Retour en arrière. C’est le 3 novembre dernier, à Seignosse, qu’a été découvert le premier foyer de nématodes du pin sur le territoire français. Ces petits vers transparents mesurent moins d’un millimètre et sont capables de tuer un résineux adulte en quelques semaines. Ils sont véhiculés, d’un arbre à l’autre, par un insecte longicorne, le monochamus galloprovincialis.
Aussitôt, branle-bas de combat ! Les autorités considérent alors que Seignosse est le point de départ d’une attaque qui pourrait dévaster l’ensemble du massif forestier landais. Une hypothèse qui commence à être remise en cause, aujourd’hui.
Cette première interprétation a poussé les autorités à sortir la grosse batterie de mesures pour tenter de tuer dans l’œuf toute propagation dans les Landes. Jugez plutôt : coupe rase de tous les résineux (y compris dans les jardins) dans un premier rayon de 500 mètres ; coupe de tous les arbres dépérissants et contraintes draconiennes concernant l’exploitation des arbres dans un rayon de 20,5 km autour de ce foyer.
Une approche catastrophique pour la forêt !
Depuis, d’autres foyers du redoutable ver ont été détectés dans le Sud-Est des Landes à Orthevielle (25 août), puis à Angresse. D’autres arbres infestés ont ensuite été repérés en Béarn : à Mourenx et à Artix, ainsi qu’à Lescar et Lons dans l’agglomération paloise. Par contre, il n’y a pas eu d’autres alertes sur le cœur du massif landais. C’est plutôt une bonne nouvelle.
Du coup, des experts s’interrogent sur l’origine de ces quelques foyers d’infection, en Béarn et hors zones véritablement forestières. Des enquêtes sont en cours auprès des entreprises liées au secteur du bois, pour essayer d’en savoir plus. Les nématodes de Seignosse auraient-ils d’abord débarqué en Béarn ?
Parallèlement, un changement de cap radical s’annonce dans la méthode de lutte. De plus en plus de spécialistes critiques ouvertement l’ampleur des mesures déployées autour de Seignosse : disproportionnées, extrêmement coûteuses pour tout le monde, catastrophiques pour la forêt et… inefficaces ?
La coupe rase imposée, en novembre dernier, dans un rayon de 500 mètres autour du foyer d’infection de Seignosse s’avère à la fois dévastatrice et à la fois presque impossible à mettre en œuvre dans un délai raisonnable. Les précautions nécessaires pour détruire les éventuels nématodes sont très lourdes. Au cours de ce chantier de plusieurs mois, le coléoptère (monochamus galloprovincialis) qui transporte les vers, a eu tout son temps pour les déposer plus loin, sur des arbres sains.
Dès le départ, des experts et des professionnels ont préconisé des actions plus ciblées et plus rapides. La Direction régionale de l’agriculture, de l’alimentation et de la forêt (Draaf) de Nouvelle-Aquitaine, chargée de piloter la lutte, semble favorable à cette évolution.
Il est ainsi proposé de ne couper, dans la première zone autour des pins infestés, que les quelques arbres touchés, pour les évacuer immédiatement avant d’organiser dans la foulée un piégeage intensif sur le reste de la zone.
Il est également préconisé de mettre sous haute surveillance une zone nettement plus réduite (avec un rayon de 6 km au lieu de 20,5 km) dans laquelle seuls les arbres en train de dépérir seraient abattus et sortis rapidement. Comme le résume un spécialiste, il vaut mieux agir efficacement sur de petits périmètres que mal travailler sur de grandes étendues.
L’abattage sélectif des arbres et leur enlèvement immédiat sera plus efficace et infiniment moins coûteux que les coupes rases. Cela permettra aussi d’éviter de sacrifier des milliers de pins maritimes non infestés.
Autre proposition importante : mettre en place une importante surveillance aérienne, par drones, sur les zones à risque. En effet, la maladie débutant au niveau de la cime des arbres, elle peut être repérée très tôt et faire gagner un temps précieux pour gagner le combat contre le nématode.
Enfin, un laboratoire vient d’être inauguré à Villenave-d’Ornon. Il est dédié à la lutte contre le nématode par des chercheurs de l’Inrae. L’objectif est aussi de trouver de nouvelles variétés capables de résister à ce ver friand de résineux.
Un audit doit être lancé ce lundi par l’Europe. Souhaitons qu’il débouche sur une lutte beaucoup plus efficace et bien mieux adaptée pour protéger l’immense forêt des Landes.
Il est clair que le plus grand massif forestier d’Europe occidentale, couvrant près d’un million d’hectares, mériterait d’être porté par une vision stratégique au niveau de la France, tellement il est essentiel au niveau économique, industriel, social et écologique.



Gemme la Forêt d’Aquitaine DR

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