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La souveraineté industrielle prend son envol pour Safran à Tarnos

Avec son projet Fusion, Safran Helicopter Engines investit près de 40 millions d’euros dans les Landes avec la construction d’un bâtiment de 13 000 m².
La pose de la première pierre a eu lieu le 3 novembre dernier sur le site de TarnosS. Zambon Dept 40 DR
Le groupe compte renforcer ses capacités de fabrication de pièces pour moteurs neufs, consolider les compétences locales et préserver une production stratégique sur le territoire national.
Cédric Goubet, président de Safran Helicopter Engines
S. Zambon Dept 40 DR

Soixante et un ans après l’implantation de Turbomeca à Tarnos, l’histoire industrielle du site continue de s’écrire. Ainsi, le 3 novembre 2026, Safran Helicopter Engines a posé la première pierre de Fusion, un projet de modernisation qui représente près de 40 millions d’euros d’investissement avec l'ambition de donner davantage de capacité à la fabrication de pièces destinées aux moteurs neufs d’hélicoptères, dans un marché qui connaît une forte progression.

Le futur bâtiment s'étendra sur 13 000 m² et accueillera le Centre de Compétences Industrielles Ensembles Statiques (CCI ES). Les 36 millions d’euros consacrés à sa construction s’accompagnent de 4 millions d’euros supplémentaires pour de nouvelles machines. Le chantier, confié à GSE Nouvelle-Aquitaine, doit normalement aboutir début 2028.

« Ce futur bâtiment de 13 000 m² sera au cœur de la production de pièces pour nos moteurs neufs et réparés, témoignant de la force de notre ancrage industriel en France », souligne Cédric Goubet, président de Safran Helicopter Engines. Fusion ne se résume donc pas à quelques mètres carrés supplémentaires dans le paysage industriel du Seignanx. Il s’agit de réorganiser en profondeur les moyens de production, de regrouper des activités aujourd’hui installées dans des bâtiments plus anciens et d’adapter l’outil de travail aux exigences de fabrication actuelles.

Quelque 150 moyens de production seront transférés dans les nouveaux locaux, qui doivent accueillir environ 370 personnes.

Des pièces discrètes, mais stratégiques

Xavier Fortinon, président du Conseil départemental, échange avec Cédric Goubet
S. Zambon Dept 40 DR

Comprenez qu'à Tarnos, il ne sera pas question d'assembler des hélicoptères, mais bien de fabriquer certains de leurs composants les plus techniques. Le projet concerne des pièces métalliques statiques entrant dans la composition des moteurs, parmi lesquelles les pales de prérotation, les redresseurs, les diffuseurs ou encore les roues de turbines.

Il s'agit donc d'éléments qui ne se voient pas forcément, mais dont la précision conditionne le fonctionnement des moteurs. Leur fabrication mobilise des savoir-faire pointus en usinage, rectification et contrôle. Tourneurs-fraiseurs, rectifieurs, contrôleurs dimensionnels et tridimensionnels, spécialistes des contrôles non destructifs, préparateurs ou pilotes d’industrialisation, autant de métiers qui vont ainsi travailler dans un même ensemble industriel, aux côtés des équipes chargées des achats et des approvisionnements.

Cette centralisation des compétences doit permettre de rationaliser les processus, de gagner en efficacité et d'améliorer les conditions de travail. Elle accompagne par là même une évolution des métiers, dans une industrie où la maîtrise technique et la précision sont au cœur de la valeur ajoutée. Le nom Fusion fait d'ailleurs écho à l'histoire métallurgique du groupe, dont les racines industrielles sont profondément ancrées dans le territoire.

Produire ici pour un marché mondial

La maîtrise de productions stratégiques constitue un levier de souveraineté
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Cet investissement intervient alors que Safran Helicopter Engines doit accompagner la progression de la demande en moteurs neufs et réparés. Le marché de l'hélicoptère, qu'il soit civil ou militaire, porte cette dynamique et impose au motoriste de disposer de capacités industrielles à la hauteur des besoins de ses clients.

Mais l'enjeu ne se cantonne pas à la seule augmentation des volumes. En effet, dans un contexte géopolitique marqué par les tensions sur les échanges et les approvisionnements, conserver en France la maîtrise de productions stratégiques constitue un levier de souveraineté. Il s'agit de ne pas dépendre entièrement de capacités situées à l'étranger, pour mieux maîtriser les délais et préserver les compétences nécessaires à la fabrication.

C'est justement dans ce sens que l'investissement est défendu par Cédric Goubet. « Maintenir et renforcer nos capacités de production sur le territoire national, c’est garantir notre autonomie et une performance maîtrisée au service de tous nos clients, civils comme militaires », explique le président. Une ambition industrielle qui répond aussi à la volonté affirmée de renforcer les relations avec les partenaires locaux, de former de jeunes talents et de contribuer à la vitalité de l'écosystème régional.

« Nous sommes fiers de contribuer ainsi à la vitalité de l’écosystème industriel de la Région Nouvelle-Aquitaine en offrant de nouveaux emplois, en formant de jeunes talents et en collaborant avec de nombreux partenaires locaux », ajoute-t-il.

Du recrutement et des compétences à transmettre

Xavier Fortinon qualifie Safran à une horlogerie plus qu'à une industrie lourde
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Du côté de l'emploi, une trentaine de recrutements supplémentaires ont été annoncés. Mais le projet Fusion ne se résume pas uniquement au nombre de postes créés. En effet, le transfert de 150 moyens de production et l'accueil de quelque 370 collaborateurs dans le nouveau bâtiment vont aussi transformer le quotidien des équipes déjà sur les lieux. La modernisation des installations doit notamment améliorer les conditions de travail et accompagner l'évolution des compétences.

Le site de Tarnos compte près de 1 700 emplois, ce qui en fait le premier employeur industriel du territoire. Un chiffres qui souligne le poids indiscutable de Safran dans l'économie locale.

Le Département accompagne financièrement le projet par une avance remboursable de 500 000 euros, sans intérêt, sur sept ans, avec trois années de différé. La Communauté de communes du Seignanx fait également partie des partenaires de cette opération.

Pour Xavier Fortinon, président du Conseil départemental, l'industrie constitue un point de départ essentiel de la création de richesse dans les Landes. « Dans ce département, deuxième le plus industrialisé de Nouvelle-Aquitaine après la Haute-Vienne, nous considérons que le point de départ de toute création de richesse, c'est l'industrie », a-t-il rappelé lors de la cérémonie. Il a également insisté sur la nécessité de maintenir les emplois industriels : « Nous nous sommes toujours battus pour maintenir les emplois industriels. »

L'élu a par ailleurs décrit une activité qui relève d' « une industrie qui ressemble à une horlogerie plus qu'à une industrie lourde ». Une formule qui résume bien la technicité des métiers mobilisés sur le site.

Dans la continuité de CAP 2020

Fusion s'inscrit donc dans une transformation engagée depuis plusieurs années. En février 2020, Safran Helicopter Engines avait inauguré CAP 2020, un programme de 50 millions d'euros lancé en 2015. Trois bâtiments totalisant 33 000 m² avaient alors été construits pour accueillir notamment des activités de réparation de pièces, de maintenance des moteurs et des fonctions support.

Le nouveau projet marque ainsi une étape supplémentaire. En effet, après avoir modernisé ses capacités de maintenance et de réparation, le groupe renforce désormais la fabrication de composants destinés aux moteurs neufs. Au total, près de 100 millions d'euros auront été investis à Tarnos sur dix ans dans la rénovation des installations, selon Safran.

Pour Cyril Gayssot, conseiller départemental, cette opération rappelle que l'industrie ne se réduit pas aux investissements et aux technologies. « Ce sont d’abord des femmes et des hommes. Des ouvrières, des ouvriers, des techniciens, des ingénieurs. Des savoir-faire d’une précision extraordinaire, qui se transmettent et se renouvellent. »

À l'heure où la souveraineté industrielle revient au premier plan des préoccupations économiques et politiques, le site landais rappelle que l'indépendance se construit aussi dans les ateliers, au plus près des machines et des femmes et des hommes qui les font tourner. Comme le résume Cyril Gayssot : « L'industrie n'est pas un passé à regretter. C'est un avenir à construire. Et cet avenir se construit ici, dans les Landes. »

Sébastien Soumagnas

S. Zambon Dept 40 DR

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