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1500 COUPS DE POUCELa Cravate Solidaire booste la confiance des demandeurs d'emploi

Depuis dix ans, l'antenne paloise de l'association lutte contre les discriminations à l'embauche en misant sur l’économie circulaire et le coaching humain.
Julien Marque, le responsable de l'association La Cravate Solidaire à Pau.N.B
À Pau, La Cravate Solidaire ne se contente pas d'habiller des corps : elle restaure des dignités et prouve, jour après jour, que la solidarité est le plus beau des costumes.

À l’entrée des nouveaux locaux de la friche Labat, où l’association a posé ses valises en 2024, l’ambiance est à la bienveillance. Ici, on ne fait pas de la mode, on "travaille avec et pour l’humain".

En dix ans, La Cravate Solidaire de Pau a accompagné près de 1 750 bénéficiaires (de jeunes diplômés issus de quartiers prioritaires, des seniors en reconversion ou des personnes en situation de précarité), prouvant que si l’habit ne fait pas le moine, il fait le candidat et constitue une différence majeure face à un recruteur.

La mission première de l’association est d’agir auprès des candidats et des recruteurs pour assurer l’égalité des chances lors de l’entretien pour un recrutement réussit. Le cœur de l’action repose sur les "ateliers coups de pouce".

En seulement 2h15, le bénéficiaire suit un parcours complet pour restaurer une estime de soi souvent malmenée par le chômage.

La Cravate Solidaire de Pau œuvre dans l'ombre des entretiens d'embauche pour offrir aux candidats les plus fragiles les codes vestimentaires et l'assurance nécessaires pour décrocher un contrat.

Le vêtement comme levier d’égalité

Tout commence par le choix d’une tenue adaptée, issue des 2,5 à 3 tonnes de vêtements collectés chaque année par l'association. « Beaucoup de demandeurs d’emploi subissent une perte d’estime et de confiance en eux. La première chose qui en pâtit, c’est souvent l’apparence extérieure. C’est pourtant une des premières choses que le recruteur regarde, et donc, un critère de discrimination très important », contextualise Julien Marque, responsable de l’antenne paloise.

Grâce aux dons d’entreprises et de particuliers, l’association paloise collecte des costumes, des tailleurs, des chemises et des accessoires pour les offrir aux bénéficiaires. « Nous ne sommes pas là pour faire du relooking : la tenue doit être adaptée à la personnalité du candidat, mais aussi au poste qu’il souhaite occuper. Si les gens sont bien dans leur tenue, ils se sentiront plus à l’aise avec le recruteur », précise-t-il.

La mission des salariés et des bénévoles est de trouver le juste milieu : « Un jour, un jeune s’est présenté en costume trois pièces alors qu’il postulait pour un job de canalisateur. Il ne peut pas se présenter habillé comme le patron d'entreprise. On parle souvent dans notre domaine d’un candidat mal habillé, mais l’inverse est aussi vrai ».

Mais ne vous y trompez pas, car il ne s’agit pas d’une simple distribution de vêtements. Le textile n’est que la porte d’entrée d’un processus bien plus profond. Une fois la cravate nouée ou le blazer ajusté, le candidat passe devant un second binôme de bénévoles, souvent issus des ressources humaines ou chefs d'entreprise, pour une simulation d’entretien d’embauche.

« Cet entretien permet de s’entraîner, de gommer les tics de langage et de structurer un discours percutant. On y travaille la posture, le sourire, et cette fameuse "présentation de soi" qui se joue dans les trois premières minutes d'un rendez-vous professionnel. Mais la vraie force de notre association est le débriefing de 45 min pour mettre en avant les points forts, faire émerger des compétences transversales de leur parcours et d’identifier les axes d’améliorations », expose le responsable de l’association paloise.

Enfin, une séance photo attend les bénéficiaires, pour leurs réseaux sociaux ou leur CV. Ces derniers repartent avec une tenue et des adresses de boutiques solidaires pour compléter leur garde-robe.

Ce « petit coup de boost » peut vraiment faire la différence et lutter contre l’autocensure de certains candidats à l’embauche. « Une femme de 50 ans, mère célibataire de deux enfants, qui recherche un emploi. Elle peut se dévaloriser, elle a pourtant des compétences transversales très recherchées par les recruteurs : gestion administrative, d’équipe, de budget, de projets », assure-t-il.

Le résultat est sans appel : 60 % des bénéficiaires connaissent une sortie positive, qu'il s'agisse d'un emploi à courte durée, d'une formation ou d'un stage.

Un écosystème de solidarité et d'économie circulaire 

En une décennie, l’association a su tisser des liens étroits avec les acteurs de l’insertion (France Travail, Missions Locales) et le tissu économique local.

Soutenue par quatre salariés et une communauté de 100 à 130 bénévoles, l’association est également un acteur majeur de l’économie circulaire à Pau. 

Chaque année, La Cravate Solidaire collecte entre 2.5 et 3 tonnes de vêtements. Seuls 30 % des dons sont conservés pour les entretiens, le reste est redistribué à des partenaires locaux ou revalorisés s'il est en mauvais état. 

En 2025, 40 bénévoles y ont consacré 200 heures. Le tri des dons représente donc une tâche titanesque pour l’équipe. « Aujourd’hui, on récupère encore des draps, de pyjamas, des joggings.... Ces vêtements sont en bon état, mais pas pertinent pour notre action, nous les redistribuons donc à nos associations partenaires. Les vêtements en mauvais état sont quant à eux transformés et revalorisés sur notre territoire ».

Lutter contre les discriminations

Au-delà de l'accompagnement individuel, La Cravate Solidaire agit comme un pont entre les candidats — dont 90 % ont un niveau inférieur ou égal au bac — et les entreprises locales.

Depuis 2022, l'association a franchi une nouvelle étape en sensibilisant plus de 1 000 personnes via des ateliers collectifs. « L’idée est de comprendre les mécanismes des discriminations pour faire évoluer nos pratiques et réaliser un recrutement réellement inclusif », explique Julien Marque.

À travers ces ateliers, le but de La Cravate Solidaire est de dédiaboliser ce rendez-vous professionnel, mais aussi le recruteur. « Ce n’est pas un ogre diabolique qui veut vous nuire. Il doit répondre aux demandes de sa direction et gérer les ressources humaines et souvent avec des enjeux de rapidité. Dans nos ateliers collectifs, nous mettons recruteurs et candidats face à face pour les aider à changer de regard sur la personne en face d’eux ».

Par ailleurs, depuis quelques mois, l’association paloise a une nouvelle corde à son arc : elle propose aux entreprises du territoire un nouvel atelier pour sensibiliser les collaborateurs, réfléchir autour des discriminations, de ses conséquences sur les individus et l’entreprise.

« L’idée est de comprendre les mécanismes des discriminations pour faire évoluer nos pratiques et réaliser un recrutement réellement inclusif. On compte sur ce nouvel outil pour financer nos autres actions et lutter contre la discrimination avec encore plus d’efficacité », présente le responsable de l’association.

Dans un contexte économique où la précarité gagne du terrain, la solidarité ne doit pas être un vain mot. L'association prouve que le don d'un simple vêtement, couplé à quelques heures de bienveillance humaine, suffit parfois à briser le plafond de verre des discriminations.

Noémie Besnard

COUPS DE POUCE

Pour assurer la pérennité de ses missions d'insertion, La Cravate Solidaire a mis en place un modèle économique hybride qui repose sur la complémentarité des ressources.

L’association sollicite aussi bien le mécénat de compétences que les dons financiers et matériels, tout en s'appuyant sur des dispositifs fiscaux comme la taxe d'apprentissage.

En étant éligible à collecter 30 % de cet impôt obligatoire via la plateforme Soltea, la structure offre aux acteurs économiques la possibilité de transformer une contrainte fiscale en un investissement social concret et local.

Cette approche permet à Julien Marque de présenter l'association non seulement comme une initiative solidaire pour les bénéficiaires, mais aussi comme un véritable outil stratégique au service des professionnels du territoire.

L'engagement des partenaires se traduit par des actions de terrain qui renforcent la cohésion interne des entreprises. Au-delà du soutien financier, les collaborateurs se mobilisent lors de collectes de vêtements ou de sessions de tri organisées dans leurs propres locaux.

Ces initiatives permettent de sensibiliser les équipes aux discriminations liées à l'apparence tout en alimentant le stock de dons, également ouvert aux apports des particuliers.

En facilitant ainsi le don de proximité et en le couplant à des mécanismes de financement institutionnels, La Cravate Solidaire parvient à créer un écosystème vertueux où chaque contribution, qu'elle soit matérielle ou financière, participe directement à la lutte contre l'exclusion.

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