S’il fallait une seule citation pour résumer le combat de Philippe, ce serait sans doute celle-ci : « La bonne nourriture, ça se partage ! ».
Originaire de Toulouse et âgé de 62 ans, ce praticien hospitalier, spécialisé en endoscopie thérapeutique et en cancérologie, exerce au sein du service d’hépato-gastro-entérologie du Centre Hospitalier de Pau, où il a développé au fil de sa carrière une véritable passion pour le microbiote intestinal.
Le constat de ce médecin chevronné est clair : les milliards de bactéries qui colonisent nos entrailles jouent un rôle capital dans le renforcement de nos défenses immunitaires, la régulation de notre nutrition et interagissent même directement avec notre cerveau.
À l'inverse, l'appauvrissement de cette diversité microbienne (causé par la sédentarité, les polluants et la malbouffe) crée un terrain propice aux maladies chroniques modernes : cancers, affections inflammatoires, diabète, obésité ou troubles neurologiques.
Depuis 25 ans, en parallèle de son activité professionnelle, il anime des conférences dédiées au grand public un peu partout en Béarn, pour que chacun puisse réinventer le contenu de son assiette. Il y démontre également avec bienveillance que protéger le vivant commence toujours par prendre soin de soi. Rencontre…
Pouvez-vous nous expliquer en termes simples ce qu’est le microbiote et pourquoi il est si précieux ?
Philippe Berthélemy.- Dans les années 1990-2000, la science a décodé le génome humain. Dans la foulée, nous avons réussi à cartographier le génome de nos bactéries intestinales. Et la surprise a été totale !
Le microbiote de notre intestin est une merveille de diversité. C'est lui qui éduque notre système immunitaire, nous protège des toxiques (pesticides, poisons, résidus médicamenteux) et fabrique des molécules essentielles pour notre cerveau, qui vont permettre la régulation de l’inflammation et de l’immunité de notre corps.
Un microbiote dégradé, c'est une porte ouverte aux maladies chroniques : obésité, diabète, affections inflammatoires et cancers.
Concrètement, comment peut-on en prendre soin au quotidien ?
P. B.- L’être humain est un véritable écosystème à lui tout seul. La vraie question à se poser est : qu’ont envie de manger nos bactéries ? La réponse est simple. Exit les émulsifiants, les colorants et tous ces additifs chimiques qui détruisent notre flore ! Pour être en bonne santé, il faut privilégier les aliments bruts et locaux, et encourager la relocalisation de notre alimentation grâce au maraîchage.
C’est ce que j’aime appeler le « régime crétois béarnisé » : revenir à une alimentation traditionnelle inspirée du bon sens de nos aînés. Des fruits et légumes de saison, des huiles végétales, des légumineuses, des protéines de qualité et des produits laitiers fermentés… Beaucoup de gens disent ne plus savoir quoi manger. En réalité, bien manger n'est pas complexe, mais cela exige de faire évoluer ses habitudes.
Vous faites souvent le lien entre la santé de notre intestin et celle de la planète. En quoi sont-elles liées ?
P. B.- C’est le concept de santé globale : la santé des hommes, celle des animaux et celle de la Terre sont indissociables. Protéger notre microbiote implique nécessairement de préserver la vie des sols et de soutenir l'agroécologie.
Aujourd'hui, selon plusieurs associations de référence, l'impact de la malbouffe et des produits ultra-transformés coûte plus de 19 milliards d'euros par an à la France. Face à ce défi sanitaire et écologique, il est urgent de descendre sur le terrain pour sensibiliser le public.
C’est la raison pour laquelle vous multipliez les conférences depuis 25 ans ?
P. B.- Exactement. Durant mes études, j'ai développé une vraie passion pour la transmission et la recherche. Au fil des rencontres, on m’a invité à venir partager ce savoir. J'adore ces moments : cela me permet de rencontrer des personnes formidables qui se battent pour le « bien manger » et ça me donne l’occasion de les soutenir.
Pendant ce temps d’échange, j'essaie de créer une ambiance chaleureuse et accessible, sans jargon, souvent en utilisant l'humour. Il m'arrive par exemple de comparer notre corps à une ZAD (Zone à Défendre) ! Mon but est de faire le lien avec ce que les gens vivent au quotidien et rendre accessibles les données scientifiques.
Je permets aux participants de franchir la première étape, pour qu’ils puissent ensuite changer leur manière de consommer et être acteurs de leur santé. Ma prochaine conférence aura lieu à Izeste, le 12 septembre, à l’occasion de l’été Ossalois et j’interviendrai sur la thématique « Les polluants sont éternels, mais il y a des solutions… ». Je serai également ambassadeur Nouvelle-Aquitaine lors de la Fête de la Science en octobre prochain, qui aura pour thématique « Saveurs savantes ».
Selon vous, les politiques publiques en matière de santé ne sont pas à la hauteur…
P. B.- Clairement non. Dans les années 2000 est apparu le Programme national nutrition-santé (PNNS), pour tenter d’éviter un accroissement de l’obésité et de ses conséquences, en particulier chez les enfants. Malheureusement, les mesures n'ont pas été à la hauteur de la menace. Dans ma pratique hospitalière, j'en vois les conséquences tous les jours : une explosion de l'obésité et des pathologies qui touchent des patients de plus en plus jeunes.
C'est ce constat qui m'a poussé à m'intéresser à l'éducation au goût et la cuisine. La vraie médecine, c'est la prévention. Malheureusement, là encore, les réponses apportées restent bien en deçà de l’ampleur de la crise. D’une manière plus globale, les pouvoirs publics sont conscients des risques, mais ils ne prennent pas le problème à la racine et sont soumis à des groupes de pressions. Que reste-t-il du principe de précaution ?
L’alimentation, c’est aussi une question de lien social selon vous…
P. B.- Absolument ! La bonne cuisine se partage. Avec l’association Slow Food Béarn, j’ai contribué au lancement du projet « Les Chemins du Goût », à Billère. J’y anime bénévolement des ateliers interactifs pour réapprendre à cuisiner des produits frais et locaux. On rassemble des participants de tous horizons et la magie opère immédiatement ! Mon conseil, c'est de redonner de la valeur aux choses simples et de cuisiner ensemble. Rien que la « corvée » d’épluchage de patates ou de haricots en famille devient un moment de convivialité !
Vous exercez en Béarn depuis près de trois décennies. Que représente ce territoire dans votre engagement ?
P. B.- Venir en Béarn a été une chance immense, et je n’en suis jamais parti ! Ce territoire bénéficie d'une diversité extraordinaire, qui a la chance d’être encore un peu préservée. Ce territoire a tout pour devenir un formidable laboratoire d'expérimentation sociale et écologique.
Propos recueillis par Noémie Besnard
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N.B

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