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Solférino, le drôle de rêve landais de Napoléon III

Créé au XIXe siècle au milieu des anciennes landes marécageuses, le village conserve aujourd’hui le plan soigneusement ordonné d’une étonnante expérience agricole et sociale
En 1857, Napoléon III acquiert environ 7 000 hectares de landes appartenant à plusieurs communes du secteurDR
Le promeneur découvre un village imaginé presque de toutes pièces par Napoléon III, entre fermes modèles, cottages d’ouvriers, drainage et expérimentations agricoles. Une utopie impériale dont le décor est toujours là

Il faut parfois quitter les grands axes pour découvrir les curiosités les plus étonnantes des Landes. À Solférino, au cœur de la Haute Lande, le promeneur découvre un village paisible… mais pas tout à fait comme les autres. Ses rues bien droites, ses maisons soigneusement alignées et ses anciennes fermes racontent une étonnante aventure impériale.

Car Solférino est né d’un rêve. Celui de Napoléon III, qui voulait transformer une vaste étendue de landes marécageuses en un domaine agricole modèle. Une ambition qui faisait écho à celle de son oncle, Napoléon Ier. Lors de son passage à Tartas, en avril 1808, celui-ci aurait déclaré : « Je veux faire du Département des Landes un des premiers départements de France, et à la paix, un jardin pour ma vieille garde. »

Quelques décennies plus tard, son neveu passe aux travaux pratiques.

Un empereur veut changer la donne

La Ferme de Pouy
DR

En 1857, Napoléon III acquiert environ 7 000 hectares de landes appartenant à plusieurs communes du secteur. Son objectif est d'assainir ces terres, expérimenter de nouvelles méthodes agricoles et y installer une population capable de les mettre en valeur.

Le chantier est considérable. Des canaux et fossés sont creusés pour drainer les terrains, des chemins sont aménagés et des plantations expérimentales sont réalisées. Le pin maritime occupe une place importante, mais d’autres essences sont également testées. Le futur Solférino devient ainsi un véritable laboratoire agricole et forestier.

Mais l’Empereur ne veut pas seulement transformer la terre. Il veut aussi créer un village.

Bienvenue dans la cité idéale

Le bourg est conçu presque comme une petite maquette. Une grande allée centrale, des rues parallèles, des maisons d’artisans, une mairie, une école, un presbytère et l’église Sainte-Eugénie : tout est organisé avec une étonnante rigueur géométrique.

De part et d’autre sont construits des cottages destinés aux ouvriers agricoles et à leurs familles. Chaque logement dispose d’un potager et de terres à cultiver. Les habitants ne paient pas de loyer, mais doivent travailler un certain nombre de journées pour le domaine.

L'église Sainte Eugénie
DR

L’idée est alors de faire de Solférino une sorte de village modèle, à la fois agricole et social. Une utopie au milieu des Landes, avec l’espoir que ceux qui y vivent puissent progressivement devenir propriétaires.

Le domaine compte également neuf fermes modèles, construites selon des plans similaires. L’ensemble doit permettre d’expérimenter les méthodes agricoles les plus adaptées au territoire.

Même le nom du village raconte l’histoire impériale. En 1863, lorsqu’il devient officiellement une commune, il est baptisé Solférino, en hommage à la victoire remportée par Napoléon III contre les Autrichiens en 1859, en Lombardie.

Sur les traces de l’Empereur

DR

Napoléon III suit son expérience de près. Pour ses visites, un chalet de bois est même construit en 1857 : le « Chalet de l’Empereur ». Il se rendra plusieurs fois à Solférino, notamment lorsqu’il séjourne à Biarritz.

Le chalet a depuis disparu, tout comme une partie des installations impériales. Mais le village a conservé l’essentiel de ce qui fait son originalité, à savoir son organisation et ses bâtiments.

Aujourd’hui, Solférino est redevenu un paisible village landais, où l’agriculture et la sylviculture occupent toujours une place importante. Maïs, pommes de terre, haricots verts ou carottes y sont notamment cultivés.

Et c’est ce contraste qui fait le charme de la visite. Nul besoin d’imaginer un grand palais ou une résidence impériale parce qu'ici, l’histoire se lit dans une perspective, une façade, une ancienne ferme ou une maison parfaitement alignée avec sa voisine.

Solférino se découvre ainsi comme une curiosité patrimoniale grandeur nature. Une petite balade suffit pour comprendre qu’au milieu des pins, Napoléon III avait voulu réaliser une expérience à grande échelle. Une curiosité impériale que les Landes vivent encore, plus d’un siècle et demi plus tard.

Sébastien Soumagnas

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