« Le monde est en mouvement, comme une valse », confie Jean-Luc Busnel, président de Chantons sous les Pins. Une image qui donne le ton de cette 29e édition : un festival conscient des secousses contemporaines, mais décidé à garder l’équilibre. À l’heure où les certitudes vacillent, la musique reste ce fil invisible qui empêche de tomber, ce tempo intérieur qui aide à tenir la cadence.
Depuis 1998, Chantons sous les Pins s’inscrit dans cette dynamique singulière : faire circuler la chanson francophone là où on ne l’attend pas toujours, dans les villages, les lieux du quotidien, au plus près des habitants. Une itinérance culturelle devenue marque de fabrique, portée par une association née en 1997 sous l’impulsion de Jean-Claude Barrens, figure reconnue du paysage musical français.
Traverser les décennies sans perdre le rythme
Vingt-huit éditions se sont succédées, traversant les mutations du secteur culturel, les fragilités économiques et les changements de générations. Chantons sous les Pins a tenu bon et depuis 2023, Jean-Luc Busnel en a repris la présidence, entouré d’une équipe de bénévoles passionnés, d’une attachée de production et de techniciens engagés, tous animés par le même amour de la musique et du partage.
Dans les Landes, le festival s’est imposé comme un rendez-vous attendu, hivernal et printanier où la chanson francophone s’écoute autrement, dans des lieux parfois inattendus.
Pour Jean-Luc Busnel, la musique n’est pas qu’un divertissement. « Qui pourrait nous faire oublier l’essentiel, ce qui nous nourrit, ce qui nous construit, ce qui fait de notre pays une destination unique, son art de vivre et tout ce qui permet de vivre de son art », interroge-t-il. À travers cette édition 2026, Chantons sous les Pins revendique plus que jamais cette fonction : rappeler que la culture est un bien commun, un socle fragile qu’il faut protéger.
Dans un contexte où « la culture est en danger dans de nombreux territoires », le président du festival souligne la chance de pouvoir compter sur le soutien fidèle du Département des Landes, de la Région Nouvelle-Aquitaine et du Comité d’action sociale de la filière énergie. Un accompagnement sans lequel la partition serait plus difficile à jouer.
Une programmation qui ose les variations
La 29e édition s’annonce riche, ouverte et audacieuse. Vingt-six artistes seront accueillis grâce à la mobilisation de dix-sept partenaires sur l’ensemble du territoire landais. Fidèle à son esprit de découverte, le festival mêlera artistes émergents et noms confirmés, tout en explorant de nouveaux registres.
Parmi les nouveautés, Jean-Luc Busnel annonce « une soirée punk-rock, un cabaret, l’arrivée d’un parrain par le prisme de Yannick Jaulin », mais aussi un engagement renforcé pour la défense des langues régionales, en partenariat avec Voix du Sud. Autant de variations musicales qui enrichissent la gamme du festival sans la dénaturer.
De nouveaux partenariats ont également vu le jour, avec le Café Music, le Café Boissec, le festival En Cordes et Mots, le Village Landais Alzheimer ou encore le Théâtre de Gascogne. Des collaborations qui élargissent le champ des possibles et ouvrent de nouveaux espaces.
L'association Chantons sous les Pins œuvre tout au long de l’année à travers des actions de médiation menées dans les établissements scolaires, les médiathèques, les EHPAD, les hôpitaux ou encore les centres de loisirs. Ces projets permettent à des publics variés de découvrir la musique francophone autrement, en passant de l’écoute à la création.
Des artistes interviennent sur plusieurs séances pour accompagner les participants dans l’écriture et la mise en musique de leurs propres chansons. Une démarche patiente, artisanale, où chacun trouve sa place.
Faire entendre toutes les voix
Depuis 2018, le collectif « Chantons pour tous » incarne cette volonté d’ouverture. Son objectif est clair : permettre aux personnes éloignées de la vie culturelle ou empêchées d’accéder gratuitement au festival et de bénéficier d’actions de médiation. Le projet repose sur un réseau d’associations solidaires, soutenu par la Région, et s’inscrit pleinement dans la mission d’accès à la culture en milieu rural.
Pour Jean-Luc Busnel, cette dimension est indissociable du projet artistique. « Nous voulons cultiver notre singularité, défendre ce modèle, s’abreuver de mots et de mélodies qui nous rapprochent, développer notre désir d’échanger ensemble, de se rassembler, de chanter, de partager. »
Dans les Landes, Chantons sous les Pins joue le rôle d’un chef d’orchestre discret, reliant artistes, bénévoles, collectivités, associations et publics. Une alchimie fragile, mais précieuse, qui repose aussi sur l’engagement des partenaires de terrain, communes, communautés de communes, médias et radios locales. « Nous avons besoin de votre engagement, de votre présence, pour cultiver à jamais cette utopie magnifique », insiste Jean-Luc Busnel.
À l’approche de cette 29e édition, le président du festival cite Christopher McCandless, immortalisé par Sean Penn dans Into the Wild : « Le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé. » Une phrase qui résonne comme un point d'orgue parfait pour Chantons sous les Pins.
Sébastien Soumagnas






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