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ICI, ON PRODUIT LA VIECouleur Chanvre : le pari d’un textile français, naturel et patient

De la Lorraine industrielle de son enfance aux ateliers de Couleur Chanvre à Saint-Jean-de-Luz, Thierry Bonhomme a traversé plusieurs vies professionnelles. Aujourd’hui, il défend une conviction : la France ne retrouvera sa souveraineté qu’en renouant avec la production, les savoir-faire et la transmission.
L'équipe de Couleur Chanvre dans l'atelier de Saint Jean de Luz
Coouleur Chanvre DR
Cette entreprise s’inscrit pleinement dans le mouvement inédit que PresseLib’ Pays Basque initie : « ICI, on produit la vie », pour mettre en avant chaque mercredi les femmes et les hommes qui produisent ICI et qui produisent ainsi de la vie ICI

Il a grandi en Lorraine, au milieu des fleurons de l’industrie manufacturière française. Le bois, le textile, le métal, le cristal, les produits agricoles : tout un monde de production qui associait, à ses yeux, « l’art, la science et l’industrie ». Puis les usines ont progressivement disparu. Une désindustrialisation qu’il a vécue comme « un crève-cœur ».

Son parcours l’a pourtant éloigné de l’industrie. Expert-comptable, juriste, diplômé d’une école de commerce, il devient directeur financier de la Compagnie Française du Cristal-Daum. Il se tourne ensuite vers les nouvelles technologies, crée des CD-Rom et des sites internet, produit près d’une centaine d’émissions pour La Cinquième et Canal+, puis lance une entreprise d’antivirus informatiques.

Mais le fil n’était pas rompu. Pourtant, Thierry Bonhomme n’a jamais renoncé à son rêve : celui de contribuer, à son échelle, à redonner vie à des savoir-faire uniques. Couleur Chanvre lui donnera cette possibilité. Le voilà devenu « drapier ». « Le textile est un métier d’exception, exigeant une maîtrise parfaite et une main d’œuvre hautement qualifiée. C’est un univers de passion et de précision. »

Produire pour rester maître de son destin

Thierry Bonhomme
Snezana Gerbault DR

Cette histoire personnelle explique sans doute pourquoi Thierry Bonhomme accorde autant d’importance à la production. Pour lui, la rubrique « ICI, on produit la vie » touche à un enjeu beaucoup plus large que la seule valorisation des métiers.

« Déjà, c'est important de valoriser les métiers de production tout court », affirme-t-il. Car sa conviction est nette : « la production est essentielle. Aujourd'hui, les pays les plus puissants sont les pays qui produisent. » Il se souvient d’une époque où la France avait choisi de délocaliser une partie de ses activités industrielles, au nom d’un modèle fondé davantage sur les services. Quarante ans plus tard, son jugement est sans détour : « Mais c'est une connerie monstrueuse, excusez-moi l'expression. »

Ce que l’on perd en fermant une usine ne se résume pas à un bâtiment et à des emplois. C’est aussi une mémoire technique qui disparaît. « À partir du moment où on a la matière première qui est de qualité, naturelle, pour moi c'est l'éthique d'avenir, c'est pas l'éthique du passé », explique-t-il avant d’insister sur la nécessité de préserver les outils de transformation. « Et c'est ça la souveraineté en fait, parce qu'il n'y a rien d'autre. »

La boutique et l'atelier de Couleur Chanvre dans la zone de Jalday
Couleur Chanvre DR

Le textile en constitue une illustration. Couleur Chanvre réalise presque toutes ses étapes de fabrication en France, mais doit faire filer ses fils en Europe, faute de filature française adaptée. Une petite partie de la confection est également réalisée au Portugal après la fermeture, en 2020, de son confectionneur historique dans le Nord.

Pour Thierry Bonhomme, cette situation démontre l’urgence de reconstruire les outils disparus. Car lorsqu’un savoir-faire s’éteint, il est parfois extrêmement difficile de le retrouver. Il cite notamment l’exemple d’une filature rachetée en Hongrie par un ami qui a dû retrouver d’anciens salariés retraités pour faire fonctionner l’outil.

Quand le temps remplace la chimie

Couleur Chanvre DR

À Saint-Jean-de-Luz, Couleur Chanvre tente donc de faire autrement. L’entreprise travaille le chanvre, le lin et le coton biologique et réalise sur place la teinture et l’ennoblissement. Son procédé, développé durant plusieurs années, bannit notamment les perturbateurs endocriniens, produits chimiques toxiques, allergisants et irritants.

Pour son président, cette démarche découle d’une logique simple : « À partir du moment où on travaille des fibres naturelles qui sont nobles, qui sont magnifiques, on ne va pas les mettre dans des mains toxiques, comme c'est malheureusement le cas. »

Il défend une production en petites quantités, où la durée du procédé devient un élément essentiel. « Souvent, c'est le temps qui remplace pas mal de produits chimiques. » Et il assume les limites de ce modèle : « Alors, nous, on prend le temps. C'est vrai qu'on a une petite production. On ne peut faire que 80 kilos par jour, ce qui n'est quand même pas rien. » Mais cette petite capacité permet, selon lui, de démontrer qu’« il y a une alternative possible ».

Une couleur par jour, plusieurs heures de cycle : le modèle est à l’opposé de la logique du très grand volume. Il oblige aussi à regarder autrement la question du prix.

Thierry Bonhomme reconnaît que le sujet est difficile, notamment dans un contexte de pouvoir d’achat contraint. Mais il veut que le consommateur comprenne ce qu’il achète réellement. « C'est toute une organisation sociale, ce sont des savoir-faire qu'il ne faut pas perdre. »

Et au-delà du textile, il voit également un enjeu de santé : « le jour où on n'aura plus du tout de savoir faire textile, on va être vraiment à la merci des producteurs qui ne sont pas forcément gouvernés par l'éthique. » Pour lui, les produits doivent aussi s’inscrire dans la durée : « c'est des produits qui durent, qui ont du sens et puis c'est préserver des savoir-faire et un tissu industriel. »

Des métiers d’avenir

Le lin pour la table
Couleur Chanvre DR

Reste une autre bataille, peut-être plus urgente encore : transmettre.

Dans le textile, Thierry Bonhomme constate une moyenne d’âge élevée. Lui-même va avoir 68 ans. Si les professionnels expérimentés partent sans transmettre leurs compétences, estime-t-il, « c'est une perte sèche ». « Donc c'est vraiment important de former des hautes compétences et des métiers de savoir-faire. »

Il constate également que les jeunes ont parfois une représentation très éloignée de la réalité industrielle. Mais lorsqu’ils découvrent concrètement un atelier, leur regard change. « Ils rentrent et ils voient le travail. Vous voyez les yeux qui s'ouvrent comme ça et qui brillent parce que tout être normalement sensible, aime ça. »

Son message est donc plutôt à contre-courant : « D'abord parce que je suis convaincu que c'est des métiers d'avenir. » Il y a, derrière cette conviction, une satisfaction très concrète : celle de voir ce que son travail produit. « C'est-à-dire que quand vous travaillez dans un atelier comme le nôtre, vous avez une satisfaction qui est unique. »

Reconnecter le champ et l’atelier

L'atelier où sont produits les différents articles de Couleur Chanvre
Couleur Chanvre DR

Le chanvre et le lin permettent enfin à Thierry Bonhomme de relier deux mondes : l’agriculture et l’industrie. La France dispose de ces fibres naturelles, mais doit encore reconstruire une partie des outils permettant de les transformer.

Administrateur de « Lin et Chanvre bio », il a reçu en 2024 le grade de chevalier de l’Ordre du Mérite agricole. Une distinction qui l’a touché, notamment parce qu’elle renvoie à ceux qui produisent la matière première. « Je suis admiratif du travail des agriculteurs, et notamment ceux qui produisent les fibres que je transforme, véritables artisans du vivant. Leur exigence et leur passion me rappellent les maîtres verriers que j’ai connus au début de ma carrière. »

Pourquoi ne pas imaginer demain davantage d’outils de transformation dans le Sud-Ouest ? « On pourrait l'imaginer, mais là ça demanderait quand même de gros investissements, que ça puisse être fait dans plein d'autres régions, y compris ici, en Nouvelle-Aquitaine, au Pays Basque. »

Il rappelle qu’une tradition du lin existait autrefois localement et estime que des unités de teillage ou de défibrage pourraient permettre de recréer une chaîne plus territorialisée. « Là on peut imaginer que ça serait génial parce que vous auriez à la fois la partie agricole et de façon très très locale la partie transformation. Et ça c'est le rêve pour moi. »

Depuis vingt-quatre ans au Pays Basque, Thierry Bonhomme considère justement que le territoire possède de nombreux atouts pour produire : « c'est un territoire qui a plein d'atouts » avec des habitants « extrêmement compétents », « bosseurs », « sérieux » et « joyeux ».

Et il résume son ambition avec une formule qui dépasse largement le textile : « Aider les gens à mieux dormir et rendre le monde plus doux. »

Sébastien Soumagnas

En chiffres

  • 2012 : année de création

  • Autour d'un million : chiffre d'affaires

  • 8 : nombre de salariés

La sortie de la teinture
Couleur Chanvre DR

ICI, on produit la vie

Chaque mercredi, au minimum, vous retrouverez cette rubrique : un rendez-vous inédit pour défendre les métiers de production. Des témoignages, des reportages, des interviews, des dossiers permettront de porter cette CAUSE majeure, pour la faire avancer.

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Au sommaire d'Ici, on produit la vie

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  • Artzainak à Mauléon : les bergers d’une production indépendante

  • La Ferme Elizaldia : au cœur de Gamarthe, l’agro-pépite se bâtit de génération en génération

  • Créer une nouvelle dynamique autour de la fierté « industrielle »

  • Boulangerie du Moulin à Mauléon

  • Lynxter façonne l'avenir en 3D

  • L’IzarFamily invente une dimension humaine pour les télécoms et le numérique

  • Erro, quand la maroquinerie fait vivre un atelier, un village, un pays

  • Alki : des racines et des ailes

  • Itsalga, quand la mer nourrit la terre

  • Tannerie Carriat : le cuir solide et la créativité éclatante

  • SEI, le numérique made in Pays basque

  • Resak : le design naît du recyclé

  • Arsène, l’espadrille retrouve ses pas à Mauléon

  • Du garage à la pasta factory : la success story d’Irina

  • La maison Pascal Massonde cultive le goût de ses terres

  • Egiazki, la jeunesse basque qui entreprend ici

  • Antoine Maury et Zanzibar, à contre-courant des délocalisations

  • Port de Bayonne : quand l’industrie navigue vers le futur

  • BiPiA, quand l’artisanat nourrit l’économie basque

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  • BioclimaKit, quand le compost fait repousser l'idée de produire localement

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  • Quand l’océan inspire un projet industriel porteur de sens

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  • La laine reprend du poil de la bête avec Traille

  • Le piment d’Espelette, une filière qui cultive bien plus que du goût

  • Sarah vous ouvre ses Secrets naturels

  • La Fondation Artzainak pour favoriser des dynamiques locales

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  • Somocap dans de nouveaux défis industriels et humains

  • La Cave d’Irouléguy maillon fort du terroir

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  • Sophia Genetics développe la médecine des données à Bidart

Les clefs de l'éco

  • Chiffre d’affaires ou bénéfice ?

  • La dette ou les dettes

  • L’investissement c’est quoi ? Et à quoi ça sert ?

  • Le besoin de financement d’une entreprise

  • Et si on parlait des patrons ?

  • Et si on parlait de recherche et développement ?

  • Mais pourquoi a-t-on besoin d'actionnaires en France ?

  • Michelin perd 1500 emplois, et les autres...

Un défi majeur à relever ensemble…



Plus nombreux qu’on ne le pense, ceux qui produisent au Pays Basque montrent la voie. On pense souvent à quelques fleurons industriels, à des grands groupes, mais une multitude de femmes et d’hommes font partie de l’aventure production, avec des structures de toutes tailles. Les petits ruisseaux font les grandes rivières.



Tous méritent d’être encouragés.

A travers cette rubrique « ICI, on produit la vie », PresseLib’ veut animer une communauté, en favorisant des solidarités, en encourageant la partage d’expériences, en incitant aux transmissions, en faisant bouger les lignes, en faisant émerger des solutions nouvelles… Bref, en créant une dynamique inédite.

Participez !


Ce nouveau rendez-vous est celui d’une communauté, engagée pour défendre et valoriser les emplois de production. 

Rejoignez le mouvement !



Vous êtes un acteur de la production locale ? Faîtes-vous connaître en envoyant un message à redaction@presselib.com

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