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COUP DE COEURLe Dacquois Jérôme Daret vise l’or aux JO de Rugby à 7

Retour sur l’interview accordée par l’entraîneur-sélectionneur de l’équipe de France qui ouvre le tournoi olympique ce mercredi à Paris contre les États-Unis. Son objectif est de monter sur la plus haute marche du podium, ce samedi.
Le Dacquois Jérôme Daret vise l’or aux JO de Rugby à 7
Ce Landais passionné s’est imposé comme un chef d’orchestre inspiré pour cette discipline spectaculaire et très exigeante. Pour lui, « le 7 est une effervescence de rugby ».
Les Bleus, champions du monde 2024

A 48 ans, l’ancien demi de mêlée de Dax a déjà un sacré parcours. Ce qui ne l’empêche pas de garder une humilité aussi sincère que remarquable, donnant encore plus de poids à son analyse comme à son enthousiasme.
 
Les Bleus du 7 affrontent les Etats-Unis et l’Uruguay au Stade de France, ce mercredi 24 juillet (16h30 et 20h), puis les Fidji, le lendemain (15h30). Les quarts de finale se disputeront également jeudi à partir de 21h. Les demies sont prévues le samedi 27 juillet (15h30 et 16h) ; avec la petite-finale et la finale en suivant (19h et 19h45).
 
Dans le Groupe France, on retrouve deux Bigourdans, Antoine Dupont (Toulouse) et Jean-Pascal Barraque (Perpignan) ; un Gersois, Paulin Riva (Auch) ; mais aussi, une recrue de la Section Paloise, Aaron Grandidier Nkanang.
 
Avec PresseLib’, Jérôme Daret vous embarque au pays du rugby à 7 pour vous faire découvrir les coulisses de ce sport qui se développe dans le monde entier.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, un petit zoom sur le passé ?


Jérôme Daret – Je suis né à Dax, mais originaire de Mimizan et de Bias, un village voisin. J’ai fait toute ma carrière de joueur à l’USD, de 1994 à 2006, avant de devenir entraîneur à plusieurs reprises. Je suis toujours licencié dans ce club de toute ma vie rugbystique à XV. C’est en 2017 qu’on m’a proposé de prendre en main l’équipe de France 7 masculin. Une aventure de folie, à 1000 à l’heure, passionnante, dans une période clé pour cette discipline spectaculaire.

Quelques images pour donner le ton du rugby à 7 ?


J. D. - Un accélérateur de particules pour tout le monde. Le 7 « dépoussière » en permanence la planète de l’ovalie. C’est une effervescence de rugby qui amène plaisirs et ferveur, enthousiasme. Tout en portant de belles valeurs, en poussant au dépassement de soi, en exigeant force mentale et excellence. Une très belle école de résilience.
 
L’origine ?


J. D. – Le 7 a été inventé en 1883, en Ecosse, par un boucher. Il avait besoin de renflouer les caisses de son club (Melrose) avec un événement autour du rugby. Cette discipline a commencé à se développer dans les années 1920, puis s’est émancipée à Hong Kong dans les années 1970. Le rugby à 7 se nourrit en permanence de cette histoire.



Ce qui fait la différence ?


J. D. – Le 7 est très excitant pour les joueurs, avec tellement de situations différentes à appréhender. Chacun est très souvent en action. Tout le monde est concerné. C’est clairement une expérience-joueur magnifique par nature, à haute intensité. Pour les entraîneurs, c’est tout aussi extraordinaire. C’est un laboratoire d’analyse et de prises de décisions exponentiel. Quant au public, il découvre un univers incroyable, autour d’un spectacle à la carte, sur plusieurs jours, dans une ambiance sans équivalent où différentes cultures se lient spontanément autour de la fête.

Une discipline déjà planétaire, véritable révolution pour l’ovalie ?


J. D. - Aujourd’hui, plus de 120 Nations (garçons et filles) participent aux différentes compétitions internationales. Ce qui donne déjà une dimension mondiale à ce sport. Et chaque année, d’autres frappent à la porte. Beaucoup de pays ont un bon niveau : l’Allemagne, l’Espagne, le Japon … peuvent battre les meilleurs. Il n’y a pas de petite équipe et chaque match doit être pris avec beaucoup de considération et d’humilité. L’équipe de France l’a mesuré, le jour où elle est tombée lourdement contre la Papouasie Nouvelle Guinée (36-0). En intégrant les Jeux Olympiques en 2016, le rugby à 7 a fait un pas énorme. Les JO de Paris seront un tremplin extraordinaire pour notre écosystème domestique. La révolution s’accélère.
 
Un concept prometteur ?


J. D. – Il faut savoir qu’à Hong Kong, le 7 a été développé par des chefs d’entreprise, avec un modèle inspiré par cet univers et adapté aux entreprises. Les grands tournois internationaux valorisent un sport-spectacle unique au monde. Dans cette mecque du 7, pendant trois jours, 16 équipes nationales garçons et 17 équipes filles s’affrontent non-stop. Chacune porte fièrement l’identité et la culture de son pays. Dans les tribunes, ce sont autant de communautés qui font une énorme fête ensemble. La compétition se déroule à guichets fermés (plus de 60.000 personnes sur 3 jours). Pour accéder à l’une des tribunes mythiques, The Zoo, la file d’attente est de plusieurs heures. C’est un plaisir pour le public, les joueurs, les staffs, tout en étant particulièrement rentable pour les organisateurs. Tout le monde y trouve son compte.
 
Plus facile à développer que le XV…


J. D. – Bien sûr. C’est une organisation moins lourde avec des groupes de 13 joueurs par équipe pour chaque tournoi. L’équipe de France, elle, rassemble une trentaine de joueurs sur une saison. Ceci dit, les exigences sont toutes aussi fortes que pour le XV et exigent de mobiliser de multiples compétences pour développer la performance.

Un brassage très riche ?


J. D. - Absolument. C’est pour cela que je parle d’une effervescence de rugby. On représente les valeurs de son pays, sa culture, son identité, ses forces, son excellence… Et la cohabitation de plusieurs équipes dans le même hôtel est source d’un enrichissement mutuel très fort. C’est une ouverture au monde permanente. De plus, nous organisons régulièrement des entraînements dans des lieux emblématiques pour faire partager notre discipline et ainsi porter dans notre sac à dos notre identité profonde. Par exemple, à la Tour Eiffel ou au Moulin Rouge à Paris, sur la dune du Pyla ou au col du Tourmalet et bien d’autres encore…
 
Les caractéristiques de ce 7 ?


J. D. – Le jeu allie le combat et l’esquive, la stratégie et l’intuition, la vitesse, l’intensité et la gestion des efforts… Il faut construire un projet d’équipe et de jeu très précis, sinon on prend le risque d’être en grande perdition collectivement quand ça ne va pas bien. Le plan de jeu doit être très structuré, mais doit permettre en même temps de laisser de la place pour la créativité et l’inspiration. Ce cadre est une clé pour pouvoir réaliser de grandes performances. Les entraîneurs doivent rester critiques à chaque instant, pour savoir prendre la décision optimum au bon moment. Il faut savoir qu’un tournoi sur plusieurs jours, c’est comme une saison complète. Il faut savoir passer d’une défaite à un exploit, gérer une qualification pour d’autres tournois ou une élimination, viser le classement général. Tout va très vite. Il faut s’adapter sans cesse. C’est comme si nous vivions une multitude de saisons en une…



Sur le plan plus technique ?


J. D. – Il faut savoir que les phases statiques sont essentielles pour maîtriser le tempo, avec des changements de rythme en attaque, et une capacité à contrer cela en défense ; il s’agit d’aller réduire l’espace-temps pour l’adversaire. On ne peut pas être au sommet en permanence, il faut donc savoir accepter les creux, puis rebondir plus haut, et surfer sur la crête le plus longtemps possible. Comme en cyclisme, il faut savoir donner le coup de pédale au bon moment pour se servir de l’aspiration. Tout cela est difficile avec l’amplitude sur 2 ou 3 jours et plusieurs matches. Les joueurs doivent apprendre à aller au-delà de la douleur. Quant au staff, il est sous pression en permanence. La résilience fait standard dans ce sport extrême.

Votre approche avec le groupe ?


J. D. – Chaque déplacement est long. A titre personnel, cela représente environ 220 jours par an avec 10 à 15 tournois mondiaux par saison (JO et Coupe du monde). C’est beaucoup. Il y a nécessité d’avoir une identité et une culture de jeu forte pour exister. Mais ce n’est pas tout. On travaille beaucoup sur la cohésion, ou encore le bien-être. Il faut savoir se donner de l’air, chercher d’autres choses, découvrir les cultures locales, cultiver l’expérience de l’esprit. Les sorties, les visites permettent de ne pas oublier que la vraie vie existe encore. Il est indispensable d’avoir des sujets de discussion autres que le rugby. Ces découvertes ont aussi l’avantage de permettre à chacun de se rendre compte que l’excellence c’est pour tout le monde, dans tous les domaines. Nous vivons des années hors normes qui nécessite cette ouverture au monde extérieur. Quant aux joueurs, nous nous efforçons de les rendre autonomes et responsables. Notamment, pour qu’ils puissent aussi travailler à distance entre deux tournois, par exemple. Nous souhaitons coller aux valeurs de l’olympisme en permanence (respect, amitiés, excellence).
 
D’autres caractéristiques au niveau du management ?
J. D. –
Évidemment, la confiance est l’une des clés. Cela passe notamment par la capacité à savoir exprimer sa force, par l’ambition d’envoyer des signaux forts aux adversaires et aux arbitres. Cela compte énormément dans ce sport. De leur côté, les entraîneurs sont un peu comme des chefs cuisiniers qui confectionnent des plats en associant des ingrédients variés pour sublimer l’ensemble, en alternant le chaud et le froid, le sel et le poivre... Nous travaillons également sur la performance collective avec des axes d’optimisation comme un travail sur l’intelligence émotionnelle.
 
Les ambitions de l’équipe de France ?
J. D. –
Nous avons franchi les étapes une à une pour viser la médaille d’or aux Jeux Olympiques de Paris. Nous avons continué à nous structurer et nous avons mis en place un parcours d’excellence. La France s’est progressivement installée sur le podium mondial. Il nous faut continuer dans cette voie sans relâche. Nous avons aussi créé une académie olympique pour préparer 2028 et 2032.

Comment cela se passe-t-il avec les clubs français ?


J. D. – Bien. Grâce à un travail très intelligent avec eux. Le développement du Super Sevens avec le Top 14 est une opportunité pour l’équipe de France. Ce tournoi permet d’avoir plus de joueurs évalués dans la discipline. Les passerelles se multiplient. Déjà, le 7 a révélé des talents qui brillent désormais en XV et des joueurs d’avenir se profilent. Il faut savoir qu’il est plus facile de passer du 7 au XV que l’inverse.
 


Vos souhaits pour la suite ?


J. D. - Encore plus de spectacle, d’accessibilité et de visibilité. Le cœur du réacteur est prêt, il faut maintenant embarquer l’ensemble de l’écosystème, convaincre, générer encore plus d’énergies positives, de la passion, et surtout y croire… L’enjeu majeur est aussi de profiter au maximum des JO de Paris qui vont apporter un formidable coup de projecteur et faire ainsi franchir un nouveau palier à cette discipline, en France et dans le monde.


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