Certaines entreprises naissent d’une idée économique. D’autres d’une conviction. Sokoa appartient clairement à la seconde catégorie. Lorsque l’entreprise est créée au printemps 1971, sous l’impulsion de Patxi Noblia et de vingt-quatre associés, l’objectif dépasse largement la simple aventure industrielle. Il s’agit avant tout de répondre à un enjeu territorial : créer de l’emploi au Pays Basque en mobilisant l’épargne populaire.
Plus de cinquante ans plus tard, cet ADN reste intact. « Sokoa, sous l’égide de notre fondateur Patxi Noblia, est en effet un projet RSE et territorial dès sa création. Une de nos valeurs d’origine, toujours active, est la contribution au développement économique et à la création d’emplois au Pays Basque », rappelle aujourd’hui son dirigeant, Timothée Acheritogaray. Pour lui, cette vocation initiale résume parfaitement l’esprit de l’entreprise : « Cela est une bonne base pour produire la vie ici. »
Installée à Hendaye, l’usine de 27 000 m² fabrique aujourd’hui environ 400 000 sièges professionnels par an, soit près de 1 800 unités expédiées chaque jour vers la France et l’international. L'entreprise compte actuellement 245 employés sur le site hendayais.
Un modèle d’entreprise où les salariés comptent vraiment
Sokoa ne se distingue pas seulement par son volume de production. L’entreprise a également développé, au fil des décennies, un modèle de gouvernance particulièrement original.
Aujourd’hui, tous les salariés sont actionnaires. Avec les anciens collaborateurs, ils détiennent près de la moitié du capital de l’entreprise. « Une de nos valeurs d’origine est la répartition équilibrée des profits et la volonté d’associer, de façon significative, les salariés au capital », explique Timothée Acheritogaray.
Ce choix historique façonne profondément la culture de l’entreprise. « Cette construction sur la durée permet d’avoir près de la moitié du capital entre les mains des salariés actuels et anciens salariés. Il s’agit d’un modèle atypique, pour ne pas dire unique dans le cas d’une société anonyme comme Sokoa. »
Et les effets sont très concrets dans la vie quotidienne de l’entreprise. « Cela apporte indéniablement un sentiment d’appartenance fort et un attachement profond à l’entreprise. Cela est également un élément d’attractivité. »
Design, savoir-faire et innovation pour produire ici
Dans un secteur industriel très concurrentiel, maintenir une production locale suppose de trouver d’autres leviers que la seule bataille des prix.
Chez Sokoa, la stratégie est claire : miser sur l’innovation, le design et le savoir-faire. « Notre ligne directrice est de créer de l’emploi localement. Notre avantage concurrentiel ne pourra donc pas passer que par le prix, même si nous devons rester sur des prix maîtrisés et un très bon rapport qualité-prix que nous reconnaissent nos clients. »
L’entreprise a ainsi fait le choix, depuis plus de trente ans, de placer le design au cœur de sa stratégie industrielle. « Maintenir l’emploi localement signifie développer des produits propres à Sokoa, intégrer le design au cœur de notre stratégie, protéger nos marques et lutter contre les copies et contrefaçons. » Cette exigence passe aussi par une politique constante d’innovation. « Cela signifie avoir une politique ambitieuse de développement et de renouvellement de nos produits, et au final d’innovation. »
Produire beaucoup… sans perdre la dimension humaine
Fabriquer plusieurs centaines de milliers de sièges chaque année pourrait donner l’image d’une production totalement automatisée. Pourtant la réalité est différente. Une grande partie de la valeur ajoutée provient encore du travail minutieux des équipes, notamment dans le métier de tapissier : coupe, couture et garnissage.
Pour Sokoa, l’enjeu consiste donc à conjuguer performance industrielle et qualité de vie au travail. « Nous accordons une importance particulière à l’amélioration des conditions de travail des salariés. Chaque année, une grande partie des investissements sont fléchés en ce sens. »
Dernier exemple en date : l’installation d’une station robotisée de palettisation baptisée Robopal. « Il s’agit de l’investissement industriel le plus important de l’histoire de Sokoa, avec 1,35 million d’euros. Et le premier objectif était l’amélioration des conditions de travail des salariés concernés. » Résultat concret : « Avec Robopal, nous avons supprimé la manipulation de 20 tonnes de marchandises chaque jour. »
Transmettre les savoir-faire aux nouvelles générations
Comme beaucoup d’entreprises industrielles, Sokoa est également confrontée à un défi majeur : transmettre des métiers exigeants et susciter des vocations. Pour y répondre, l’entreprise privilégie la formation interne. « Afin de transmettre les savoir-faire, la formation en interne joue un rôle important. Pour chaque groupe de travail, nous avons des salariés référents que nous appelons formateurs. »
Les nouveaux arrivants sont accompagnés dans la durée. « Nous faisons en sorte d’accompagner les nouveaux salariés en les faisant monter en compétence et en polyvalence. » L’entreprise n’hésite pas non plus à investir massivement dans la formation. « Chaque année, nous engageons un budget de formation conséquent, plus de deux fois supérieur à notre obligation légale. »
Pour préparer l’avenir, Sokoa travaille également avec les établissements du territoire. « Nous avons la chance d’avoir localement des lycées qui forment aux métiers de la mode, de la couture et de la confection, comme le lycée Ramiro Arrue à Saint-Jean-de-Luz avec qui nous sommes en partenariat. »
Une industrie qui assume ses responsabilités
Depuis plusieurs années, Sokoa est régulièrement citée comme une entreprise exemplaire en matière de responsabilité sociétale. Une reconnaissance qui s’inscrit dans une histoire de long terme. « Cette reconnaissance nous touche énormément car elle fait suite au travail de femmes et d’hommes au sein de Sokoa depuis plus de 50 ans. »
L’entreprise a structuré sa stratégie autour des quatre piliers du développement durable : économique, social, environnemental et sociétal. Pour son dirigeant, l’équation est simple. « Une entreprise ne peut plus raisonner sur la seule performance économique. Car sans vivant et sans ressource, par définition, plus aucune performance économique ne sera possible. »
D’où la nécessité d’intégrer ces enjeux dans toutes les décisions. « La responsabilité sociale et environnementale doit être intégrée dans les réflexions quotidiennes mais aussi stratégiques de chaque entreprise. » Cette démarche se traduit notamment par plusieurs certifications internationales, dont les normes ISO 9001, ISO 14001 et l’évaluation maximale « Exemplaire » selon la norme ISO 26000 ainsi que le label européen « Responsibility Europe ».
Produire localement, une conviction devenue stratégique
Autre pilier de la stratégie de Sokoa : privilégier les fournisseurs et partenaires locaux. Un choix qui remonte lui aussi aux origines de l’entreprise. « Il s’agit au départ d’une profonde conviction, en lien avec nos valeurs. »
Même lorsque les prix sont moins compétitifs. « Nous avons toujours pu privilégier les achats en local, même si le différentiel de prix pouvait être défavorable, dans la limite du raisonnable. » Les évolutions économiques récentes semblent confirmer cette vision. « Les mutations économiques et les changements géopolitiques actuels viennent donner raison à cette conviction. » Aujourd’hui, près de 40 % des achats de l’entreprise sont réalisés dans un rayon de 200 kilomètres autour d’Hendaye, et 95 % en Europe de l’Ouest.
Dans un pays où les emplois industriels sont passés de 25 % des emplois en 1975 à environ 10 % aujourd’hui, l’enjeu dépasse largement la seule réussite de quelques entreprises. Pour Timothée Acheritogaray, l’image de l’industrie reste encore trop souvent prisonnière de clichés. « Le mot industrie a une connotation et renvoie à des images totalement archaïques. »
La solution passe par la découverte et la pédagogie. « Il convient de faire visiter nos usines, montrer nos réalisations, faire connaître nos métiers afin de changer ce regard. » Car derrière ce mot se cache une réalité bien plus diverse qu’on ne l’imagine. « L’industrie est un terme très générique. Les métiers dans nos entreprises sont très variés et les possibilités nombreuses. »
Faire entendre la voix de ceux qui produisent
Dans ce contexte, donner la parole aux entreprises de production est essentiel. C’est précisément l’objectif de notre rubrique « Ici, on produit la vie », que le dirigeant de Sokoa salue. « Je trouve l’initiative très louable. Lorsqu’il est question d’économie et d’entreprise, c’est souvent pour des informations négatives. »
Or la réalité est souvent différente. « Comme dit le proverbe : un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse. » Et au Pays Basque, cette forêt industrielle continue bel et bien de pousser. À Hendaye, depuis plus de cinquante ans, Sokoa en est l’une des preuves les plus solides.
Sébastien Soumagnas
ICI, on produit la vie
Chaque mercredi, au minimum, vous retrouverez cette rubrique : un rendez-vous inédit pour défendre les métiers de production. Des témoignages, des reportages, des interviews, des dossiers permettront de porter cette CAUSE majeure, pour la faire avancer.
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Un défi majeur à relever ensemble…
Plus nombreux qu’on ne le pense, ceux qui produisent au Pays Basque montrent la voie. On pense souvent à quelques fleurons industriels, à des grands groupes, mais une multitude de femmes et d’hommes font partie de l’aventure production, avec des structures de toutes tailles. Les petits ruisseaux font les grandes rivières.
Tous méritent d’être encouragés.
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