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Landes : la Folle histoire de Félix Arnaudin

Le 04 Juin. 2019

L’auteur et dessinateur de presse Marc Large ressuscite l’emblématique figure de Labouheyre, véritable âme et mémoire de la grande lande originelle…

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Poète, linguiste, folkloriste, historien, ethnologue, photographe, écrivain : Félix Arnaudin (1844-1921) était un touche-à-tout, un érudit et un visionnaire comme on n’en fait plus, mais aussi un homme qui a sacrifié toute sa vie à la conservation, par l’image et par les mots, du paysage désertique de son enfance et d’une culture pastorale landaise appelés à disparaître sous une mer de pins verdoyants.


Dans une biographie un poil romancée (à paraître le 7 juin prochain), Marc Large s’attaque à ce personnage à la destinée singulière et auquel ont déjà été consacrées de nombreuses et solides études, mais dans un format plus accessible pour le grand public. Pour les Landais pur jus et les amoureux de la culture locale aussi bien que pour tous les autres, c’est l’occasion idéale d’une séance de rattrapage.

Marc Large, qu’on connaît surtout pour ses dessins de presse (notamment pour Charlie Hebdo, Le Canard Enchaîné ou la PQR d’ici), réussit à nous entraîner dans une folle et tragique histoire qu’il a su rendre émouvante en évitant habilement les écueils de la lourdeur et de la caricature. La langue employée, simple et efficace, est bien mise au service de son passionnant sujet, s’effaçant parfois opportunément pour laisser parler le maître… et nous donner envie de le lire à notre tour.

En attendant une soirée de lancement prévue ce 6 juin à la salle… Félix Arnaudin, à Saint-Paul-lès-Dax (à partir de 18h), l’auteur nous fait l’amitié de répondre à quelques questions.


Comment en êtes-vous venu à vous intéresser au personnage de Félix Arnaudin ?
Marc Large – Je m’intéresse à Félix Arnaudin depuis très longtemps, en fait depuis l’enfance. Je devais avoir autour de 6 ans quand j’en ai entendu parler à l’école, en même temps que de la fameuse loi d’assainissement de Napoléon III (en 1857) et de la plantation de la « plus grande forêt artificielle d’Europe » qu’on connaît aujourd’hui. Le personnage m’a tout de suite intrigué : j’avais envie de savoir qui se cachait derrière ce contestataire énigmatique et anticonformiste, et en même temps derrière ces « landes » originelles et si particulières auxquelles il a voué sa vie pour en sauvegarder la mémoire.


Il existe une « littérature » très fournie sur la figure devenue emblématique de Félix Arnaudin. Qu’est-ce qui vous a poussé à allonger la liste des publications à son sujet ?
M. L. – Il est clair qu’il existe un grand nombre de travaux très sérieux et d’une grande qualité sur Félix Arnaudin, auxquels cette Folle histoire doit d’ailleurs beaucoup, à commencer par les 9 tomes de ses Œuvres complètes parus aux éditions Confluences. Ceux-ci sont d’une précision implacable et je les ai moi-même dévorés avec passion. Mais évidemment, ils sont volumineux, exhaustifs et s’adressent en premier lieu aux passionnés. Je trouvais un peu dommage qu’on n’ait pas encore cherché à populariser la figure d’Arnaudin par d’autres biais, dans un cadre moins contraint que celui d’une étude historique ou d’une biographie classique. C’est d’ailleurs à un projet audiovisuel que j’ai pensé en premier lieu (celui-ci devrait voir le jour avec Marmitafilms en 2021, année du centenaire de la mort d’Arnaudin, NDLR). Car même si Félix Arnaudin est assez populaire, surtout en tant que photographe, j’ai connu pas mal de Landais qui ignoraient jusqu’à son existence, et qui n’en savaient pas forcément davantage sur le paysage de leur pays du temps de l’enfance d’Arnaudin… Cela dit, je dois bien sûr citer des auteurs et spécialistes d’Arnaudin comme Jean Tucoo-Chala, Catherine Vigneron ou Nicole et Richard Arnaudin. Certains m’ont apporté une précieuse aide, même si ma grande timidité m’a empêché de prendre contact avec tous.


Si elle se lit comme un roman, cette Folle histoire paraît plutôt fidèle et fort bien documentée. Est-elle finalement si romancée que cela ?
M. L. – Je dirais que 90% du travail repose sur une base documentaire et des faits véritables. Et en ce qui concerne le reste, rien n’est réellement inventé : il s’agissait plutôt d’un travail de mise en scène et de déduction, parfois peut-être d’interprétation personnelle, mais toujours à partir de sources comme les nombreux écrits d’Arnaudin lui-même (qu’il faut souvent lire entre les lignes, que ce soit son journal ou sa riche correspondance) ou des témoignages du genre de celui du fils Monicien (famille de métayers des Arnaudin, NDLR). Pour autant, ce cadre documentaire n’a pas été trop contraignant, car il restait toujours de la place pour creuser la psychologie d’Arnaudin, personnage mélancolique voire dépressif, rêveur et jusqu’au-boutiste, en partie déshérité pour avoir vécu en concubinage pendant 30 ans avec celle qu’il aimait, et qui souffrait énormément du regard moqueur qu’on portait sur lui et son travail. Je ne nierai pas que j’ai sûrement un peu idéalisé Félix Arnaudin, mais j’ai été rassuré par son exemple à lui, qui idéalisait sa grande Lande au point d’en photographier dos aux pins les vestiges gagnés par la forêt… Arnaudin était aussi un metteur en scène…


Dans la Folle histoire, vous distillez quelques beaux passages des écrits de Félix Arnaudin. Pour l’avoir beaucoup fréquenté « dans le texte », que diriez-vous de l’écrivain et poète que font souvent oublier le photographe et folkloriste ?
M. L. – En ce qui me concerne, j’aurais presque une préférence pour le poète ou l’écrivain, dont le style reflète assez bien la période romantique et certaines lectures (comme George Sand, à laquelle il devait peut-être son côté un peu féministe), et dont les nombreux écrits recèlent quelques passages vraiment sublimes, bien que parfois durs et très tristes. Son journal intime, où il relate de nombreux épisodes de chasse, comporte de très belles poésies empreintes de nostalgie, mais aussi des choses parfois hilarantes. C’est par exemple dans son journal qu’on apprend qu’il va jusqu’à ôter les tuiles d’un toit pour obtenir assez de lumière afin de photographier à l’intérieur d’une maison.


En voilà en tout cas un qui n’aimait pas franchement les pins maritimes !
M. L. – Il me semble qu’il écrit même que tous ces pins « bornent la vue et hébètent la pensée ». Avec l’apparition de cette forêt qui dévorait tout, de nombreux Landais ont eu le sentiment d’étouffer. Les cas de suicides de bergers comme celui du livre ont bel et bien existé. Mais au-delà de ce symbole du pin maritime, on devine qu’Arnaudin était aussi très agacé par les excès de son exploitation commerciale. Tout comme il admettait mal qu’on fasse commerce de la photographie.


Les grandes vacances arrivent et puisqu’il nous faut maintenant buller à l’ombre des pins, quelles seraient les 3 lectures marquantes qui vous viendraient tout de suite en tête ?
M. L. – Dernièrement, j’ai été franchement marqué par la lecture d’Inconnu à cette adresse, de Kressmann Taylor, qui prend la forme d’une bouleversante correspondance entre un célibataire juif et un père de famille allemand qui gravit les échelons dans la société nazie. Sinon, je citerais volontiers un bon bouquin de Cavanna. Je finirais avec une de mes lectures d’enfant, celles qui restent, et c’est le Croc-Blanc de Jack London qui me vient tout de suite en tête.

Plus d’informations sur les événements, dédicaces et conférences en lien avec le livre – cliquez ici

 

Photos : musée d’Aquitaine, Ville de Bordeaux

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