Les violences faites aux femmes restent malheureusement une réalité brutale et persistante, souvent passées sous silence et rarement dénoncées. En France, les chiffres publiés à l’automne 2025 rappellent avec gravité l’ampleur du phénomène, entre féminicides, tentatives de meurtre conjugal et harcèlement menant parfois au suicide. Derrière ces statistiques glaçantes, ce sont des vies fracassées, des corps meurtris et des esprits en état de survie permanente. À Dax, ce constat a conduit à une évidence, à savoir qu'il manquait un lieu capable d’accueillir les femmes victimes de violences de manière globale, coordonnée et profondément respectueuse de leurs parcours.
Une maison pour panser, penser et se relever
Ainsi, c’est de cette absence qu’est née la Maison des Lendemains, inaugurée le 27 octobre avenue Clémenceau, sous l’impulsion du Centre hospitalier Dax-Côte d’Argent. Ce lieu se veut un espace refuge, pensé pour permettre aux femmes de souffler, de parler et d’être prises en charge sans jugement ni précipitation. Ici, chaque histoire est considérée dans sa singularité, chaque pas vers la reconstruction est encouragé.
Placée sous la coordination du docteur Maïté Garnier et du docteur Bertrand Lhez, chef du service de médecine légale, la Maison des Lendemains s’appuie sur une équipe pluridisciplinaire soudée par une même conviction : la violence ne doit plus être une impasse. Médecins, infirmières, sage-femme, psychologue, psychiatre, assistante sociale, conseillère conjugale et personnel administratif travaillent ensemble pour offrir une prise en charge complète, dans un cadre sécurisé et confidentiel.
À la Maison des Lendemains, la reconstruction passe par une approche globale de la santé. Les soins médicaux y côtoient le soutien psychologique et l’accompagnement social, afin de répondre à l’ensemble des besoins des femmes accueillies. La violence laisse des traces visibles et invisibles, et c’est en les prenant toutes en compte que le chemin vers l’apaisement devient possible.
L’accompagnement peut également inclure un soutien juridique, grâce aux permanences assurées par le Centre d’information sur les droits des femmes et des familles et l’Association départementale d’aide aux victimes et de médiation. Pour certaines, il s’agira simplement de comprendre leurs droits et pour d’autres, d’être accompagnées dans un dépôt de plainte, à leur rythme, sans pression. Ici, la justice n’est pas imposée, elle est proposée comme une possibilité parmi d’autres pour reprendre la main sur sa vie.
Redonner de l’autonomie, réinventer l’après
Au-delà de l’urgence et des soins immédiats, la Maison des Lendemains s’inscrit dans une temporalité plus longue. Aider les femmes à se reconstruire, c’est aussi les accompagner vers l’autonomie. Soutien dans les démarches administratives, accès au logement, reprise d’une activité, ateliers collectifs ou formations participent à cette dynamique de réinsertion. Le lieu devient alors un tremplin, un espace où l’on ne survit plus, mais où l’on recommence à se projeter.
Dans ce cocon pensé pour apaiser, le mot « lendemain » reprend tout son sens. Il ne s’agit plus d’un futur incertain ou redouté, mais d’un horizon à réinventer, pas à pas.
Pour accompagner son lancement, la Maison des Lendemains a choisi de s’entourer de deux figures engagées. Stéphanie Barneix, athlète de haut niveau originaire des Landes, aventurière et survivante de plusieurs cancers, a accepté d’en être la marraine. Son parcours de résilience et de dépassement de soi résonne fortement avec les valeurs portées par la structure. Elle a exprimé sa fierté d’être associée à ce lieu qu’elle a « pu visiter et rencontrer les professionnels de santé, passionnés par l’envie d’aider les personnes victimes de violences. Bravo à toute l’équipe et particulièrement au Dr Bertrand Lhez, médecin légiste, pour son engagement sans faille dans ce combat. »
À ses côtés, Bruno Solo, acteur et réalisateur reconnu pour ses engagements solidaires, a également apporté son soutien en devenant parrain de la Maison des Lendemains. Sa visite des locaux, début janvier, a renforcé la visibilité du projet et souligné l’importance d’un engagement collectif pour faire reculer les violences.
Briser les silences, former et sensibiliser
La Maison des Lendemains se veut aussi un acteur de prévention et de sensibilisation. Des actions d’information sont organisées pour mieux faire connaître les mécanismes des violences, tandis que des formations sont proposées aux professionnels afin d’améliorer la prise en charge des victimes. Car lutter contre les violences, c’est aussi agir en amont, déconstruire les schémas et renforcer les réseaux de vigilance.
En ouvrant la Maison des Lendemains, Dax se dote d’un outil essentiel dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Un lieu où la parole n’est plus un danger, où la peur peut enfin se poser, où les blessures trouvent une écoute et un accompagnement adaptés. Ici, la violence ne définit plus les femmes, elle devient une épreuve traversée, un passé que l’on regarde en face pour mieux le dépasser.
Dans cette maison, chaque femme est invitée à reprendre possession de son histoire. Et à redonner, enfin, un sens plein et entier à ce mot trop souvent occulté : demain.
Sébastien Soumagnas






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