Sur la côte basque, certains projets naissent d’une évidence. Celui de Mellow Sea s'inspire directement de la mer. La jeune marque, fondée par Damien Colsy et Julie Landart, s’est donnée une mission claire : rendre l’océan accessible au plus grand nombre, toute l’année, quels que soient l’âge, la morphologie ou le parcours de vie.
Une ambition qui résonne pleinement avec l’esprit de la rubrique « Ici, on produit la vie ». Pour Damien Colsy, le lien entre territoire, production et aventure entrepreneuriale ne fait aucun doute : « Au Pays Basque, la vie est profondément liée à l’océan et à la nature. Pour moi, il était assez évident de connecter mon travail à cette réalité. »
Une évidence géographique
L’histoire de Mellow Sea s’enracine dans un vécu intime avec la mer. Après plus de quinze ans dans l’industrie du surf, Damien Colsy a voulu élargir le cercle des pratiquants. « J'ai travaillé pendant plus de 15 ans dans l'industrie du surf et j'ai toujours voulu rendre, transmettre au plus grand nombre de personnes ce que l'océan m'a apporté », explique-t-il. Rapidement, un constat s’impose : « dans ce monde du surf, on ciblait tout le temps les mêmes typologies de personnes… et on oubliait un peu les autres. »
Femmes enceintes, seniors, personnes en surpoids ou présentant un handicap léger : autant de publics souvent laissés au bord de l’eau. Avec Julie Landart, il décide donc de « libérer l'accès à l'océan et ses bienfaits au plus grand nombre ».
L’implantation locale n’a jamais vraiment été une question. « Clairement non. Ici, on se sent vraiment bien. Personnellement, mes journées sont rythmées par l’océan. Entre la mer et la montagne, c’est pour moi le meilleur endroit pour exercer notre activité », confie le fondateur. Au-delà du cadre de vie, le territoire constitue un véritable laboratoire à ciel ouvert. « Aujourd’hui, le bassin de pratiques aquatiques est essentiel pour le développement de nos produits et de la marque. » Dans une région où l’économie bleue prend de plus en plus de place, Mellow Sea s’inscrit dans une dynamique productive ancrée localement.
Une combinaison pensée pour les oubliés du surf
Le déclic entrepreneurial est né d’un frein très concret : la combinaison. « Dans cette mission de rendre l’océan accessible au plus grand nombre, on s’est rendu compte qu’un des freins principaux était de mettre des combinaisons », explique Damien Colsy. Trop difficiles à enfiler, mal adaptées aux morphologies variées, elles découragent de nombreux pratiquants dès que l’eau se refroidit.
La réponse de Mellow Sea : un modèle innovant à double zip, conçu pour s’ouvrir « en portefeuille », et surtout une grille de tailles élargie. Mais au-delà du produit, c’est une philosophie inclusive qui guide la démarche. « Nous sommes partis d’un constat simple : la plupart des marques ciblent surtout des profils très sportifs… Notre objectif, c’est vraiment de proposer des équipements pour tout le monde. »
Dans l’esprit de la jeune entreprise, l’océan n’est pas qu’un terrain de jeu individuel. « Le rapport à l’océan est d’abord très individuel, chacun l’aborde à sa manière. Mais nous sommes convaincus que le bien-être qu’il procure est encore plus fort quand il est partagé. »
Cette vision se traduit par une approche globale de l’expérience utilisateur, avant, pendant et après la session. Ponchos, sacs de plage, housses : toute une gamme d’accessoires vient prolonger l’usage. Mais là encore, la production se veut porteuse de sens.
L’upcycling comme levier local
Faute de savoir-faire industriel disponible en France pour la combinaison en grande série, Mellow Sea a choisi de concentrer ses efforts locaux sur d’autres maillons de la chaîne. « Il faut être sincère : aujourd’hui, nous n’avons pas en France le savoir-faire industriel pour produire des combinaisons en grande série », reconnaît Damien Colsy. Mais l’entreprise refuse pour autant de renoncer à l’ancrage territorial. « Nous avons une vraie volonté de promouvoir l’emploi local, notamment à travers l’upcycling, qui est selon moi la meilleure manière de produire puisqu’on valorise un gisement existant sans transformation lourde. »
Concrètement, la marque récupère des serviettes de plage via clubs de surf, sauveteurs côtiers ou associations, puis les confie à un atelier adapté. « Nous collaborons avec des ateliers locaux, dont certains favorisent l’emploi de personnes en situation de handicap. Pour nous, c’est une façon de boucler la boucle et de rester cohérents avec nos valeurs. » Un programme qui a déjà permis de revaloriser une tonne de textile en un an.
Dans un secteur textile régulièrement critiqué pour son impact environnemental, Mellow Sea revendique une ligne de conduite pragmatique. « Nous savons que produire a un impact sur l’environnement. Notre volonté est donc de le limiter au maximum. »
L’entreprise a engagé une analyse de cycle de vie avec une agence locale afin d’identifier des marges de progrès sur l’ensemble de la chaîne. « Nous avons mis en place des actions concrètes : upcycling, seconde main, recyclage du néoprène, optimisation du transport et des méthodes de fabrication. »
Mais le fondateur insiste sur un point : pas question de verdir artificiellement le discours. « Nous ne sommes pas parfaits. Dès qu’on produit, on a un impact. Le néoprène reste un matériau particulièrement impactant. Donc nous ne faisons pas de greenwashing : notre démarche se veut avant tout transparente. »
L’inclusion comme choix assumé
Autre pilier structurant : le programme handisport, avec personnalisation gratuite des combinaisons pour les utilisateurs concernés. « Notre programme handisport vient d’une volonté sincère d’accompagner les personnes en situation de handicap dans l’océan », affirme Damien Colsy. Un positionnement encore rare dans l’industrie, souvent freinée par des équilibres économiques fragiles. « Beaucoup de marques hésitent parce que le modèle économique est complexe. Nous, c’est un engagement que nous avons choisi d’assumer. »
Si l’environnement entrepreneurial local est jugé favorable, plusieurs obstacles demeurent. « Aujourd’hui, nous sommes plutôt bien accompagnés par la région. Le principal frein reste le savoir-faire, que nous avons en partie perdu à force de sous-traiter à l’étranger. » Autre réalité : le prix. « Beaucoup de consommateurs veulent acheter local et mieux consommer, mais quand le tarif augmente, le passage à l’acte devient plus compliqué. »
Installée à la pépinière Créaluz de Saint-Jean-de-Luz, l’entreprise bénéficie néanmoins d’un écosystème d’appui. « Cela permet de démarrer dans de bonnes conditions et de bénéficier d’un accompagnement sur le financement ou les ressources humaines. »
Dans ce contexte, la prise de parole des entrepreneurs locaux lui paraît essentielle. « Cette rubrique a, selon moi, une vraie vocation d’information pour montrer que ces initiatives existent au Pays Basque. Mais j’espère aussi qu’elle donnera envie à d’autres entrepreneurs de se lancer et de faire émerger de nouvelles idées. » Le dirigeant en est convaincu : le territoire dispose des ressources humaines nécessaires. « Ici, il y a un vrai vivier de personnes compétentes qui veulent s’investir dans des projets porteurs de sens. Si cette rubrique peut mettre ces initiatives en lumière, ce sera déjà très positif. »
Le conseil du fondateur
À ceux qui envisagent de se lancer, Damien Colsy livre une recommandation sans détour : « Le premier conseil, c’est de bien calibrer son idée et d’évaluer au maximum les risques. » Mais sans attendre un alignement parfait des planètes. « Le risque zéro n’existe pas, mais il faut y aller en étant bien entouré… Et surtout, il faut continuer à y croire et s’engager à fond. »
Une philosophie qui résume assez bien l’esprit de Mellow Sea, à savoir produire ici, oui... mais produire avec du sens, du lien… pour un peu plus de vie dans l’océan basque.
Mellow Sea : 23 Av. de Jalday -64500 Saint-Jean-de-Luz
Sébastien Soumagnas
Ici, on produit la vie
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