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1500 COUPS DE POUCEL’art fait corps pour briser la loi du silence

À la tombée du jour, à Hossegor, une quarantaine de citoyens ont investi l’espace public pour une performance aussi inattendue que bouleversante... contre les violences sexuelles.
Des danseurs et danseuses bénévoles ont fait le show pour dénoncer les violences sexuellesEmilie Eychenne DR
Sans annonce préalable, danse, chant et poésie ont peu à peu dévoilé ce sujet encore tabou. Une création collective où l’émotion devient levier de dialogue.

Au coucher du soleil, mardi 4 août, les abords de La Centrale à Hossegor avaient des airs de soirée ordinaire. Des promeneurs, des familles, des groupes d’amis venus profiter de la douceur estivale. Rien ne laissait présager ce qui allait se jouer sous leurs yeux. Et pourtant, en quelques minutes, l’espace public s’est transformé en scène à ciel ouvert, où l’art et la solidarité ont fait cause commune pour briser un silence encore trop présent.

Quand l’art tisse du lien pour dire l’indicible

Derrière la grâce des mouvements, une dure réalité
Emilie Eychenne DR

Sans annonce préalable, des silhouettes masquées ont peu à peu investi les lieux. Leurs gestes, leurs déplacements, leurs voix ont dessiné une trame sensible, comme un fil invisible reliant les spectateurs à ce qui allait se révéler. Pendant une quinzaine de minutes, la danse, le chant et la poésie ont pris le relais des mots, invitant chacun à ressentir avant de comprendre.

Ce choix n’est pas anodin. Le collectif à l’origine de cette performance a fait le pari de la délicatesse plutôt que du choc, de la suggestion plutôt que de la frontalité. Une manière d’approcher un sujet difficile sans détourner le regard. « Nous avons choisi l’art et la beauté non pas pour adoucir le sujet, mais pour permettre au public de l’approcher sans détourner le regard », explique Emma de Gorostarzu.

Progressivement, le sens s’est imposé. Derrière la grâce des mouvements et la poésie des images, une réalité s’est dessinée : celle des violences sexuelles faites aux enfants. Un thème rarement abordé dans l’espace public avec une telle forme, qui a saisi les spectateurs par sa justesse et sa retenue.

Une œuvre collective portée par des citoyens

Sur scène, 22 danseurs et deux chanteuses, tous bénévoles, sans formation professionnelle pour la plupart. Des citoyens ordinaires, réunis par une volonté commune : transformer une émotion partagée en acte collectif. Ni comédiens ni artistes confirmés, mais des voix, des corps, une présence au service d’un message.

L'émotion s'est ressentie dans le public
Emilie Eychenne DR

L’origine de cette initiative remonte à quelques semaines seulement. Elle s’ancre dans les mobilisations citoyennes observées devant les tribunaux, en soutien à des enfants victimes. C'est d'ailleurs lors de ces mobilisations organisées par le collectif Enfantiste 64 que la plupart de ces personnes se sont rencontrées devant le tribunal de Bayonne. De ces rassemblements est née une question simple et essentielle : « Comment agir, nous aussi ? »

« Les mobilisations citoyennes en soutien à la loi intégrale nous ont profondément marqués. Une question ne nous quittait plus : comment agir ? Nous avons choisi de le faire avec ce que nous avions de plus précieux : nos voix, nos corps, notre créativité et notre humanité », confie Célia Moulia-Pelat.

En trois semaines, cette interrogation s’est transformée en création. Trois réunions de co-construction, plusieurs ateliers artistiques, des répétitions : une dynamique collective s’est mise en place, révélant une autre manière de s’engager. Une manière où chacun trouve sa place, où l’expression artistique devient un outil de solidarité.

De l’émotion au dialogue, un espace à partager

Les initiateurs de ce spectacle improvisé
Emilie Eychenne DR

À mesure que la performance avançait, le public s’est densifié. Plus de 200 personnes ont assisté à cette représentation inattendue. Et lorsque le silence est revenu, il n’était plus tout à fait le même. Chargé d’émotion, il s’est rapidement transformé en échanges.

Beaucoup sont restés sur place, cherchant à prolonger ce moment, à mettre des mots sur ce qu’ils venaient de vivre. Certains avaient les larmes aux yeux, d’autres engageaient la conversation avec les bénévoles. L’émotion, loin de se refermer sur elle-même, s’est ouverte au dialogue.

Un Espace Ressources avait été installé à proximité. Des professionnels de l’enfance, du soin et du droit y accueillaient le public, répondant aux questions, orientant, informant. Des ateliers de dessin, d’écriture ou de maquillage permettaient également aux enfants comme aux adultes de prolonger la réflexion, chacun à sa manière.

« Nous espérions créer un moment où l’émotion ouvrirait la voie au dialogue. Si, en repartant, une famille osait parler d’un sujet qu’elle n’aurait jamais abordé autrement, alors cette performance aurait déjà rempli sa mission », souligne Amandine Lacoste.

Quand la solidarité fait école

Dans ce mouvement, l’art devient plus qu’un langage
Emilie Eychenne DR

Au-delà de la soirée elle-même, c’est tout un modèle d’action qui se dessine. Celui d’une mobilisation rapide, collective, accessible. Une preuve qu’en quelques semaines, une idée peut prendre corps et devenir une réalité tangible, capable de toucher un large public.

« Tout a commencé par une question : "Comment agir, nous aussi ?" Trois semaines plus tard, une quarantaine de citoyens présentaient cette performance. Nous espérons qu'elle donnera à d'autres l'envie de croire qu'eux aussi peuvent transformer leur émotion en action. »

Pensée dès le départ comme une œuvre partageable, cette création ne compte pas s’arrêter là. Une nouvelle représentation est déjà en préparation au Pays basque, tandis que d’autres territoires, comme Poitiers ou encore Lyon, ont manifesté leur intérêt. Un site internet et un kit d’essaimage sont en cours de développement pour permettre à d’autres collectifs de s’approprier cette démarche. « Nous avons vraiment espoir que cette première édition soit la naissance d'un mouvement citoyen bien plus grand » nous rapporte Amandine Lacoste.

Dans ce mouvement, l’art devient plus qu’un langage : un point de rencontre, un espace commun où se mêlent engagement et humanité. « Ce projet avait pour but de surprendre son public pour ouvrir les cercles et éviter de se retrouver entre personnes déjà sensibilisées sur cette cause. Nous ne voulions pas communiquer en amont mais vraiment créer un happening » explique Amandine. Une façon de faire circuler la parole là où elle peine encore à se frayer un chemin.

À Hossegor, le temps d’une soirée, la création a ainsi pris le relais du silence. Et dans ce passage, fragile mais essentiel, c’est toute une communauté qui s’est retrouvée, unie par une même volonté : ne plus détourner le regard, et faire, ensemble, œuvre de solidarité.

COUP DE POUCE

Parce que cette initiative ne demande qu’à grandir, le collectif lance aujourd’hui un appel à toutes celles et ceux qui refusent de rester spectateurs. Ici, pas besoin d’être artiste confirmé pour entrer dans la danse, chacun peut apporter sa voix, son énergie, son regard.

Rejoindre le mouvement, c’est choisir de transformer une émotion en action, de faire vibrer la solidarité plutôt que le silence. Alors que d’autres représentations se préparent déjà, notamment au Pays basque et ailleurs, l’élan est là, prêt à essaimer. À chacun désormais de prendre part à cette œuvre collective et de contribuer, à son échelle, à faire résonner ce message.

Sébastien Soumagnas

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