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1500 COUPS DE POUCEBIHAR : l’euskara ouvre grand le débat sur les langues du monde

Jusqu'au 26 septembre, Bilbao, Irun et Hendaye accueillent Bihar, un congrès international consacré aux communautés linguistiques minorisées et à la revitalisation des langues.
Selon Bihar, une langue n’existe jamais en dehors de la société qui la parleBihar DR
Et si l’avenir des langues se jouait aussi dans leur capacité à raconter autrement le monde ? C’est l’ambition de Bihar, vaste projet international porté depuis deux ans par quatre organisations basques, qui connaîtra son point d’orgue fin septembre.
Samedi, Hendaye prendra le relais avec une programmation culturelle avant la clôture
Bihar DR

« Bihar », en basque, signifie demain. Un nom qui résume assez bien l’ambition du projet lancé par Garabide, le Cluster de sociolinguistique, Taupa Euskaltzaleen Mugimendua et le collectif Plazara. Après deux années de préparation, ces quatre acteurs engagés dans la revitalisation de l’euskara veulent ouvrir un nouveau chapitre dans la manière de parler des langues minorisées.

En effet, les discours traditionnels qui ont longtemps accompagné les politiques de revitalisation semblent perdre de leur efficacité. Pour Bihar, il ne s’agit donc pas seulement de défendre les langues menacées, mais de comprendre comment leurs communautés construisent aujourd’hui de nouveaux récits pour les faire vivre.

Le projet s’est d’abord tourné vers le monde. En 2025, les discours d’environ 70 communautés linguistiques réparties sur les cinq continents ont été étudiés, à partir d’entretiens approfondis, de groupes de discussion et de documents produits par les organisations concernées. Aymara, bubi, quechua, kurde, māori, santali, mapuche, hawaïen, catalan ou encore frison figurent parmi les langues prises en compte.

L’approche se veut volontairement large. Genre, origine, âge, classe sociale ou lieu de vie ont été intégrés à la réflexion. Car une langue n’existe jamais en dehors de la société qui la parle.

L’euskara ne parle pas tout seul

L’idée est de sortir la langue de son seul cadre linguistique
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C’est justement cette idée qui a guidé la deuxième étape de Bihar, menée au printemps 2026 au Pays basque. Les enseignements du diagnostic international ont été confrontés à ceux de nombreux acteurs locaux au cours d’une vingtaine de sessions organisées dans dix localités.

Plus de 150 personnes ont participé à cette phase de socialisation et de réflexion. Aux côtés des militants de l’euskara, des représentants du féminisme, de l’écologie, des mouvements migratoires, de la jeunesse, de l’antiracisme ou encore de la coopération ont été invités à prendre part aux échanges. Des personnes ne parlant pas basque ont également participé, la question linguistique concernant toute la société.

L’idée est de sortir la langue de son seul cadre linguistique. « Il est essentiel de comprendre que la langue ne doit pas être pensée uniquement depuis la langue elle-même, mais aussi à partir des autres défis de la vie », soulignent les organisateurs.

Cette démarche met en lumière des préoccupations communes entre communautés linguistiques minorisées et mouvements sociaux : égalité, environnement, migrations, inclusion ou transmission. L’enjeu est désormais de transformer ces croisements en termes capables de mobiliser autrement.

Du diagnostic au passage à l’action

Bihar veut ainsi éviter le simple colloque entre spécialistes. Le congrès qui arrive à la fin du mois constitue l’aboutissement d’un processus, mais aussi son point de départ. Les analyses et témoignages recueillis au cours des deux premières phases serviront de matière aux débats.

Pendant quatre jours, experts, activistes, artistes et représentants de communautés linguistiques du monde entier se retrouveront entre Bilbao, Irun et Hendaye. Conférences, tables rondes et ateliers participatifs permettront de confronter les expériences, tandis que la création artistique et la culture apporteront d’autres façons de raconter les langues et les sociétés.

Le rendez-vous a débuté le 23 septembre au palais Euskalduna de Bilbao, avant de rejoindre Ficoba, à Irun, les 24 et 25 septembre pour le cœur des travaux. Hendaye prendra ensuite le relais avec une programmation culturelle avant la clôture, le 26 septembre, consacrée notamment à la présentation d’une déclaration participative.

Quatre jours pour faire entendre le monde

Après deux années de préparation, le projet entre dans sa phase publique
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Au fond, Bihar pose une question simple : comment faire vivre une langue lorsque les récits qui l’accompagnaient ne suffisent plus ? La réponse pourrait se trouver dans la capacité à regarder au-delà de ses propres frontières.

Le Pays basque dispose, sur ce terrain, d’une expérience particulière. Mais l’ambition du projet est justement de ne pas placer l’euskara au centre d’un dialogue à sens unique. Il s’agit plutôt de créer des relations avec d’autres communautés et de regarder ce que chacune peut apprendre des autres.

Le congrès devrait se conclure par une déclaration collective et la création d’un nouveau réseau global. Bihar entend ainsi être à la fois « un point d’inflexion et un point de départ », pour reprendre les termes de ses organisateurs.

Un projet où les langues ne sont donc plus seulement des patrimoines à préserver, mais des portes d’entrée pour comprendre les transformations du monde. Et où, entre Bilbao, Irun et Hendaye, le Pays basque entend bien ouvrir la conversation.

COUP DE POUCE

Après deux années de préparation, le projet porté par Garabide, le Cluster de sociolinguistique, Taupa Euskaltzaleen Mugimendua et Plazara entre dans sa phase publique. Conférences, tables rondes, ateliers et propositions culturelles permettront de croiser les expériences et de réfléchir à l’avenir des langues, en lien avec les grands enjeux sociaux contemporains.

Bihar mérite vraiment un coup de pouce de notre part. Comment ? N'hésitez pas à parler autour de vous de la démarche, et partagez cet article sur vos réseaux sociaux afin de mettre en avant le congrès. Ouvert au grand public, le congrès constituera aussi une occasion de découvrir d’autres façons de faire vivre une langue et de mesurer ce que les différentes communautés peuvent apprendre les unes des autres. Le programme complet et les modalités d’inscription sont à retrouver sur le site dédié à Bihar. Une belle occasion de faire résonner, au Pays basque, les voix d’un monde qui cherche les mots de demain.

Sébastien Soumagnas

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