Abonnez-vous
Publié le

ICI, ON PRODUIT LA VIEPurenat : « Les emplois de production ont un avenir »

À Bayonne, Purenat développe une technologie capable de détruire les polluants de l’air plutôt que de simplement les piéger. Natacha Kinadjian Caplat, sa fondatrice, veut produire au Pays Basque une technologie capable de répondre à un enjeu mondial, tout en créant ici des compétences et des emplois
L''équipe de Purenat à pied d'oeuvre pour préserver la santé et le bien-être des populationsPurenat DR
Cette entreprise s’inscrit pleinement dans le mouvement inédit que PresseLib’ Pays Basque initie : « ICI, on produit la vie », pour mettre en avant chaque mercredi les femmes et les hommes qui produisent ICI et qui produisent ainsi de la vie ICI

Il y a d’abord une question très simple : que fait-on de la pollution une fois qu’on l’a captée ? La plupart des systèmes de traitement de l’air industriel la piègent dans des filtres qu’il faut ensuite remplacer, entretenir et traiter comme des déchets pollués. Purenat a choisi de prendre le problème à l’envers : plutôt que de stocker les polluants, les détruire.

C’est sur cette idée que Natacha Kinadjian Caplat a fondé l’entreprise en 2020. Docteure en physico-chimie des matériaux, elle travaille depuis plus de quinze ans sur la qualité de l’air. Sa technologie repose sur un textile actif capable de dégrader les composés organiques volatils, mais aussi certains polluants biologiques, en les transformant en molécules de base.

Mais derrière cette innovation de rupture, c’est aussi une histoire de production locale qui se dessine. « Chez Purenat, notre mission est de transformer durablement la manière dont les industriels traitent leur air afin de préserver la santé et le bien-être des populations par une dépollution responsable de nos environnements. »

Produire ici une réponse à un problème mondial

L'atelier de Purenat installé à la Technocité de Bayonne.
Purenat DR

La pollution de l’air constitue, pour la fondatrice, un enjeu de santé publique majeur. L’entreprise travaille donc sur une technologie industrielle qui doit trouver sa place dans des environnements très concrets : agroalimentaire, élevage, traitement des déchets, industrie chimique ou encore transports.

Mais Purenat ne veut pas seulement vendre une innovation. Elle cherche à construire une activité industrielle depuis le Pays Basque. « Produire la vie, ici au Pays Basque, c’est contribuer concrètement à préserver des biens essentiels : l’air que nous respirons et nos écosystèmes. »

Après une incubation à Arkinova, l’entreprise est aujourd’hui installée à la Technocité de Bayonne. Elle compte une dizaine de collaborateurs, avec une proportion de femmes de 50 %, et accueille également des alternants et des stagiaires.

Cette implantation n’a rien d’anecdotique pour Natacha Kinadjian Caplat. Elle considère au contraire que la proximité entre recherche, industrie et territoire constitue une force. « Née sur le territoire, Purenat a fait le choix de s’y développer durablement. »

Le pari consiste à faire grandir une entreprise qui produit localement tout en s’adressant à un marché qui, lui, dépasse largement les frontières basques. « Notre ambition est de faire rayonner depuis le Pays Basque une innovation industrielle capable d’apporter des réponses concrètes à un défi mondial de santé publique. »

Détruire plutôt que déplacer

Natacha Kinadjian Caplat, fondatrice de Purenat

La différence technologique se situe dans le fonctionnement même du matériau. Purenat développe un fil actif transformé ensuite en textile non-tissé. Inspiré de la structure tridimensionnelle des diatomées, ces micro-algues marines, il permet d’optimiser les échanges entre l’air et la matière active.

Le principe utilisé est celui de la photocatalyse. Sous l’effet de la lumière, les polluants organiques sont transformés en dioxyde de carbone et en eau. Là où un filtre traditionnel finit par se charger, le matériau Purenat se régénère.

La nuance est importante. Il ne s’agit plus simplement de déplacer la pollution d’un endroit à un autre, mais de chercher à la dégrader directement. « L’approche développée par Purenat repose sur un principe différent : plutôt que de capter les polluants pour les stocker, nous cherchons à les détruire en les transformant en molécules de base. »

Cette approche vise aussi à réduire les déchets, les opérations de maintenance et les consommations énergétiques liées aux systèmes de filtration. Des installations pilotes sont actuellement déployées afin de vérifier les performances de la technologie dans différentes conditions industrielles.

Car entre le laboratoire et l’usine, il existe une étape que Natacha Kinadjian Caplat juge indispensable : confronter l’innovation au réel. « Cette étape est essentielle pour garantir l’efficacité des équipements, éviter le surdimensionnement comme le sous-dimensionnement et sécuriser les investissements des industriels. »

Une industrie locale, mais pas à tout prix

Cassette dépolluante à intégrer dans un système de ventilation ou de traitement d'air
Purenat DR

La volonté de produire en France pourrait facilement se transformer en discours incantatoire. La fondatrice de Purenat préfère une approche plus pragmatique.

Elle précise ainsi que l’entreprise ne cherche pas à recréer artificiellement toute une filière textile au Pays Basque. Son textile technique est actuellement fabriqué avec des partenaires industriels du bassin lillois. En revanche, une étape clé de la production, qui constitue le cœur du secret de fabrication, reste réalisée localement. « Cette organisation reflète notre vision de l’industrie : s’appuyer sur les meilleurs savoir-faire là où ils existent, tout en maintenant localement les activités à forte valeur ajoutée. »

Cette phrase résume assez bien sa conception de la relocalisation. Produire ici ne signifie pas nécessairement tout fabriquer ici. Cela suppose surtout de conserver les compétences stratégiques, de développer des emplois qualifiés et de savoir s’appuyer sur les savoir-faire disponibles ailleurs en France. « Pour nous, l’enjeu n’est pas tant de relocaliser à tout prix l’ensemble d’une chaîne de valeur que de construire une industrie durable, compétitive et ancrée dans son territoire, capable de rayonner bien au-delà de ses frontières. »

Et c’est là que la rubrique « ICI, on produit la vie » prend tout son sens pour elle.

Donner envie de produire

Purenat fonctionne aujourd'hui avec 9 employés

Car si les emplois industriels doivent retrouver une place, encore faut-il parvenir à donner envie de les exercer et permettre aux entreprises de franchir les différentes étapes de leur développement.

Pour Natacha Kinadjian Caplat, l’industrie actuelle souffre encore d’une image qui ne correspond plus à la réalité des métiers. « Les emplois de production ont un avenir, à condition de ne pas les envisager comme ceux d'hier. »

L’industrie qu’elle imagine est plus technologique, plus automatisée, mais aussi plus exigeante en compétences. Elle a besoin de chercheurs, d’ingénieurs, de techniciens, de spécialistes de la maintenance ou des procédés industriels.

Et pour faire émerger ces compétences, il faut aussi accompagner les entreprises suffisamment longtemps. « Concevoir un nouveau procédé ou un nouveau matériau demande souvent plusieurs années de recherche, des investissements importants et l'accès à des équipements coûteux, bien avant de pouvoir générer des revenus. »

C’est l’un des paradoxes de la deeptech industrielle : il faut investir lourdement avant même de pouvoir démontrer commercialement la valeur de son innovation.

La fondatrice plaide donc pour des financements mieux adaptés à ces temporalités, mais aussi pour des infrastructures permettant aux jeunes entreprises de passer progressivement du laboratoire à la production. « Enfin, l'accès à des infrastructures partagées est également déterminant. »

L’idée est de disposer de lieux et d’équipements adaptés aux différentes phases de croissance, afin d’éviter qu’une jeune entreprise soit contrainte d’investir trop tôt dans ses propres infrastructures.

« Construire une industrie durable »

Un technicien pose un filtre Purenat dans un système de ventilation
Purenat DR

Purenat est aujourd’hui une petite entreprise. Mais c’est précisément à cette échelle que Natacha Kinadjian Caplat veut faire la démonstration qu’une autre industrie est possible.

Une industrie qui ne sépare pas systématiquement performance économique et impact environnemental. Une industrie qui peut partir d’une innovation scientifique, trouver des applications concrètes dans les usines et créer, chemin faisant, des emplois qualifiés sur un territoire.

« Chez Purenat, nous sommes convaincus que la performance industrielle, l’innovation, et l’engagement territorial ne s’opposent pas : ils se renforcent mutuellement. » Le Pays Basque offre, selon elle, un terrain favorable à cette aventure, grâce à son écosystème entrepreneurial, ses entreprises industrielles et ses réseaux d’accompagnement.

Reste maintenant à transformer l’innovation en véritable activité industrielle, puis à changer d’échelle sans perdre l’ancrage local qui a accompagné Purenat depuis ses débuts. Un défi à l’image de celui posé par la qualité de l’air : invisible parfois, mais déterminant. Car produire de la vie, pour Natacha Kinadjian Caplat, c’est aussi créer les moyens de mieux respirer, de travailler ici et de faire grandir ici les solutions dont le monde aura besoin demain.

Sébastien Soumagnas

En chiffres

  • 2020 : année de création

  • N.C : chiffre d'affaires

  • 9 : nombre de salariés (ETP)

ICI, on produit la vie

Chaque mercredi, au minimum, vous retrouverez cette rubrique : un rendez-vous inédit pour défendre les métiers de production. Des témoignages, des reportages, des interviews, des dossiers permettront de porter cette CAUSE majeure, pour la faire avancer.

Pour découvrir, les articles déjà publiés dans cette rubrique, cliquez ici

Au sommaire d'Ici, on produit la vie

  • Un rendez-vous hebdomadaire inédit pour défendre les métiers de production

  • Artzainak à Mauléon : les bergers d’une production indépendante

  • La Ferme Elizaldia : au cœur de Gamarthe, l’agro-pépite se bâtit de génération en génération

  • Créer une nouvelle dynamique autour de la fierté « industrielle »

  • Boulangerie du Moulin à Mauléon

  • Lynxter façonne l'avenir en 3D

  • L’IzarFamily invente une dimension humaine pour les télécoms et le numérique

  • Erro, quand la maroquinerie fait vivre un atelier, un village, un pays

  • Alki : des racines et des ailes

  • Itsalga, quand la mer nourrit la terre

  • Tannerie Carriat : le cuir solide et la créativité éclatante

  • SEI, le numérique made in Pays basque

  • Resak : le design naît du recyclé

  • Arsène, l’espadrille retrouve ses pas à Mauléon

  • Du garage à la pasta factory : la success story d’Irina

  • La maison Pascal Massonde cultive le goût de ses terres

  • Egiazki, la jeunesse basque qui entreprend ici

  • Antoine Maury et Zanzibar, à contre-courant des délocalisations

  • Port de Bayonne : quand l’industrie navigue vers le futur

  • BiPiA, quand l’artisanat nourrit l’économie basque

  • Comment le CETIA fait entrer le textile en économie circulaire

  • BioclimaKit, quand le compost fait repousser l'idée de produire localement

  • Kollect Tech transforme les toilettes en filière d’avenir

  • Le Béret Français : du fil au produit fini, du geste à l’avenir

  • Synelis et Olivier Neys au cœur des réseaux essentiels

  • Montrer, transmettre, fabriquer et... donner du sens

  • Epta fabrique à Hendaye des vitrines réfrigérées pour le monde entier

  • Quand l’océan inspire un projet industriel porteur de sens

  • Sokoa, l’industrie basque qui mise sur l’humain et le territoire

  • Uzitek, quand la mécanique de précision fait tourner les fabrications locales

  • Ainciart Bergara, gardiens d’un savoir-faire unique et vivant

  • Maison Laffargue : le cuir dans la peau, la transmission dans les mains

  • Bastidarra : quand produire local devient un acte engagé

  • Goicoechea : de la terre au territoire, une fabrique de vie

  • La laine reprend du poil de la bête avec Traille

  • Le piment d’Espelette, une filière qui cultive bien plus que du goût

  • Sarah vous ouvre ses Secrets naturels

  • La Fondation Artzainak pour favoriser des dynamiques locales

  • Du “délire de copains” à 20 emplois : l’aventure Katxi Klothing

  • Lur Berri, la force du collectif pour cultiver l’avenir

  • Somocap dans de nouveaux défis industriels et humains

  • La Cave d’Irouléguy maillon fort du terroir

  • Forge Adour fait de la production un art de vivre

  • Sophia Genetics développe la médecine des données à Bidart

  • Couleur Chanvre : le pari d’un textile français, naturel et patient

Les clefs de l'éco

  • Chiffre d’affaires ou bénéfice ?

  • La dette ou les dettes

  • L’investissement c’est quoi ? Et à quoi ça sert ?

  • Le besoin de financement d’une entreprise

  • Et si on parlait des patrons ?

  • Et si on parlait de recherche et développement ?

  • Mais pourquoi a-t-on besoin d'actionnaires en France ?

  • Michelin perd 1500 emplois, et les autres...

Un défi majeur à relever ensemble…



Plus nombreux qu’on ne le pense, ceux qui produisent au Pays Basque montrent la voie. On pense souvent à quelques fleurons industriels, à des grands groupes, mais une multitude de femmes et d’hommes font partie de l’aventure production, avec des structures de toutes tailles. Les petits ruisseaux font les grandes rivières.



Tous méritent d’être encouragés.

A travers cette rubrique « ICI, on produit la vie », PresseLib’ veut animer une communauté, en favorisant des solidarités, en encourageant la partage d’expériences, en incitant aux transmissions, en faisant bouger les lignes, en faisant émerger des solutions nouvelles… Bref, en créant une dynamique inédite.

Participez !


Ce nouveau rendez-vous est celui d’une communauté, engagée pour défendre et valoriser les emplois de production. 

Rejoignez le mouvement !



Vous êtes un acteur de la production locale ? Faîtes-vous connaître en envoyant un message à redaction@presselib.com

Commentaires


Réagissez à cet article

Vous devez être connecté(e) pour poster un commentaire

À lire aussi