À Saint-Sébastien, le cinéma fait partie du décor. En effet, chaque mois de septembre, Donostia devient le théâtre d’un rendez-vous international qui attire professionnels, cinéphiles, habitants et bien évidemment, visiteurs. Pour sa 74e édition, le Zinemaldia revient donc du 18 au 26 septembre avec l'ambition encore intacte de faire de la ville l’un des grands écrans du cinéma mondial.
Créé en 1953, le Festival international du film de Saint-Sébastien figure parmi les quatre festivals de catégorie A reconnus par la Fédération internationale des associations de producteurs de films, aux côtés de Cannes, Berlin et Venise. Mais le festival basque cultive une différence ! Ici, le public conserve une place centrale. En 2024, il représentait 71,5 % des entrées vendues, signe d’un rendez-vous qui est loin d'être réservé aux professionnels.
Le tapis rouge, mais sans barrière
C’est peut-être l’un des secrets de son succès. Pour assister aux projections, pas besoin d’accréditation professionnelle : les séances sont accessibles au public sur présentation du billet. Une séance classique coûte 8,75 euros, tandis que les tarifs des galas s’échelonnent de 80 à 95 euros et que les séances destinées aux enfants commencent à 2 euros.
Autrement dit, le festival ne se regarde pas seulement à travers les images diffusées sur les réseaux sociaux. On peut entrer dans les salles, découvrir des films en compétition, assister à certaines présentations et, avec un peu de chance, croiser les personnalités venues les défendre. Le cinéma sort ainsi de son cadre institutionnel pour se mêler à la vie de la capitale du Gipuzkoa.
Le cœur de cette grande fête cinématographique bat au Kursaal, les deux imposants cubes de verre dessinés par l’architecte Rafael Moneo face à la plage de la Zurriola. Mais l’effervescence gagne toute la ville, jusqu’aux rues de la Parte Vieja et à ses comptoirs à pintxos. À Saint-Sébastien, entre deux projections, le changement de décor peut se faire en un clin d’œil.
La récompense suprême du festival porte elle aussi le nom de la ville : la Concha de Oro, attribuée au meilleur long-métrage de la Section officielle. Autour d’elle, plusieurs compétitions et sections permettent de découvrir des cinématographies très différentes, de New Directors à Perlak, en passant par Zabaltegi-Tabakalera ou Culinary Zinema.
Le festival accueillera également des personnalités de premier plan. Naomi Watts recevra ainsi le Prix Donostia le 19 septembre au Kursaal, avant la projection de The Housewife, premier long-métrage du réalisateur canadien Ben Shirinian. L’actrice et productrice, révélée notamment par Mulholland Drive de David Lynch et nommée à deux reprises aux Oscars, retrouvera une ville où elle était déjà venue en 2009.
Autre grand nom distingué cette année : Werner Herzog recevra lui aussi le Prix Donostia. Fatih Akin ouvrira le festival avec Ghost Song, tandis que Michaël R. Roskam en assurera la clôture avec Le Faux Soir.
Le cinéma basque monte en première ligne
Mais derrière les stars internationales, le Zinemaldia constitue aussi une vitrine majeure pour la création locale. L’édition 2026 présentera pas moins de 31 productions issues de la production basque, parmi lesquelles 26 longs métrages, un moyen métrage, un court métrage, deux séries et un projet en post-production.
La section Zinemira, consacrée spécifiquement au cinéma basque, présentera treize longs métrages, dont dix en première mondiale. Certaines de ces œuvres concourront pour le Prix Irizar du cinéma basque, doté de 20 000 euros pour les producteurs du film lauréat.
Cette présence donne au festival une dimension particulière, à savoir celle d'un événement qui met aussi en lumière ce qui se crée de l’autre côté de ses propres montagnes. Euskadi trouve ainsi dans le Zinemaldia une formidable fenêtre ouverte sur le monde.
Cette 74e édition aura par ailleurs une saveur particulière. Elle sera la dernière dirigée par José Luis Rebordinos, qui quittera ses fonctions après quinze années à la tête du festival. À partir de janvier 2027, Maialen Beloki lui succédera et deviendra la première femme à diriger le Zinemaldia.
Une page se tourne donc, alors qu’une autre génération se prépare à écrire la suite de l’histoire. L’affiche 2026, consacrée à Ricardo Darín et aux différents métiers du cinéma, rappelle d’ailleurs que derrière les acteurs et les réalisateurs se trouve aussi toute une chaîne de savoir-faire.
Neuf jours pour faire son cinéma
Ainsi, pendant neuf jours, Saint-Sébastien va donc vivre au rythme des projections, des rencontres et des découvertes. Mais la singularité du Zinemaldia tient précisément à ce mélange entre prestige international et proximité.
Dans cette ville où les stars peuvent passer d’une cérémonie au Kursaal à une table de pintxos, le cinéma ne reste jamais très longtemps sous les projecteurs. Il descend dans la rue, traverse les quartiers, rencontre le public et se mêle à l’identité basque. Une façon de mettre chaque année toute la ville à l’affiche.
Sébastien Soumagnas



Alex Abril DR
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