Porté par le Groupement d'Intérêt Public (GIP) Chemparc, l'ancien fleuron de la pétrochimie se positionne désormais comme le hub incontournable des énergies de demain et de la souveraineté européenne.
La semaine dernière, il a réunit ses 67 adhérents lors de son assemblée générale annuelle afin de dresser le bilan de sa stratégie de revitalisation.
Le constat est sans appel : en se concentrant depuis cinq ans sur la chimie biosourcée, la transition énergétique, les carburants bas carbone, le recyclage et les aimants permanents, la structure a transformé ce territoire en un pôle d'excellence de dimension internationale.
Cette attractivité grandissante est d'ailleurs saluée par les instances nationales : en juin dernier, le CNER a officiellement reconnu Chemparc comme agence d’attractivité et de développement. Une labellisation qui booste sa visibilité internationale et valide sa formule de prédilection : l'installation « clé en main ».
Comme le souligne Audrey Le-Bars, présidente et directrice générale du GIP Chemparc « les porteurs de projets nous le disent, notre solution d'intégration clé en main pour les entreprises industrielles qui souhaitent s'implanter sur le territoire est un levier très important pour eux. Oui, nous avons du foncier, mais pas que : nous les mettons aussi en relation avec les collectivités et les services administratifs, on parle logistique... C’est très facilitateur pour eux ».
L'aimant, nouveau moteur de la souveraineté européenne
Au cœur de cette métamorphose se trouve l'émergence d'une véritable filière dédiée aux aimants permanents, des composants indispensables aux technologies bas carbone. Lacq est ainsi devenu un avant-poste pour l'Europe, une véritable « Magnet Vallée ».
Cette dynamique s'illustre d'abord par la construction de l'usine Carester, première pierre de cet édifice technologique. Elle est aujourd'hui rejointe par l’entreprise britannique Less Common Metals (LCM), qui réalise un investissement d’envergure pour bâtir une unité de production de métaux et d’alliages de terres rares.
Pour parachever ce hub interconnecté, le groupe USA Rare Earth vient de jeter l'ancre sur le bassin en annonçant la création d'une nouvelle unité de production de métaux. Ce projet s'accompagne d'un partenariat stratégique avec Carester pour développer des compétences de fabrication d'aimants, avec un objectif de mise en service fixé à 2029.
Ce sont ces trois projets majeurs qui font de Lacq une pièce maîtresse de l'indépendance industrielle du continent.
Du carburant vert pour briser la dépendance énergétique
Parallèlement aux métaux stratégiques, Chemparc structure une filière robuste de carburants bas carbone afin de réduire notre dépendance aux hydrocarbures importés. Dans un contexte mondial instable où la sécurité des approvisionnements est cruciale, le bassin mise sur la collaboration d'acteurs de premier plan.
Cette dynamique s'appuie sur l'ancrage de Vertex Bioénergie du Sud-Ouest, mais aussi sur le projet Nacre, une infrastructure d'envergure dont le chantier devrait débuter entre la fin de l'année 2026 et le début de l'année 2027.
En parallèle, le groupe Elyse Energy déploie son programme E-Cho, affirmant le rôle du bassin comme bouclier énergétique.
Le tissu local se densifie ainsi avec l'arrivée de la jeune start-up innovante Biomim’gel, issue d'Hélioparc et de l’IPREM, qui va prochainement s'installer au sein de la cinquième extension de la plateforme Chemstart’up afin de bénéficier de modules de recherche et développement adaptés à sa croissance.
Audrey Le-Bars rappelle le sens de cette démarche : « Nous avons beaucoup de demandes dans le domaine de la chimie. Cette cinquième extension vise à répondre aux besoins de porteurs de projet. L’objectif est d’accueillir de jeunes start-ups de la chimie sous forme de modules de recherche et de développement, ce qui est à l’origine de la création de cette structure ».
Sur le plan du recyclage, le géant Paprec va s'implanter dès le mois d'octobre prochain sur l’ancienne friche Méac pour y créer une unité de pointe spécialisée dans la chimie et le recyclage de matériaux.
L'électricité : le nerf de la guerre bas carbone
Cependant, cette colossale ambition verte se heurte à une réalité physique : l'accès à l'énergie. Des projets majeurs, comme le programme BioTJet d’Elyse Energy – dont l'enquête publique est impatiemment attendue pour la fin de l'année –, affichent des besoins électriques massifs.
D'ici 5 à 10 ans, le Bassin de Lacq aura besoin de 800 mégawatts supplémentaires, soit l’équivalent de la production d’une petite centrale nucléaire.
Pour relever ce défi, Chemparc s'est associé à Enedis et RTE pour accélérer le programme « Lacq iz Bacarbone » (ZIBaC), le site faisant partie des rares zones industrielles bas carbone labellisées en France. « Ces partenariats avec Enedis et RTE sont essentiels pour garantir une transition énergétique réussie. Ils reflètent notre engagement à soutenir le développement durable tout en répondant aux besoins de nos industries », constate Audrey Le-Bars.
L'enjeu est de taille : concevoir l'épine dorsale de demain, faite de réseaux électriques renforcés, de réseaux de chaleur et de carboducs pour capter le CO2.
Néanmoins, le calendrier reste un sujet de friction majeur, comme l'explique sans détour la directrice générale du GIP : « Dans le Sud-Ouest, nous sommes en difficultés sur ce sujet. Dans les Landes, Verso Energy voit son projet retardé de quatre ans car il n’y a pas les bons raccordements électriques au bon niveau, au bon endroit et au bon calendrier. L’implantation des porteurs de projet dépend aussi de notre capacité électrique. L’objectif est d’avoir un poste source adapté à nos besoins, mais on nous annonce une solution pour 2034, alors que nos besoins sont entre 2028 et 2032. Habituellement, RTE opère les raccordements uniquement quand les porteurs de projets sont installés. Notre but, c’est d’anticiper leur arrivée, pour être plus agiles. »
Audrey Le-Bars insiste également sur l'urgence locale : « La ligne entre Os-Marsillon et Lacq est déjà actuellement sous-dimensionné, la construction d’un poste source sur Lacq apporterait une solution concrète ».
Malgré ces défis logistiques complexes, le Bassin de Lacq n'a jamais été aussi attractif. La directrice se félicite d'ailleurs de la notoriété acquise par le territoire : « Nous avons toujours de nouveaux prospects qui nous contacts, mais aujourd’hui, nous sommes davantage identifiés au niveau national et international. Les porteurs de projets connaissent notre stratégie et notre feuille de route. Nous avons en ce moment trois gros prospects qui réfléchissent à leur implantation dans le Bassin de Lacq, mais il y a aussi des start-ups qui sont intéressées. »
En réussissant le pari d'allier réindustrialisation lourde, souveraineté européenne et transition écologique radicale, Lacq prouve que l'industrie de demain ne se fera pas contre l'environnement, mais grâce à lui. La course contre la montre est lancée, et le territoire a déjà une longueur d'avance.
Noémie Besnard



Chemparc

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