À Charritte-de-Bas, les déchets ne sont plus tout à fait ce qu’ils étaient. Là où l’on traitait hier des ordures ménagères, on prépare aujourd’hui le terrain d’une transformation en profondeur. Le pôle Mendixka, exploité par le Syndicat Bil Ta Garbi, opère une véritable mue pour devenir un site entièrement dédié aux biodéchets.
« Ce qu’on s’est dit, au départ, c’est que sur le territoire, il n’y avait pas de valorisation locale des biodéchets », explique Bertrand Dunat, Responsable Coordination des Exploitations à Bil Ta Garbi. « La transformation du site, c’était justement la solution technique pour répondre à ce besoin, aussi bien pour les professionnels que pour les particuliers. »
Une évolution loin d’être anodine. Elle marque la fin d’un modèle basé sur le traitement global des ordures ménagères pour entrer dans une logique plus fine, presque chirurgicale : trier, séparer, valoriser. Bref, ne plus jeter au hasard, mais orienter chaque flux vers la bonne filière.
Place au tri gagnant
Depuis octobre dernier, Mendixka a définitivement tourné la page des ordures ménagères valorisées sur site. Désormais, ces dernières prennent la direction de Bayonne, vers le pôle Canopia, laissant à Mendixka le champ libre pour se consacrer entièrement aux biodéchets.
« On a constaté une baisse des ordures ménagères résiduelles », poursuit-il. « Du coup, ces déchets-là sont désormais envoyés en totalité vers Canopia. Et ça nous a permis de libérer le site pour le consacrer entièrement aux biodéchets, avec un traitement spécifique. »
Un recentrage qui s’inscrit dans une tendance de fond : la réduction des déchets non triés et l’obligation, depuis 2024, de séparer les déchets alimentaires à la source. Une contrainte réglementaire devenue opportunité territoriale.
Quand les déchets deviennent une ressource locale
Avec une capacité annoncée de 10 000 tonnes de biodéchets par an, Mendixka s’impose comme un outil territorialement structurant. Mais derrière ce chiffre, la réalité est encore plus fertile. « Les 10 000 tonnes annoncées, c’est uniquement pour les biodéchets », précise-t-il. « En compostage, on fonctionne avec un mélange à parts égales : 50 % de biodéchets et 50 % de déchets verts. Donc, en réalité, on peut valoriser jusqu’à 20 000 tonnes au total. »
Une montée en puissance progressive, pensée pour s’adapter aux usages. D’abord en encourageant le compostage individuel, déjà adopté par plus de la moitié des foyers en habitat individuel sur le territoire d’intervention du Syndicat, puis en développant des solutions de collecte pour les zones urbaines. « Pour ceux qui ne peuvent pas composter, il sera proposé une collecte pour acheminer les biodéchets vers Mendixka », ajoute-t-il. « Et au départ, on s’est appuyés surtout sur des professionnels locaux, avant d’élargir progressivement aux particuliers. »
L’un des grands bouleversements apportés par Mendixka tient dans sa logique de circuit court. Ici, les biodéchets ne prennent plus la route vers des centres éloignés : ils restent sur le territoire, du début à la fin du processus. « Les biodéchets existaient déjà, mais ils n’étaient pas traités localement », rappelle Bertrand Dunat. « Aujourd’hui, on les collecte, on les valorise ici, et on produit un compost qui est réutilisé localement. On est sur une boucle très courte, la plus circulaire possible. »
Une boucle vertueuse qui transforme les restes alimentaires en ressource agricole. Car derrière chaque épluchure se cache un potentiel agronomique. « Ce compost apporte des éléments essentiels comme l’azote, le phosphore et le potassium », souligne-t-il. « Cela permet de limiter l’usage d’intrants chimiques, tout en valorisant une ressource locale. »
Une mécanique bien huilée… et bien contrôlée
Si le principe du compostage est connu, celui mis en œuvre à Mendixka relève d’une véritable ingénierie. Pas question ici de laisser les déchets fermenter à l’air libre. « Le principal avantage, c’est le contrôle », insiste-t-il. « On maîtrise la température de fermentation et surtout l’hygiénisation. On doit garantir une montée en température jusqu’à 70 °C. »
Chaque étape est surveillée, chaque lot tracé. « On contrôle aussi toute la phase de maturation, avec des obligations de traçabilité. On ne peut commercialiser le compost qu’une fois les analyses validées. »
Parmi les nouveautés majeures du site figure l’arrivée d’un biodéconditionneur, véritable pièce maîtresse du dispositif. Une machine capable de séparer les aliments de leurs emballages, sans tout broyer indistinctement. « C’est un équipement vraiment de pointe », explique-t-il. « Par exemple, pour une barquette de viande, la machine va produire d’un côté une sorte de “soupe organique”, et de l’autre un emballage simplement percé qui sera retiré du procédé. »
Un agrément sanitaire qui change la donne
Autre étape clé : l’obtention de l’agrément sanitaire SPAN C3. Derrière cet acronyme se cache une évolution majeure pour le site et son territoire. « Cet agrément permet de traiter des sous-produits animaux de catégorie 3 », détaille-t-il. « Typiquement, une barquette de viande périmée ou avec un défaut d’emballage peut être récupérée et traitée ici. »
Jusqu’à présent, ces déchets devaient être envoyés hors du département. « Aujourd’hui, ils peuvent être valorisés localement. »
Cette transformation ne s’est pas faite sans moyens. Au total, plus de deux millions d’euros ont été mobilisés pour adapter le site. « La partie dédiée aux biodéchets représente environ 1,4 million d’euros, auxquels s’ajoutent 855 000 euros pour les autres aménagements comme notamment les quais de transfert. Pour ce projet de transformation, nous avons été soutenus par la Région Nouvelle Aquitaine et l’Ademe pour près de 600 000 euros », précise-t-il. Un investissement qui traduit une ambition : faire du pôle Mendixka un outil durable, capable de répondre aux enjeux locaux de transition actuelle et future.
Dix ans après sa mise en service, Mendixka entame donc une nouvelle vie. Et si le site n’est pas encore à pleine capacité, la dynamique est enclenchée. « On est dans une phase de montée en puissance », reconnaît-il. « À terme, il y a aussi des réflexions autour de la production d’énergie, par exemple via la méthanisation. »
En parallèle, le site travaille à réduire sa propre empreinte énergétique. « Des panneaux photovoltaïques vont être installés, et l’objectif, d’ici fin 2026, c’est d’être quasiment autonomes en électricité. »
Au fond, Mendixka ne se contente plus de traiter des déchets. Il les transforme, les valorise, et surtout, il leur redonne une place dans le cycle naturel. « L’idée, c’est vraiment d’aller au bout de la logique », conclut-il. « Valoriser les déchets, produire localement, et réduire les coûts. » Ou comment, à force de trier, composter et transformer, les déchets cessent enfin d’être une fin… pour redevenir un commencement.
Sébastien Soumagnas




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