j’ai l’habitude aujourd’hui… ». On imagine qu’il appréciera le dicton de ses voisins basques : « Dans le doute, obstine-toi » !


Photos Michel Amat

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